Ch. XXI
« Nous avons un empereur de telle nature qu'il n’a ni sens, ni talent, ni connaissance; jamais homme plus ivre ne s’assit sur un trône, ni plus lâche ne porta écu ou lance, ni plus vil ne chaussa d’éperons, ni plus mauvais ne fit vers n1 chansons. Je veux que mon épée le frappe sur la tête, qu’un dard d’acier lui troue la panse et que les piques lui enlèvent la vue; puis nous lui donnerons du vin, pour l’honorer un vieux chapeau d’écarlate sans cordons et sa lance sera un long bâton. »
À cette attaque discourtoise Peire Vidal répondit avec une crudité si vigoureuse qu’il est impossible de rapporter ici ses vers. Car Peire Vidal, quoique poète courtois, a eu plusieurs fois le mot grossier qui frappe et détonne au milieu de ses poésies. Cependant, si on songe que cette poésie méridionale a péché par trop d’idéalisme, ces traits de réalisme prouvent au moins que notre troubadour ne ressemblait pas tout à fait aux autres et qu'il faisait quelquefois appel au vocabulaire de la canaille pour mieux exprimer ses sentiments.
Voici enfin une dernière citation pour compléter le portrait de Peire Vidal. « J’ai accompli, dit-il, les exploits de Gauvain' et beaucoup d’autres.