‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 29 sur 83 · Cf. encore ch. XXX, 1v · texte numérisé non relu

Cf. encore ch. XXX, 1v

çant et vengeur, mais comme un très grand ami très haut placé, indulgent aux poètes et surtout aux poètes d'amour.

Aussi Peire Vidal ne s’écarte pas de la tradition, quand il écrit :

Bona dompna, Deus cug veser Quant lo vostre gen cors remir.

« Noble dame, je crois voir Dieu, quand je contemple votre beau corps. »

« Elle a la couleur fraîche et la chevelure blonde, dit-il ailleurs, sans s’être jamais servie du pinceau. » Réflexion indiscrète, qui nous ferait croire que, dans ces temps lointains, on demandait déjà au pinceau de réparer des ans l’irréparable outrage. Voici d’ailleurs qui est plus précis. « Jamais elle ne trompa ni ne trahit son ami; jamais elle ne se farda; elle n’en a pas besoin, car la couleur qui naît en elle est fraîche comme une rose de Pâques. »

En parlant d’une « gentille Castillane bien faite avec peau de grenade », il dit : « Avec une couleur vermeille et blanche, la beauté parfaite vous façonna pour porter la couronne sur le trône impérial. Vous êtes si douce et si humaine que tout le monde vous regarde comme une souveraine de joie et de perfection, de valeur et d’honneur. » Il n’est pas étonnant que Peire Vidal préfère

cette belle fille à une « vieille à la peau ridée et rance'. »

Il y a donc chez Peire Vidal un certain sens du réalisme, et ce trait est si rare dans la poésie des troubadours qu’il doit être relevé. Ce mélange de réalisme et d’idéalisme est un des côtés originaux du talent de Peire Vidal et par là il ressemble parfois à Pétrarque, qui d’ailleurs l’a imité au moins une fois.

Une autre originalité de Peire Vidal, c’est qu'il montre dans ses poésies une grande connaissance de la vie sociale et politique de son temps. Ce poète voyageur a beaucoup vu et beaucoup retenu. Après avoir passé une partie de sa vie en Espagne, à Toulouse et en Provence, il semble qu’il V’ait terminée en Italie, où nous savons qu’il a séjourné longtemps. Là 1l fut mêlé aux intrigues politiques des petites cours du Nord ou aux luttes des grandes villes comme Pise et Gênes. Il n’est pas rare qu’une pièce débute comme une chanson d'amour et qu’elle se transforme bientôt en satire politique. Grave erreur de composition, dirait un rhétoriqueur. Oui, mais erreur si vénielle ou si bien cachée par la poésie qu’on ne s’aperçoit pas de ce qu’elle pourrait avoir de choquant. Et c’est

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