‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 30 sur 83 · pel froncida ni ransa. VI · texte numérisé non relu

pel froncida ni ransa. VI

un mérite de Peire Vidal d’avoir su traiter dans une même composition la politique et l’amour ; à moins que ce fût de sa part une très grande habileté de mêler des choses qui ont tant de points communs.

Peire Vidal a été imité par un Minnesinger, par un troubadour originaire de Venise et par Pétrarque. |

Le Minnesinger, Rodolphe de Neufchâtel (Suisse), est contemporain de Peire Vidal, c’est-à-dire de la fin du xn° siècle. On ne connaît que deux autres troubadours imités formellement. par les Minnesinger, ce sont Bernart de Ventadour et Folquet de Marseille!.

Le troubadour vénitien Bartolomeo Zorzi (fin du xu1* siècle) ne s’est pas trompé sur le caractère et la valeur de l’œuvre de Peire Vidal; il a écrit une curieuse chanson où il enchâsse plusieurs vers de Peire Vidal et les commente.

Mout fai sobreira folia

Qui ditz fol d'En Peire Vidal, Quar senes gran sen natural Sos motz hom dir no sabria ;

1. Cf. BarTsc, Grundriss zur Geschichte der provenzalischen Lileralur, p. 42. Pcire Vidal était germanophobe. comme on peut le voir dans les pièces XXXVIlet XXXVLIL.

Von

E d’aisso‘m n'es garentia :

« Quant hom es un autrui poder, « No pot totz sos talans eomplir, « Ans l’ave soven a gequir « Per autrui grat lo sieu voler". »

« Celui-là fait une suprême folie, qui appelle fou Peire Vidal, car sans un grand sens naturel on ne saurait dire-ses vers; et de ceci en est la preuve : « Quand un homme est au pouvoir d’autrui, il ne peut accomplir tous ses désirs, mais il lui arrive souvent de sacrifier sa volonté à celle des autres, »

Et c’est une chanson de Peire Vidal? qui a inspiré, en partie, à Pétrarque le sonnet suivant :

(« Béni soit le jour, le mois et l’année

La saison, le temps, l’heure et le point

Et le beau pays et le lieu où je fus frappé De deux beaux yeux qui m'ont enchaîné.

Et béni soit le premier doux chagrin

Que j’eus d’être uni à l'Amour;

Bénis l’arc et les flèches dont je fus frappé!

Et les plaies qui me vont jusqu’au fond du cœur.

Bénies soient toutes les paroles Que j'ai répandues en clamant le nom de ma dame ; Et les soupirs, et les larmes et le désir.

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