‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 47 sur 83 · En aquel temps que:l Rei mori N’Anfos · texte numérisé non relu

En aquel temps que:l Rei mori N’Anfos

d’une femme, au moment où elle vient de quitter son gant. « Comme un esclave ou un prisonnier, je suis devenu son homme-lige, et jamais amant ne fut aussi vite conquis que moi, car au moment où elle tira son gant et où je baisaï sa belle main, ce baiser me pénétra si profondément qu’il me retira le cœur du corps... Nul homme ne peut se garder ni se défendre contre la lance d'amour quand elle est bien lancée. » (Mahn, Ged., gr.)

C’aissi com sers o pres Sui sieus liges confes; Et hanc nuills hom qu’ames Tant leu non fo conques, Q’al traire de son gan Sa bella man baisan, M'intret tant aquel bais Que: cor del cors mi trais… Et hom no:s pot gardar Ni cobrir de sa lansa

- D'’amor pois dreig la lansa.

Dans la même pièce, qui date cependant de sa jeunesse, le poète nous apprend qu’il avait déjà les cheveux gris. « Ne me méprisez pas pour cela, dit-il à sa dame, car si j’ai le poil gris, le cœur est frais et gai. » | |

Si tot n’ai lo pel sais Quel cors es fres e gais.

Nous sommes malheureusement mal renseignés

sur son séjour en Castille, qui fut, à ce qu’il semble, d'assez courte durée.

Quelques années après 1213, date de la bataille de Muret, peut-être même avant, nous le trouvons en Italie, et c’est là que se passa la dernière partie de sa vie et la plus intéressante. Il semble y avoir été l’hôte du marquis de Montferrat (Guillaume IV, 1207-1225), fils du héros de Salonique, qui avait été l’ami de Rambaut de Vaqueiras et qui était mort pendant la croisade (Boniface Il; mort en 1207). Ses protecteurs furent encore le marquis de Malaspina, le marquis d'Este, un comte de Vérone, qu'il ne désigne pas autrement, et surtout Frédéric IL, roi de Sicile.

Tous'ces personnages faisaient revivre en Italie, ou plus exactement continuaient à y faire vivre les traditions de libéralité qui disparaissaient du Midi de la France. Aimeric de Pégulhan, ayant survécu à la tourmente de la période albigeoise, a pu comparer les deux époques. Il nous a dit son sentiment sur les changements qui s’étaient produits dans la société méridionale; et voici en quels termes, gracieux et quelque peu mélancoliques, il exprime la différence qui existait entre son temps et celui d'autrefois. |

Qu'ieu vi, ans que fo faiditz, Si fos per amor donatz

Us cordos, qu’adregz solatz N'issia e ricx covitz; Per que‘m par que dur dos tans Us mes no fazia us ans, Quan renhava domneys ses tracio; Greu es qui ve com es e sap com fo.

« Voici ce que j'ai vu, avant d’être exilé; si par amour on donnait un cordon, de là sortaient agréables conversations et invitations aimables; aussi il me semble qu’un mois dure deux fois autant que ne faisait une année, quand régnait la courtoisie sans trahison; quelle tristesse, quand on voit ce qui est et qu'on se souvient de ce qui fut! »

Nous ne savons pas à quelle époque il alla en Italie. Ce fut. sans doute, avons-nous dit, après 1213, quand la bataille de Muret eut favorisé définitivement la Croisade. Mais quand Aimeric dit qu’il est exilé — faidit —, il n’est pas sûr qu’il ne se soit pas exilé volontairement, après son aventure de Toulouse ; peut-être aussi voulut-il comme tant d’autres troubadours —.et comme la plupart des troubadours toulousains — aller chercher fortune en Italie, et peut-être enfin protester contre le nouvel état de choses créé dans le Midi.

Il séjourna longtemps au delà des Alpes et c’est sans doute en Italie qu’il mourut. Il y fut en relations avec d’autres troubadours, comme nous l’apprenons par plusieurs de ses tensons.

La

PEGULHAN

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