AIMERIC DE
Et d’abord il y rencontra le troubadour Sordello di Goïto, chevalier, né à Mantoue, comme Virgile.
Ce Sordel est un personnage original parmi les troubadours italiens. Né au pays de Virgile, c’est en pure langue d’Oc, et non en italien, qu'il a écrit ses poésies. D'origine noble, il eut une aventure scandaleuse à la cour du comte de Saint- Boniface, dont il enleva la femme avec la complicité du propre frère de la comtesse; cette femme s'appelait Cunizza. Après de nombreux voyages qui le menèrent jusqu’en Portugal, Sordel revint dans la « Marche joyeuse » (c’est ainsi qu’on appelait la marche de Trévise), où il retrouva Cunizza qui, en son absence, avait fait mourir trois maris.
Dante a fait à ce personnage, assez peu intéressant en somme, une place immortelle dans Ja Divine Comédie. Sordel apparaît à Virgile, dans le Purgatoire, comme une « âme fière et dédaigneuse », comme une sorte de chevalier redresseur de torts. Et quand les deux poètes s’approchent et qu’ils se reconnaissent tous deux fils de Mantoue, ils s’embrassent. C’est là que se place la fameuse apostrophe de Dante à lItalie : « O esclave Italie, maison de douleur, navire sans nocher dans la grande tempête, cette âme noble fut aussitôt prête, rien qu'en entendant Île
doux nom de sa terre, à faire fête à son concitoyen... »
C’est à ce personnage qu’Aïmeric s’adressa pour avoir un jugement sur un nouveau genre de poésie qu'il lui envoie, qu'il appelle fablel, et qui n’a rien de commun d’ailleurs que le nom avec le fabliau de l’ancienne poésie française.
Aïimeric est vieilli, car sa dame lui dit d’abandonner la poésie et le chant : il est trop vieux pour un amoureux. Mais Aimeric répond que l’âge ne fait rien à l'affaire : « car au moins le cœur y est ».
La pièce est d’ailleurs des plus curieuses et Aimeric y énumère ses qualités morales et physiques. Il sait bien parler aux nobles dames et leur dire ce qui convient; mais s’il rend le bien pour le bien, il rend aussi le mal pour le mal, quand il y est forcé. Il sait être agréable en société par des mots aimables. Si la guerre éclate, il ne craint ni le froid ni le chaud, il est aguerri.
Le voici qui parle comme son compatriote Peire Vidal. « Quand je suis afmé sur mon destrier et que Je le pique de l’éperon, quand je le fais sauter et courir et que J'en suis bien maître, il me semble que Gauvain et Arthur ne faisaient pas de Joûtes aussi rapides que moi. Ah! j'en ai percé des boucliers ct j'en ai fendu avec ma lance!
Quand je tombe, je me relève vite, et ne croyez pas que je m'’attarde, je reviens vite
taille. »
Can soi armat nel destrier, Eu:l poing dels esperos e:l fier Qu’eu:l faz sallient et corser ; E qan es ben amaiestrat,
Qant eu sui de tot armatz sus, No‘m par que Galvain ni Artus Feses doas jontas negus
Plus tost en un besonh qu'eu fas.
Eu n'ai pertusat manz escuz
De ma lanza per mez fenduz!
E qan chaï son tost relevaz,
Ni non cugez qu’eu trop sojorn, Qu'en la batailla ades non torn*.
à la ba-
Et voici la conclusion logique en bonne dialectique de ce raisonnement un peu prétentieux.
« Donc, puisque j'aime la bataille, puisque je sais bien combattre, que plus on se bat, plus cela me plaît, donc je suis à tort accusé de vieillesse. » Tel est le message qu’il envoya à Sordel en lui demandant de le « désinculper » de cette grave accusation de vieillesse, toujours si pénible pour
un amoureux.
Aimeric fut le protégé du roi de Sicile Frédéric Il..On. connaît assez par l’histoire le rôle que