‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 49 sur 83 · Maux, Ged., 1189. Can qu'eu feses · texte numérisé non relu

Maux, Ged., 1189. Can qu'eu feses

ce personnage a joué en Italie. Nous n'avons à nous intéresser ici qu’au protecteur des troubadours. Frédéric IT habitait volontiers Salerne, où il y avait une école de médecine célèbre. Dans une de ses poésies, Aimeric le compare à un médecin qui a accompli des cures merveilleuses.

« Depuis, dit-il, que mourut le roi Alfonse (VITT de Castille) et son cher fils, qui était si aimable et si bon, depuis la mort du roi Pierre auquel appartenait l’Aragon, depuis celle de Don Diego (Lopez de Haro), qui était savant et preux, depuis la mort du marquis d’Este et du vaillant Saladin, Je pensai que la gloire et la libéralité étaient mortes et je fus sur le point de laisser mes chansons ; mais maintenant je vois restaurées la gloire et la libéralité.

« La valeur est ressuscitée, qui était perdue et mise à mal, et la libéralité est guérie du mal qu’elle avait pris; car Dieu nous a envoyé vers ici, vers Salerne, un bon médecin, savant et bien appris, qui connaît tous les biens et tous les maux. Il guérit chacun, selon son rang; et il n’a jamais demandé de salaire, mais au contraire, il en donne, tant il est libéral et courtois.

« Jamais je ne vis un médecin de son âge si large, si beau, si bon, si prudent, si courageux, si vaillant et si hardi, parlant si bien et écou-

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tant de même; car il connaît -à ‘fond: le-mäl’et

le bien ; aussi sait-il guérir mieux que tout autre médecin; et c’est en Dieu qu’est le principe et le commencement de sa science, ce qui l'empêche de faillir.

« Ce médecin savant dont je vous parle, est le fils du bon empereur Henri, et il a le nom du médecin Frédéric... Ses amis seront bien guéris et ils trouveront près de lui conseil et protection. »

En aquel temps que:l reis moric N’Amtfos, E sos bels fills, q'era plazens e bos,

El reis Peire, de cui fo Aragos,

E En Diego, q'era savis e pros,

E‘1 Marques d’Est, e:l valens Salados, Adoncs cuidiei que fos mortz pretz e dos, Si q'ieu fui pres de laissar mas chanssos; Mas ar los vei restauratz ambedos.

Pretz es estortz, q'era gasts e mal mes, E dons garitz del’mal c’avia pres,

C'un bon metge nos a Dieus sai trames Devas Salern, savi e ben apres,

Que conois totz los mals e totz los bes, E meizina chascun segon que s’es,

Et anc loguier non demandet ni ques; Ans los loga, tant es francs e cortes.

Anc hom non vi metge de son joven, Tant larc, tant bel, tant bon, tant conoissen, Tant coratgos, tant ferm, tant conqueren,

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"Tant ben par!an ni tant ben entenden, Que:l ben sap tot e tot lo mal enten, Per que sap mieills meizinar e plus gen Qe l’enseigna gardar de faillimen". »

Pourquoi Aimeric était-il venu auprès de Frédéric I[? I] y avait à cela plusieurs raisons. D’abord c'était par sympathie pour un personnage qui protégeait une poésie’ fille de la poésie méridionale.

Il y avait une autre raison : Frédéric avait des prétentions sur la Provence; il était le suzerain du royaume d'Arles; plusieurs troubadours, ennemis des Français, s’étaient réfugiés en Italie, et ils voyaient en lui un des protecteurs du Midi. C'est ainsi que la plupart d’entr'eux, en Provence et en Italie, prirent parti contre Charles d'Anjou. Enfin Frédéric IT était l'ennemi de la Papauté, et, à ce titre, il devait être sympathique au compatriote de Guilhem Figueira.

C'étaient là des raisons d’ ordre général qui pouvalent expliquer la sympathie d’un troubadour toulousain pour le roi de Sicile. Mais il y en avait une autre, d’un ordre moins relevé, et à laquelle

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