‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 52 sur 83 · G. BERtToNtI, Ramberlino Buvalelli, Dresde, 1908, p · texte numérisé non relu

G. BERtToNtI, Ramberlino Buvalelli, Dresde, 1908, p

neau‘). Quoique cette date ne soit qu'approximative, elle a cependant son importance. C’est en 1265 que naît Dante; on peut supposer a priori que l'auteur de la Divine Comédie, qui admirait Sordel, n'ignorait pas l’œuvre d’Aimeric ; et, en effet, il le cite et le commente dans son traité De vulgari eloquentia.

Les poètes de l’école de Bologne eux-mêmes, Guido Guinicelli, Guido Cavalcanti, les maîtres de Dante, étaient presque contemporains d’'Aimeric de Pégulhan. Et on a pu citer des passages de lui imités littéralement par Guido delle Colonne, cité lui-même par Dante dans le De vulgari eloquentia et dans le Purgatoire*.

Aïnsi les faits corroborent les hypothèses; Aiï-

meric de ulhan est un des troubadours qui ont

le plus contribué à développer l'influence de la poésie méridionale en lialie. La chaîne est ininterrompue entre les débuts de la poésie lyrique italenne et la fin de la poésie des troubadours : ltalien Sordel de Mantoue et le Languedocien | Aimeric de Toulouse sont les précurseurs les plus immédiats de Dante. Ces troubadours, comme Ai-. meric, ne sont pas seulement intéressants par eux-

mêmes; ils le sont au moins autant, sinon davan-

1. Peut-être avant, d’après M.G. Bertoni; cf. supra, p.88. 2. Cf. CHaytor, The Traoré of Dante, p. XxvI-XxviL.

tage, par le rôle qu’ils ont joué. À ce titre, ils ont leur place marquée dans l’histoire comparée des littératures et non pas seulement dans l’histoire de la littérature méridionale.

L'œuvre d’Aimeric, considérée en elle-même, est d’ailleurs assez originale, pour mériter d’être étudiée de près. On répète trop vite que les troubadours se ressemblent. Cela n’est vrai que pour les lecteurs superficiels et pressés, qui ne remarquent pas assez peut-être que le fonds de la poésie est éternel, comme le cœur humain lui-même, mais que, sur ce fonds commun et banal en un certain sens, les grands poètes et même les poètes de talent savent broder des variations nouvelles, qui sont souvent la vraie poésie. Demandons-nous donc si notre poète n’a pas montré quelque indépendance vis-à-vis de ses prédécesseurs et s’il se distingue d’eux par quelque originalité.

Jl ne faudrait pas la chercher sans doute dans un genre un peu faux par lui-même et que les habitudes du temps ne contribuaient pas à rendre sincère et original. Il s’agit des planhs ou plaintes funèbres.

Aimeric de Pégulhan a composé beaucoup de ces « oraisons funèbres ». Le planh était un genre poétique assez répandu à l’époque des troubadours. Quand un de leurs protecteurs mourait, un

de ses protégés chantait ses vertus dans un court poème à forme Jyrique, semblable à un sirventés. On sait ce que valent les oraisons funèbres modernes, même quand elles sont parées des pompes de l’éloquence et de la splendeur du style. On peut donc supposer ce que valaient, au Moyen âge, ces petits poèmes qui n'étaient pas toujours dictés par une reconnaissance désintéressée.

Aimeric a écrit des planhs sur la mort de la plupart de ses protecteurs : le marquis d’Este et le comte de Vérone, le comte de Provence, le roi de Naples, Manfred, le marquis Guilhem Malaspina. Cette dernière composition est d’un ton plus relevé, plus poétique et plus émue que beaucoup d'autres compositions de ce genre.

« Gauvain n’était pas plus vaillant que lui, Yvain ne connaissait pas mieux la courtoisie, et Tristan ne fut pas plus amoureux... Ah! Dieu! comme ils sont obscurcis les clairs rayons qui uminaient la Toscane et la Lombardie! Pour qui viendront de loin les soldats, les bons jongleurs qui venaient le voir, qu’il savait si bien honorer et ptotéger plus qu'aucun autre prince d'en deçà ou d’au delà de la mer? »

Oi Dieus! cum son eseurzit li clar rai Qu’alumavan Toscan” et Lombardia.… Per cui venran soudadier de luenh sai, Nil ric joglar que:l venian vezer,

Qu'el sabia honrar e car tener Plus que princeps de sai mar ni de lai‘.

Dans le planh sur la mort du marquis d’Este’, Aimeric se demande également ce que deviendront les Joglars, c’est-à-dire les troubadours, les poètes, à la mort de leur protecteur. |

Senher Marques, que faran li joglar

A cui fezes tans dons, tantas honors!

Mas un cosselh non sai als trobadors :

Laisso‘s morir et ano:‘us lai sercar ;

Quar sai no vei guaire qui de lor pes, Quar vos no y etz ni:l valens coms no’i es.

« Seigneur Marquis, que feront les jongleurs, à qui vous faisiez tant de dons, tant d’honneurs? Je ne puis donner qu'un conseil aux troubadours : qu'ils se laissent mourir et qu’ils aillent vous chercher là-haut; car ici-bas je ne vois plus guère personne qui pense à eux, maintenant que vous et le vaillant Comte n’v êtes plus. »

A la lecture des planhs d’Aimeric nous entre-

: voyons ce que fut la vie de cour dans l'Italie du

xt siècle. Ces poèmes sont des documents iMpor-

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