C. APPEL, Provenzalische Inedila, p
vaises intentions‘, elle les met dans la voie de l'amour bon et honnête.
« Et moi, quand je vis cette gaie et gentille créature, à la tenue avenante, à la fraîche figure riante et au clair visage, j'oubliai tous mes chagrins.… Et moi-même, doucement et gentiment, car je ne voulus aucun messager, je m'en allai humblement vers elle. Dans l’enclos, elle gardait trois agneaux seulement. Eten mon cœur je maudis celui qui premièrement avait abaissé son lignage. « Jeune fille, lui dis-je, je demande à Dieu de vous protéger et de vous empêcher de mal faire; car il vous donna, avec des qualités sans pareilles, la beauté corporelle. Et qu'il vous garde de faillir, car je puis dire en vérité que pour faire plaisir à ceux qui vont vous voir il vous combla de sagesse.
« Or, oyez maintenant l’avenante réponse — faite pour ravir un noble cœur — qu'elle me donna avec un regard amoureux : « Ami, vous me semblez de bonne naissance, courtois et preux ; mais en ce qui vous concerne, nous saurons bientôt, avant que vous vous éloigniez de nous, si vous êtes amant parfait; et d’abord je veux savoir de vous, que je vois pensif et mélancolique, quel est votre nom et de quelle contrée vous venez. » —
1. Ou : avec mauvaise réputation? M. J. Audiau, qui adopte avec M. Appel le texte du manuscrit, traduit : « gens qui ne cherchent que vile louange ». |
« C’est très facile à dire, répondis-je vite; je suis du Toulousain et je m’appelle Joyos; ce nom ne me convient pas beaucoup, car nul secours ne me vient d'amour; mais je meurs en aimant et en cachant ma peine. »
On remarquera d’abord, chez Joyos, comme dans une poésie de son compatriote Aimeric de Pégulhan, la longueur inusitée de la strophe : ici elle n’a pas moins de trente vers; cependant deux autres troubadours, Ramon Bistort, d'Arles, et Lanfranc Cigala l’ont employée, et il semble que la priorité n’appartienne pas à Joyos.
La poésie est ‘incomplète dans le seul manuscrit qui nous l’a conservée; mais on n'aurait pas de peine à en reconstruire la fin, d’après les autres pastourelles connues. Ordinairement la bergère des pastourelles occitanes est une coquette vertueuse qui berne jusqu’au bout les interlocuteurs. Elle est aimable sans doute et avenante, mais prudente aussi, prude et rusée. Soyons sûrs que Joyos n’eut pas auprès d’elle plus de succès que d’autres, et que la jolie bergère le renvoya berné et mécontent.
Il n’en est pas de même dans les pastourelles françaises. L’héroine se défend vaillamment et gentiment, comme dans les poésies des troubadours, mais elle finit par succomber. Est-ce l’indice d’une profonde différence de mœurs entre le
Nord et le Midi? Ce n’est pas probable. Nous avons affaire ici à un genre conventionnel, qui n’a rien gardé de sa simplicité et de sa sincérité primitives. Il serait aventureux de fonder sur les tableaux qu'il nous présente des jugements sur la société du temps.
Mais ce qui nous intéresse dans ces pastourelles, c'est que, grâce au dialogue, elles ont un caractère dramatique que n’ont pas d’autres compositions poétiques, sauf peut-être les tensons. Aussi quand plusieurs pastourelles se suivent, comme dans Guiraut Riquier, peut-on les considérer comme des scènes ou des actes d’une seule comédie de caractère. C'est là l'intérêt très grand de ces petits poèmes, qui, malheureusement, ne sont pas nombreux, et qui, dans la littérature toulousaine du temps, ne sont représentés jus par la pastourelle de Joyos:.