AUTRE PASTOURELLE
Eu me levei un bon matt Enans de l’albeta, Anel m'en en un vergier, Per cuillir violeta, Et auzi un chan Bel, de luenh; gardan,
1. Voir sur la pastourelle : J. Auprau, La pastlourelle dans la poésie occilane du Moyen âge. Paris, 1923. La pastourelle de Joyos se trouve p. 111.
Trobei gaia pastorela, Sos anhels gardan.
Dieus vos sal, Na Pastorela, Color de rozeta,
Fort me meravill de vos Com estaitz soleta ; Bliaut vos farai,
Si pendre:l vos plai Menudet cordat, Ab filet d'argen.
Per fol vos ai, cavalier, E plen d'auradura, Quar vos mi demandas, So don non ai cura ; Paire, maire ai, Et marit aurai Et si a Dieu plai, Far m'aun onramen.
Adieu, adieu cavalier.
Que mon paire-m crida, Qu'ieu lo vei la jus arar, Ab bueus sel'artigua, Que semenam blatz, Cuillirem n’assatz, E si acaptatz, Dar vos em fromen.
£E quant el l'en vit anar, Mes se apres ela,
A pres la per la man blanqua Gieta l’en l’erbeta ;
ha Tres vetz la baizet, Anc mot non sonet,
E quan venc a la quarteta :
« Senher a vos mi ren*. »
« Un beau matin, je me levai avant l’aube. Je m'en allai dans un verger pour cueillir la violette. Et j’entendis de loin un beau chant. En regardant, je vis une gaie bergère gardant ses agneaux.
« Dieu vous sauve, dame bergère, à la couleur de rose; je m’étonne fort que vous soyez seule. Si vous daignez l’accepter, je vous donnerai (ms. farai) un bliaut, tissé menu, avec fils d’argent. ee « Je vous tiens pour fou, chevalier, car vous me demandez ce qu’il ne me plaît pas de vous accorder. J’ai un père et une mère, j'aurai un mari, et, s’il plaît à Dieu, ils m'honoreront.
« Adieu, adieu, chevalier, mon père m'appelle ; je le vois labourer là-bas et défricher avec des bœufs cette lande; nous semons le blé, nous en cueillerons beaucoup, et, si vous voulez en acheter, nous vous donnerons du froment. »
Quand il la vit partir, il courut après elle; il la prit par sa blanche main et la renversa sur l'herbe ; il l’'embrassa trois fois sans qu’elle dît mot; mais