‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 6 sur 83 · Buch der Lieder ; die Gæller Griechenlands · texte numérisé non relu

Buch der Lieder ; die Gæller Griechenlands

uon se produisit d’abord et avec le plus d’éclat. Les troubadours ont créé par leur théorie de l’amour courtois un véritable culte de la femme, un culte qui avait son dogme, ses rites et ses initiés.

Ce mot de « culte » ne paraît pas trop fort, quand on étudie de près la théorie de l'amour courtois et qu'on voit l’amour profane ainsi conçu se transformer presque insensiblement en amour mystique et en dévotion à la Vierge. Cette évolution est régulière : elle est sortie sans effort de la conception primitive’. Et on comprend mieux alors cette réflexion étrange d’un troubadour de la décadence, réflexion qui toucherait au ridicule si elle ne touchait au sublime, et que l’on retrouve presque mot pour mot dans les poésies mystiques de Marguerite de Navarre :

D'amor mou castilatgs*.

« De l’amour naît la chasteté. »

C’est cette conception de l’amour courtois qui a fait l’originalité et la noblesse de l’ancienne poésie méridionale : c’est elle qui s’est imposée aux pays voisins : Catalogne, Aragon, Castille, Portugal, France du Nord, Allemagne et surtout Italie. Et

1. J. ANGLADE, Les Troubadours, p. 16. | 2. MONTANHAGOL, éd. Coulct: cf. plus loin le ch. var.

l’immortelle Béatrice de Dante n’est que la femme idéale de la poésie méridionale chantée par un troubadour de génie.

Voilà notre gloire dans le passé, une gloire des plus pures et des moins contestées, que seules connaissent les nations d'élite, créatrices de poésie et d’idéal.

Or à cette gloire ont contribué toutes les provinces du Midi. Car la poésie dite « provençale », ainsi nommée, non pas du nom de la Provence, mais du nom de la Provincia Romana, qui n’était autre que la Gaule Narbonnaise, la poésie « provençale », dis-je, ne resta pas longtemps confinée dans le pays où elle était née : elle eut quelques-uns de ses plus illustres représentants dans le Limousin, avec Bernart de Ventadour, Giraut de Borneil, Arnaut Daniel, Arnaut de Mareuil et Bertran de Born ; mais elle apparut de bonne heure en Gascogne, avec les vieux troubadours Cercamon et Marcabrun. En même temps, la Provence proprement dite prenait part à ce mouvement poétique. Le Dauphiné montagneux l'Auvergne brumeuse, le rude Velay, la Catalogne vaillante, fournissaient leurs contingents de poètes et montraient qu'aucune partie de la terre méridionale ne laissait inféconds les germes de poésie que les vents de l'esprit avaient apportés chez clle.

Quant à notre Languedoc, il avait accueilli un des premiers la nouvelle poésie ; la fée capricieuse qui avait dédaigné le berceau qu’elle aurait pu trourer ici y vint passer une partie de sa jeunesse et de son âge mûr; c’est ici qu’elle mourut et qu’elle fut ensevelie. |

Que de noms il faudrait citer, depuis Guiraudet le Roux, qui paraît être un des plus anciens troubadours de Toulouse, jusqu’à Guiraut Riquier, humble enfant de Narbonne, qui eut l’honneur de faire entendre les derniers accents de la poésie méridionale! Que de chanteurs errants, obscurs Jjongleurs ou troubadours illustres, naquirent dans notre pays! Et combien d’autres, qui n’en étaient point originaires, y séjournèrent volontiers, séduits peut-être par la douceur des mœurs ou du climat, mais plus encore attirés et retenus par l'éclat de la cour des comtes de Toulouse.

Car ces poètes, qui arrivèrent presque d'emblée à un idéal poétique des plus élevés, n’étaient pas tous de hauts personnages comme Guilhem de Poitiers, duc d'Aquitaine, Richard Cœur-de-Lion, ou Bertran de Born. Bernart de Ventadour était le fils d’un des plus modestes serviteurs du château de Ventadour'. Giraut de Borneil, celui qu’on appela le « Maître des troubadours », avait, sui-

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