‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 7 sur 83 · En Corrèze · texte numérisé non relu

En Corrèze

vant la biographie provençale, une vie des plus exemplaires : quoi qu’il fût d’humble naissance, il donnait tout ce que lui rapportaient ses poésies à ses parents pauvres et à l’église de son pays natal. Ainsi la vocation poétique n’était pas l’apanage des seigneurs de haute « extrace » ; elle naïissait parmi les plus humbles.

Seulement, au Moyen âge, la poésie ne nourrissait pas son homme, pas plus d’ailleurs que dans la plus grande partie des temps modernes. La société pour laquelle écrivaient les troubadours était la société féodale, dispersée aux quatre coins du Midi, de l’Espagne et de l'Italie du Nord. La plupart de ces petites cours étaient de vrais foyers de poésie, où l’on faisait bon accueil aux chanteurs errants qui venaient d’un peu partout, apportant avec eux les nouvelles des autres cours, les bruits du monde extérieur et surtout la joie et la gaîté, compagnes ordinaires de la poésie. On donnait aux poètes de riches présents; oh! riches seulement pour des hommes de goûts modestes : quelques pièces de monnaie, un cheval pour le voyage, et surtout quelque beau vêtement pour qu’ils puissent se présenter dignement dans la haute société qu’ils fréquentaient.

Or, parmi les cours méridionales, il n’y en eut guère de plus puissante, de plus fastueuse et de

plus accueillante que celle des comtes de Toulouse. Nous n’avons pas à faire ici son histoire ; mais nous rappellerons seulement avec Florian que Raymond IV avait bataillé contre les Maures d’Espagne et contre les Sarrasins et qu’il était mort en Palestine après dix ans de combats et de victoires ; que ses successeurs avaient agrandi leur domaine et qu’au temps de Raymond VI et de Raymond VII, le comté de Toulouse, allant du Rhôñe aux : Byrénées et des Pyrénées au Massif Central, formait dans le Midi un grand état riche et puissant!.

Aussi la cour des comtes de Toulouse était-elle des plus fastueuses et cela suffisait pour que les troubadours y vinssent de tous côtés et y séjournassent volontiers. Un historien du temps nous a conservé le récit de fêtes splendides qui furent données par le comte de Toulouse et ses principaux chevaliers, à Beaucaire, en 1174. On y verra, sous une forme exagérée sans doute, mais où ne peut pas manquer un fonds de vérité, comment ces seigneurs méridionaux connaissaient l’art de se divertir et de se ruiner magnifiquement.

1. Dans Ja Chanson de la Croisade, le jeune comte Raïmon VII déclare avec fierté : « 11 n’y a pas dans ce monde d'homme assez puissant pour me vaincre, si ce n’était l'Eglisc! » (V. 3807-8).

Que non es en est mon nulhs om lan poderos Que mi pogues destruire, si la Gleiza no fos.

« Le comte de Toulouse y donna cent mille sols [ce qui fait 2.000 marcs d’argent], à Raimond d’'Agout, chevalier, qui, étant fort libéral, les distribua aussitôt à environ dix mille chevaliers qui assistèrent à cette cour. » Un autre chevalier, Bertrand Raimbaud, fit labourer les environs du chàteau et y fit semer jusqu’à trente mille deniers!. « On rapporte encore que Guillaume Gros, de Martel, qui avait trois cents chevaliers à sa suite, fit apprèter tous les mets dans sa cuisine avec des flambeaux de cire. La comtesse d’'Urgel envoya à l’assemblée une couronne estimée quarante mille sols. Raïmon de Venous fit brûler par ostentation trente de ses chevaux devant toute l’assemblée. » Sans doute nous entendons bien, entre nous, Méridionaux, qu’il faut faire la part de l'imagination et de l’exagération dans ce récit; l'historien raconte, peut-être à distance, des événements qui se sont passés dans Je Midi et on a fini par nous faire croire depuis longtemps, à force de nous le dire, que nos récits n'avaient Jamais cette mesure, cette gravité ennuyeuse, et ce sens commun qui sont la marque évidente, irréfutable et définitive des événements véritablement vrais.

De plus cet historien est un chroniqueur du Moyen âge et les chroniqueurs de ce temps ont

1. GEOFFROY DE ViGEois, Chronicon, p. 321, in Hist. Gén. Lang., éd. Privat, VI, Gr.

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