J. Auptau, La paslourelle..…., p
à la quatrième elle dit : « Seigneur, je me donne à vous. »
Un des côtés les plus intéressants de cette composition est son caractère populaire. La fin seule suffirait à le montrer. Ce caractère apparaît dans les détails, comme dans les réponses de la jeune fille. Le quatrième couplet surtout, avec son tableau champêtre, si complet dans son raccourci, nous éloigne de la poésie conventionnelle : le réalisme et la vie y remplacent l’artifice; et c’est chose rare chez les troubadours.
Une question se pose à propos de cette pastou- relle : est-elle d'un troubadour toulousain? Ne connaîtrons-nous jamais le nom du poète à qui nous devons ce joyau? Cette pièce se trouve dans un seul manuscrit de Paris, du xrv* siècle, au milieu de poésies anonymes, mais dont la plupart appartiennent à Guiraut d'Espagne. Ce n’est pas le lieu d’instituer ici une discussion serrée sur cette question d'attribution. H. Suchier, qui s’en est occupé, déclare que cette pastourelle n’est sûrement pas de Guiraut'. C’est surtout en se fondant sur des raisons métriques que Suchier paraît’ être arrivé à cette conclusion. Acceptons provisoi-
1. Cf. Ludwig Rœmer, Die volkslümlichen Dichlungsarlen der aliprovenzalischen Lyrik, p. 66. L'éditeur de Guiraut d’Espanha, M. Iloby, serait ‘assez disposé à attribuer la pièce à ce troubadour. Cf. Hoby, p. 118, n. 1.
rement ce jugement, car nous n'avons rien à lui . opposer, et passons à Guiraut d’Espagne, pour étudier ses poésies authentiques.
Nous ne connaissons rien de la vie de ce troubadour. Chabaneau suppose avec vraisemblance qu'il appartenait à une famille de ce nom qui a fourni au ximi* siècle plusieurs capitouls. Il serait né au début du xmnt siècle, et son activité poétique se serait exercée entre 1245 et 1265*.
Il nous reste de lui une quinzaine de poésies lyriques, dont la plupart se trouvent dans un seul manuscrit. Cela ne doit pas nous surprendre, car c'est le cas pour la plupart des troubadours de la décadence :. | |
Guiraut d'Espagne fut un ami du comte d’Anjou, environ à la même époque où son compatriote Aimeric de Pégulhan était l'ennemi du même per-
1. Ses poésies ont été éditécs par M. Hosy, sous le titre suivant : Die Lieder des Trobadors Guiraut d’Espanha, Fribourg (Suisse), 1915. (Thèse de Fribourg.) — Cf. aussi P. Savi-LoPez, Le rime di Guiraut d’Espanha, in Studj Medievali, 1, 394-409.
2. Dates hypothétiques proposées par Hogvy, op. laud., 120-121. :
3. Nous savons, par l'envoi d'une de ses poésies (XI), qu’il était en relations avec le comte de Rodez, Hugues IV
(1227-1274), et cela ne manque pas d'intérêt, étant donné ” le rôle de la cour de Rodez dans la deuxième moitié du treizième siècle. — Cf. J. ANGLADE, Le lroubadour Guiraul Riquier, Paris, 1905, p. 169 sq.
sonnage, en qui il voyait, comme d’autres troubadours provençaux, un ennemi des comtes de Toulouse et un oppresseur de la Provence. Guiraut d'Espagne. ne paraît pas avoir eu vis-à-vis des hommes du Nord les mêmes sentiments que beaucoup de ses contemporains. Charles d'Anjou était poète lui-même et cherchait à se faire une cour de troubadours et de trouvères. Mais il lui manquait un des moyens les plus sûrs de les attirer, c'était l'argent. Nul doute que s’il avait été plus riche ou peut-être moins avare, il n’eût attaché à sa fortune plusieurs des troubadours qui écrivirent contre lui. Il faut se reporter aux habitudes du temps pour mieux juger nos poètes et ne pas les accuser de manque de caractère et de versatilité ; les accusaüons de ce genre ne sont pas de mise à propos du Moyen âge. |
Parmi les quinze poésies lyriques attribuées à Guiraut d’Espagne, deux ou trois sont des chansons. Voici le début de l'une d'elles :
Qui en Pascor non canta no°m par gais, Pus l’auzelet comenson lur dous chan Per la frescor del temps e pel verjan D’amor que bat; mas ieu suy batutz mays; Est’ochaizons joi e chantar m’adutz, Tan suy tostems ben-volens non-volgutz De la bella de cuy mi fai atendre Amors selh joy que d’autra no denh pendre.
« Qui au temps de Pâques ne chante pas ne me paraît pas gai, puisque les oiselets commencent leurs chansons par suite de la fraîcheur du temps et des verges d’amour qui les battent; mais moi je suis battu davantage; c’est le motif qui m’amène la joie et le chant, tellement je suis toujours de bonne humeur, quoique je n’obtienne rien de la belle de qui Amour me fait attendre la joie que je ne veux pas avoir d’une autre!. »
Les chansons de Guiraut sont peu intéressantes et ne s’éloignent ni par le fond ni par le style des chansons les plus banales des troubadours médiocres.
Guiraut d’Espagne est surtout connu comme auteur de danses et de ballades. La danse est un genre qui est peu représenté dans l’ancienne poésie méridionale; plusieurs de ces compositions sont remarquables par leur caractère populaire. En voici un exemple, qui nous changera un peu de la poésie trop artificielle des troubadours :
A l’entrada del tens clar — eya Per Joya recommençar — eya E per jelos irritar — eya Vol la Regina mostrar
Qu'el es si amoroza.