REFRAIN
A la vi’, a la via, jelos!
Laissaz nos, laissaz nos Ballar entre nos, entre nos!
El’a fait per tot mandar — eya
Non sia jusqu'a la mar — eya
Piucela ni bachalar — eya
Que tuit non vengan dançar En la dansa Joyosa.
Lo Reis 1 ven d’autra part — eya Per la dansa destorbar — eya Que el es en cremetar — eya Que hom no li voill’ emblar
La Regina avrillosa.
Mais per nient lo vol far — eya Qu'’ela n’a sonh de vielhart — eya Mais d’un leugier bachalar — eya Qui ben sapcha solaçar
La domna savoroza.
Qui donc la vezes dançar — eya E son gent cors deportar — eya Ben pogra dir de vertat — eya Qu'el mont non aia sa part
La Regina jo1oza.
A la vi’, a la via, jelos, Laissaz nos, laissaz nos Ballar entre nos, entre nos'.
1. Texte de Crescint, Manualelto, 2° édition, p. 243. J. ANGLADE, Anthologie des Troubadours, p. 11. La pièce ne Se trouve que dans un manuscrit et sous unc forme fran-
cisée.
« À l’entrée du temps clair — eya, pour recommencer la joie —eya, et pour irriter le jaloux— eya, la reine veut montrer qu’elle est si amoureuse.
« En arrière, en arrière, jaloux; laissez-nous, laissez-nous danser entre nous, entre nous.
« Elle a fait partout mander — eya, qu’il n’y ait jusqu’à la mer — eya, jeune fille ni bachelier — eya, qui ne viennent tous danser en la danse joyeuse.
« Le roi y vient d'autre part — eya, pour troubler la danse — eya, car il est pris de frayeur — eya, qu'on ne lui veuille enlever la reine du printemps.
« Mais pour néant elle ne le veut — eya, car elle n’a pas besoin d’un vieillard — eya, mais d’un léger jeune homme — eya, qui sache bien faire amuser la dame aimable.
« Si vous l’aviez vue danser — eya, et agiter son beau corps — eya, vous pourriez dire en vérité — eya, que dans le monde elle n’eut pas sa pareille, la reine joyeuse. »
Voilà une des perles de la poésie méridionale au Moyen âge. Elle remonte au xn° siècle. Pour en apprécier toute la saveur, il faut la lire dans le texte et ne pas oublier que cette danse était chantée : un heureux hasard nous en a même conservé la musique!.
On voit tout ce qu’il y a de populaire soit dans