À. Resrort, Revisla musicale ilaliana, I (1895), p
le thème, soit dans le refrain. C’est une jeune reine qui veut s’amuser, comme toute femme jeune ou qui croit l’être. Elle veut s'amuser avec des jeunes gens, jeunes filles ou « bacheliers »!. Et que le jaloux — c'est ordinairement le mari que l’ancienne langue d'Oc désigne ainsi — ne vienne pas troubler la danse : « Arrière, arrière, le jaloux, laissez-nous danser entre nous. » Si l’on songe qu’il y a plus de sept siècles que cette pièce a été écrite, on voit quelles sources abondantes de poésie jaillissaient, un peu partout, à cette époque, dans notre sol languedocien*.
Les danses de Guiraut d’Espagne sont loin .
d'avoir le même charme. Le genre devenu artistique, de populaire qu'il était, paraît faux. Ces poésies sont courtes, les sujets n’ont rien d’original. Ce sont tantôt les thèmes de la poésie courtoise, qui se retrouvent étriqués dans ces petites compositions, tantôt des plaintes personnelles du poète sur la rigueur de sa dame; au fond, rien de bien vivant’.
1. Le « bachelier » au Moyen âge est le jeune homme de noble famille aspirant à être nommé chevalier. Le mot a aussi le sens de « jeune homme » en général.
2. 11 y a encore quelques danses populaires du genre de celle-ci; mais elles sont peu nombreuses : six en tout, en y comprenant celle que nous venons de citer. |
3. Cf. cependant une assez jolie baladela : Lo fins cor qu’ieus ai (Éd. Hoby, XV). |
Ce qui en formait sans doute l'intérêt pour la société du temps, c’était la forme métrique et la musique. Pour la musique, nous ne pouvons guère en juger : car il ne nous reste pas de mélodies des danses de Guiraut d'Espagne, sauf pour les quatorze premiers vers de l’une d’entr’ellest.
Quant à la forme, nous pouvons en juger plus facilement. Ce que Guiraut d’Espagne recherche surtout, c’est l’allitération et les rimes dérivées:. Ce sont déjà des signes de décadence. Non qu'ils n’aient pas existé de très bonne heure dans la littérature méridionale, mais ils y étaient pour ainsi dire épars. Aussi ce genre si faux, rendu plus faux encore par une recherche exagérée d’ornements purement externes fut-il cultivé avec hon-
1. H. SucmiEr, Denkmäler der provenzalischen Literatur, p. 9951. |
2. Il y eut aussi des danses religieuses : rien de commun avec le Jongleur de Notre-Dame.
Voici deux exemples de rimes dérivées et d’allitérations :
« Dona, sitot no'us es preza De l’amor don ieu soi pres, Autra no‘m pot far conqueza - Tal per qu'eu sia conques. »
« Si la bella que‘m plai nom plai, Mos plazers jois plazers no°m plaia. »
Les Leys d'Amors donnent des détails nombreux sur la dansa et on trouve, dans une des rédactions, le schéma métrique de ce genre. Cf. Leys d’Amors, éd. J. ANGLADE, E, 121.
neur par les littératures qui imitèrent de très près la littérature de l’école toulousaine, en particulier par la littérature catalane.
Le troubadour Peire Guilhem est contemporain de Guiraut d’Espagne. |
Une très courte biographie en quelques lignes . nous dit : « Peire Guillems si fo de Tolosa, cortes hom e ben avinens d’estar entre las bonas gens. E fez ben coblas, mas trop en fazia ; e fez sirventes joglaresc e de blasmar los baros. » |
« Peire Guilhem était originaire de Toulouse. Ce fut un homme courtois et de bonne compagnie. Il faisait bien les strophes, mais il en faisait trop. Il fit un sirventés à la manière des jongleurs et d’autres où il blâmait les grands ».
Remarquons deux points dans cette biographie : la facilité du poète, qui faisait trop de vers, et la mention du sirventes joglaresc. C’est un genre assez étrange que celui-là : il a fleuri surtout pendant la période de la décadence. On n’en trouve que trois mentions dans les biographies.
Il y a eu de longues discussions au sujet de ce