Éd. Coulet, IV, 19 sq
2. À Toulouse et à Narbonne il y eut des règlements précis sur ce point.
et son amour. Personne en effet, si par ailleurs sa conduite est pure, ne s’aliène Dieu parce qu’il se met bien, et ce n’est pas parce qu’ils ont, eux, des vêtements noirs ou un froc blanc qu'ils conquerront le ciel, s’ils ne font pas autre chose.
« Sirventés, va vite vers le vaillant comte de Toulouse : qu’il lui souvienne de ce que lui ont fait les clercs et que désormais il se garde d’eux!. »
Une autre poésie de Montanhagol se rapporte à un événement qui eût pu avoir des conséquences considérables pour le Midi, s’il y avait eu plus d'unité dans l’exécution : c’est le soulèvement de 1242, concerté entre le comte de la Marche, le roi d'Angleterre, le comte de Toulouse et le comte de Foix, et auquel les rois d'Aragon et de Castille avaient aussi promis de prendre part. Le soulèvement échoua; le roi d'Angleterre fut battu à Taillebourg et à Saintes, le comte de la Marche, les comtes de Foix et de Rodez firent défection et Raimon VII fut obligé de se soumettre.
Le sirventés de Montanhagol est contemporain des événements. « Comte du Toulousain, plus Jexamine les puissants, plus je vous vois au faîte de l’honneur... Nous avons vu la Marche, Foix et Rodez faire défection au premier danger. Si le roi
. Éd. Coulet, IV.
Jacme (d'Aragon), à qui nous n'avons pas manqué de parole, eût tenu ce qui, dit-on, avait été convenu entre lui et nous, les Français, à coup sûr, auraient grande douleur et seraient dans les pleurs.
‘ SCEAU DE ROGER, COMTE DE Foix (1241).
Anglais, couronnez-vous de fleurs ou de feuillages. Ne vous donnez aucune peine, même si on vous attaque, jusqu’à ce que l’on vous prenne tout ce que vous avez. » |
Coms de Tolza, on plus esprim Los ricx, vos vey de pretz al cim.… La Marcha, Fois e Rodes vim Falhir ades als ops de prim.….
S1'l reys Jacmes, cuy no mentim, Complis so qu’el e nos plevim,
Segon qu'auzim, en gran dolor Foran ab plor Frances.
Engles, de flor.
Faitz capel o de fuelha.
No’'us detz trebalh, Neis qui‘us assalh
Tro qu'on tot vos o tuelha.
(Éd. Coulet, IL.)
Nous allons retrouver les mêmes sentiments exprimés dans ce sirventés chez un des contemporains et des compatriotes de Montanhagol, le troubadour Guilhem Anelier. Il est l’auteur d’un long poème narratif sur la guerre de Navarre (1276-1277)!. C'est le récit en vers de douze syllabes des troubles intérieurs de la Navarre, au moment de l’arrivée des Français. Le poème, curieux au point de vue historique, n’a pas la belle allure épique de la Chanson de la Croisade*.
1. Histoire de la guerre de Navarre en 1276-1277 par Guilhem ANELtER, de Toulouse..., publiée par Fr. Michel. Paris, 1856 (Collection de Documents inédils de l’histoire de France). Une première édition avait été publiée en 1849, à Pampelune, par D. Pablo ILARREGUI.
2, Il nous reste encore de Guilhem Anelier quatre poésies
En dehors de ce long poème, les manuscrits ne nous ont conservé de Guilhem Anelier que quatre poésies lyriques, qui sont des satires politiques ou sociales.
Il s’y plaint de la décadence des traditions de libéralité et de générosité qui étaient si chères aux troubadours. Ces plaintes, on les avait entendues de bonne heure dans la littérature méridionale; mais elles empruntaient alors aux événements une force singulière. Et quant aux plaintes sur les rigueurs de l’Inquisition, sur les clercs et sur les Français, voici comment Guilhem Anelier les exprime :
« Maintenant je ferai, quoiqu'il ne me plaise pas de chanter vers ni chansons, un sirventés sur une mélodie joyeuse. Je sais que j’en serai blâmé; mais je suis serviteur du Maître qui pour nous souffrit le martyre et qui voulut mourir en croix; c'est pourquoi je ne crains pas de dire la vérité.
« Car Je vois que les temps sont changés... La noblesse méridionale est déchue et les vilains grossiers, clercs et Français, que je déteste, sont honorés; je vois en vérité détruire le droit et Pitié et Honneur s’avilir : que Dieu m’en donne ce que j'en désire!
lyriques, éditécs par Gist : Der Troubadour Guilhem Anelier von Toulouse : vier provenzalische Gedichle. Soleure, 1877.
« Tant est grande leur convoitise que la droiture en est renversée et que tromperie et trahison sont appelées droit par eux; aussi l’honneur, la libéralité, la joie et les rires disparaissent et nous voyons honorer les méchants qui ne peuvent honorer Dieu ni dire la vérité.
« Jongleurs, elle n’est plus aimée la fleur des vaillants barons, à qui jadis plaisaient réunions, courtoisie, générosité, Joie et plaisir; maintenant, si vous voulez dire autre chose, ils penseront à vous bafouer, car ceci ne leur plaît plus et l’avarice leur enlève le rire. »
Ar faray, sitot nom platz Chantar verses ni chansos, Sirventes en son J0yos,
E say qu’en seray blasmatz;
Mas del Senhor sui servire
Que per nos suferc martir
Et en crotz denhet morir,
Per qu’ieu nom tem de ver dire.
. Quar vey que:l temps s’es camjatz.… E Paratges que chay jos
E vilas coutz son prezatz,
Clercx e Frances cuy azire,
Qu'ieu per ver vey dregz delir
E Merces e Pretz veuzir;
Dieus m'en do so qu'ieu‘n dezire.
Tant es grans lur cobeytatz Que dreitura n’es al jos,
Et enjans e tracios
Es dreitz per elhs apellatz, Don pretz, dos, solatz e rire Franh, e vezem car tenir Los malvatz que ges servir.
Non podon Dieu ni ver dire.
Joglars, ben son desamatz La flor dels valens baros Cuy cortz, domneyars e dos Plazion, Joys e solatz; Qu'’er, si re als voletz dire, Vos pessaran d’escarnir, Quar ja no:ls pot abellir, Qu'’aver aver lur tolh rire.
(Max, Werke, III, 281.)
Voici une autre satire non moins curieuse et non moins hardie, qui paraît être composée pendant la jeunesse de Raimon VII, comte de Toulouse. Après plusieurs plaintes sur la décadence générale des mœurs, Anelier continue : « Mais voici qu'un enfant arrive au pouvoir ; il est pour la Noblesse une lumière éclatante, car sans lui elle n’aurait aucune puissance, elle tomberait toujours plus bas; mais il lui est venu un si grand honneur de ceux qu’il a vaincus, et il a donné un tel exemple que les Français, qui sont ses voisins, en sont saisis de crainte. |
« Aussi je prie Jésus-Christ de lui donner le
pouvoir et de vouloir bien le protéger de telle sorte que les clercs ne puissent lui causer du dommage, avec leurs trompeuses prédications ; si grande est leur tromperie qu’ils brûleront au plus profond du feu d'enfer, car ils veulent tant d’argent que d’un pécheur ils font un homme chaste et pur.
« L'Église manque de son sens ordinaire, car elle veut mettre les Français là où ils n’ont légalement aucun droit; quant à ceux-ci, ils font peur aux chrétiens par un langage sans mesure et veulent que le monde leur soit soumis. »
Mas us efans cobra poder
Qu’es a Paratge lums e ray,
Que ses elh no pogra valer,
Ans er al bas per tostems may; Mas tant a prés gran onramen
De selhs de cuy fetz planca e pont Eychanple tal qu'ab cor temen Son Frances, quar tan prop li son.
Don prec Jhesu Crist, que poder Li don e que:l garde, si:l play, Que clerex no’l puescon dan tener Ab fals prezicx totz ples d'esglay, Quar tan es gran lur trichamen Qu’el fuec enfernal plus preon Ardran, quar volon tant argen Qu'om peccaire fan cast e mon.
A la Gleiza falh son saber, Quar vol los Frances metre lay
On non an dreg per nulh dever, E gieton Christias a glay
Per lengatge sens cauzimen, Quar volon lo segle redon ‘.…
Voici le début d’un autre sirventés :
El nom de Dieu, qu’es Paire omnipotens… Fas sirventes e prec lui qu’el m'ampar..
Que nom noguon clercx ab fals motz forbitz Don mains homes an pel segle trazitz, Qu'en van faiditz queren d'autruy lur vida, Quar dreytz no:ls val ni‘ls es razos auzida.
Tan son lassatz ab Franses fermamens Qu'om no:ls auza lur fals ditz contrastar*.
« Au nom de Dieu, qui est le Père tout puissant, qui voulut, pour nous sauver, se livrer à la mort, Je fais un sirventés et je le prie de me protéger contre les clercs, de manière qu’ils ne puissent pas me nuire avec des mots trompeurs et doucereux (?), comme ils l'ont fait pour maints hommes, qui s’en vont en exil mendiant leur vie près d'autrui; car le droit ne les protège pas et on n'écoute pas leur raison.
Les clercs sont si fermement unis aux Français
1. RaynouarD, Choix, IV, 272. Le sens du dernier vers est douteux.