‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 74 sur 83 · Raynouarp, Choix, V · texte numérisé non relu

Raynouarp, Choix, V

qu'on n’ose pas contredire leurs paroles trompeuses... »

On remarquera encore ici que ces « anticléricaux » ne sont pas des impies; ils invoquent Dieu contre ses mauvais disciples et lui demandent de les protéger. Sur ce point Guilhem Anelier ressemble à Montanhagol et à Guilhem Figueira, comme on le verra tout à l’heure.

« Guilhems Figueira: si fo de Tolosa, filhs d’un sartor, et el fo sartres. E quan li Frances agron Tolosa, el s’en venc en Lombardia. E saup ben trobar e cantar e fetz se joglars entre:ls ciutadins. Non fo hom queis saubes cabir entre-ls barons ni entre la bona gen, mas mout se fetz grazir als. arlotz et a las putans et als ostes et als taverniers. E s’el vezia venir bon home de cort lai on el estava, el en era tristz e dolens, et ades se percassava de lui abaïssar et de levar los arlotz?. »

« Guilhem Figueira était originaire de Toulouse ; son père était tailleur et il fut lui aussi tailleur. Quand les Français occupèrent Toulouse, il s’en alla en Lombardie. C'était un bon poète et un bon

1. Cf. Emil Levy, Guilhem Figueira, ein provenzalischer Troubadour, Berlin, 1880. (Thèse de l’Université de Berlin.) 2. E. Levy, p. 30.

chanteur; il se fit jongleur dans les villes. Il n'était pas homme à se plaire dans la compagnie des grands et des gens bien élevés; mais il avait la sympathie des truands et des p.…., des hôteliers et des taverniers. S'il voyait venir près de lui un homme de cour, il en était triste et dolent. Il s’etforçait alors de le rabaisser et d’exalter les truands. »

C'était évidemment un homme de mauvaise compagnie. Il semble d’ailleurs que les renseignements défavorables donnés sur son compte par le biographe provençal soient confirmés par le couplet d’Aimeric de Pégulhan signalé plus haut".

D’après son éditeur, Emil Levy, Guilhem Figueira serait né à la fin du xrre siècle, vers 1195. Il nous reste de lui une douzaine de pièces authentiques. Il fut en relations avec Blacatz, grand seigneur provençal, qui protégea la poésie, qui fut poète lui-même ct qui échangea des couplets avec la plupart des troubadours du temps. Il est possible qu’en partant pour l'Italie Guilhem Figueira ait séjourné à la cour de Blacatz.

Guilhem Figueira fut en Italie un protégé de Frédéric IT. Emil Levy se demande si un homme

1. [Il se peut d’ailleurs aussi que le biographe n'ait eu d'autre source que ce couplet. Cf. supra, p. 103.

aussi mal élevé que lui séjourna vraiment à la cour de ce prince élégant et distingué, et il répond par la négative. Je crois au contraire que les mauvaises habitudes de Guilhem Figueira ne furent pas une cause suffisante pour lui faire refuser l’accès de cette cour. Il y avait plusieurs catégories dans ce monde de jongleurs et de troubadours, qui vivaient des faveurs des grands; et nul doute que notre homme n’ait fini par trouver la compagnie qui lui convenait.

D'autre part, il me paraît improbable que le troubadour qui a chanté si souvent Frédéric II ait vécu loin de sa cour. Car Guilhem Figueira fut un des partisans les plus dévoués de l’empereur. Comme d’autres troubadours de son temps, il voyait en lui un défenseur de la Cause méridionale et surtout un ennemi de la Papauté.

Voici quelques passages assez caractéristiques à ce sujet : « J’ai le désir d'envoyer un nouveau sirventés à l'Empereur à la gentille personne ; j'ai besoin de me mettre à son service, car nul homme ne récompense mieux que lui; il met le pauvre hors de pauvreté, et quant au vaillant il le rend encore meilleur. » Faisant allusion, dans la même pièce, à un char portant mille onces d’or donné par Frédéric, Guilhem Figueira s’écrie : « Ben aja, qu'aissi donat » — « Bonheur à celui qui donne ainsi! » ou

Dans un autre de ses sirventés, il appelle son protecteur « fruit de jeunesse », « fruit d'honneur », « fruit de connaissance ». Dans ün autre: il lexcite à prendre vengeance des Lombards révoltés contre

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SCEAU DE RatMON VII COMTE DE TOULOUSE.

son autorité (Levy, IT). Lorsque Frédéric triomphe à Cortenuova (1237), Guilhem Figueira entonne un chant de triomphe, dans lequel il trouve moyen de faire entrer le nom du jeune comte de Toulouse, Raimon VII.

Les noms du comte de Toulouse et de Frédéric II se trouvent de nouveau unis dans un chant de

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