‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 76 sur 83 · DE FLA · texte numérisé non relu

DE FLA

liché J

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Vai, sirventes, ten ta via

E dim a falsa clercia, Qu’aicel es mortz que:‘s met en son poder, Qu’a Tolosa en sap hom ben lo ver.

(Éd. Levy, IV.)

Mais la poésie la plus connue de Guilhem Figueira est son célèbre sirventés contre Rome. C’est la satire la plus hardie que le Moyen âge méridional ait connue contre la Papauté. Elle se compose de vingt-trois strophes comprenant cent soixante et un vers. Sous une forme tantôt naïvement emphatique, tantôt singulièrement éloquente, G. Figueira y développe la plupart des reproches que les ennemis de la papauté lui ont de tout temps adressés : le désir de dominer sur les esprits et sur les cœurs, l’amour des richesses, en opposition si complète avec la simplicité et la pauvreté de l'Église primitive, la simonie.

En même temps Guilhem Figueira attaque la politique temporelle du Pape, sa lutte contre Frédéric Il et surtout contre le comte de Toulouse. ll lui rappelle les massacres de Béziers. « En quel lieu avez-vous vu, Rome, qu’on doive tuer des chrétiens ? » |

Voici quelques-unes des strophes les plus hardies de cette satire :

« Je ne veux plus tarder à faire un sirventés

dans cette mélodie qui me plaît; je sais sans aucun doute que je m’attirerai des inimitiés, car je fais un sirventés contre les disciples trompeurs et grossiers de Rome, où la décadence a son chef et où tout bien déchoit.…

« Rome, tant est grande votre forfaiture que vous méprisez Dieu et ses saints. Vous vivez bien mal, Rome trompeuse et criminelle. C’est pourquoi en vous se cache, s’amincit et disparaît la joie de ce monde. Et vous montrez un orgueil excessif vis-à-vis du comte Raimon.

« Rome, que Dieu le comble et lui donne force et pouvoir, au Comte qui tond les Français et qui les écorche…

« Rome, ce qui me réconforte, c’est qu'avant peu de temps vous ferez naufrage, si l’habile empereur (Frédéric Il) mène bien sa destinée et fait ce quil doit faire. Rome, je vous dis en vérité que votre pouvoir nous le verrons tomber. Que le vrai Sauveur me le laisse voir bientôt.

« Rome, que Celui qui est la lumière du monde, la vraie vie et le vrai salut, vous donne une mauvaise destinée. Car vous causez tant de maux et ils sont si connus que le monde crie. Rome déloyale, racine de tous maux, si vous ne changez pas vos pensées, vous brûlerez sans faute dans le feu infernal! Vous cachez sous le regard simple d’un agneau un loup enragé. Vous êtes un serpent

couronné, enfanté par une vipère et le diable vous appelle son ami. » |

D'un sirventes far En est son que m'agensa Non vuolh plus tarzar Ni far longa bistensa, E sai ses doptar Qu'ieu n’aurai malvolensa, Car fauc sirventes Dels fals, mal apres, De Roma, que es Caps de la dechasensa, On dechai totz bes…

Roma, tant es grans

La vostra forfaitura . Que Dieu e sos Sans

En gitatz a non cura,

Tant etz mal renhans, Roma falsa e tafura,

Per qu’en vos s'escon

Es magr’ e:s cofon

Lo jois d’aquest mon.

E faitz gran desmezura

Del comte Raimon.

Roma, Dieus l’aon E‘lh don poder e forsa

AI Comte que ton Los Frances els escorsa.…..

Roma, Lbe°m conort Quez en abans de gaire

Venrez a mal port Si l’adreitz Emperaire Mena adreich sa sort Ni fai so que deu faire.

Roma, eu dic ver, Que:l vostre poder : Veirem dechazer.

Roma, lo vers Salvaire M'o lais tost vezer!

Roma, Cel qu'es lutz Del mon e vera vida

E vera salutz Vos don mal’ escarida,

Car tans mals saubutz

Faitz que lo mons crida..

Roma desleials

Razitz de totz mals,

Els focs enfernals Ardretz senes falhida,

Si non pensatz d’als…

Car avetz d’anhel

Ab simpla gardadura Dedins lops rabatz.

Serpens coronatz De vibr’ engenratz,

Per que:l diable-us appella Coma als sieus privatz'.

(Éd. Levy, Il.)

1. Voir des extraits plus abondants dans notre Anthologie des Troubadours, p. 149.

La Papauté trouva un défenseur en la personne d'une femme : dame Gormonde de Montpellier. La défense est loin d’avoir l’allure éloquente et hardie de l’attaque. Cette dévote poëtesse ne trouve pas le mot qui venge, le vers qui frappe et repousse, la strophe qui réfute.

« De la religion suspecte et des paroles folles et grossières du poète perfide il apparaît bien qu'il est de Toulouse... Rome, que le Roi souverain, qui est plein de droiture, donne un mauvais sort aux Toulousains mécréants, qui sont si orgueilleux contre ses commandements. »

Et voici la fin de cette pieuse invective : « Rome, que le Seigneur glorieux qui pardonna à Marie- Madeleine fasse mourir comme meurent les hérétiques le fou enragé qui sème de telles paroles !. »

Le souvenir de la jolie pécheresse à laquelle le Christ pardonna n’a pas rendu notre poétesse indulgente et charitable; ce n’est pas de sa faute si Toulouse, Guilhem Figueira et le comte Raimon VII n’ont pas été engloutis par le feu d'enfer.

On aura remarqué que la plupart de ces poètes que nous pouvons appeler «anticléricaux », au sens ancien du mot, ne sont pas des athées. Ils ne s’attaquent ni à Dieu, ni à ses saints, ni à la religion,

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