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LES LÉGENDES BRETONNES

La patience des Bretons. — Le roi Arthur. — Tristan, type de l'amant. — Légendes concernant Tristan. — Iseut, type de l'amante. — Yvain.

Dans la conception que les troubadours se sont faite de l’amour, la patience est une des premières qualités requises de l'amant ; elle est le talisman devant lequel s'ouvre le cœur de l’aimée. Les troubadours l’ont souvent comparée à celle dont faisaient preuve les Bretons, qui attendaient depuis des siècles le retour d'Arthur. Cette allusion était devenue de bonne heure proverbiale chez les troubadours. Ils s’en sont d'ailleurs souvent moqués.

Servirs qu’om no guazardona Et esperansa Bretona Fan de senhor escudier.

(Bernart de Ventadoû®r, La douss’aura).

« Service non récompensé et espérance de Breton font d’un seigneur un écuyer. »

« J'ai fait l'œuvre de laraignée, dit Peire Vidal, et jai attendu comme un Breton. »

Fach ai l’obra de l’aranha E la musa del Breto.

(Peire Vidal, éd. Anglade, V, 17-18).

Gaucelm Faidit demande à sa dame de ne pas le faire attendre comme un Breton.

d’après un autre manuscrit par H. Suchier, Denkm. prov. Literatur, p. 326. Suchier remarque (p. 556) que nous n’avons que deux exemples de tensons bilingues (français et provençal).

Si-1 plai que ab lieys no-m fos

L’esperansa dels Bretos.

« Il ne faut pas, dit un autre troubadour, qu’une femme de cœur fisse attendre son amant comme un Breton. »

Quar de bona domna cove Quan amans d’amor l'apela Que no:l fassa semblar Breto.

(Guilhem de Berguedan, M. G., 165).

« Je n’ai jamais entendu dire qu’un homme, sauf un

Breton, ait attendu si longtemps. »

Anc non auzi{ors de Breto

D’ome tan longa atendeso (Guilhem Ademar, M. G., 39).

« été longtemps Breton », dit un troubadour impa-

tient. | Amor$, lonc temps ai estat de Bretanha (Pons de Capduelh, M. W., I, 341)

. « Les Bretons, dit un autre, ne se lassent pas d attendre, quoique os ait été vaine jusqu'ici ; je puis prendre

exemple sur eux.

Mas ges Brelo lur atendre, ——.—

Sitot s’en an pauc conquist, No's laysson, per quieu puesc prendre

Eyssample segon qu’ay vist.

(Guilhem de Biars, Appel, Prov. Ined., p. 127).

« Celui, dit Peire Vidal, qui blâme une longue attente est gravement dans l’erreur ; car maintenant les Bretons ont Arthur, en qui ils avaient mis leur et moi par

une longue attente j ai conquisun doux baiser. »

Et sel que long’ atendensa

Blasma fai gran fallizo, Qu’'eran Artus li Breto

On avion lur plevensa, Et'ieu per lonc esperar Ai conquis tan gran doussor Un bais… (Ed. Anglade, XXVIII, 46-52).

Il s’agit du fils de Jaufre, comte de Bretagne, né en 1187,

et appelé Arthur ; de même mie le passage suivant du même Peire Vidal.

Nom deuria tarzar So que’m fai esperar, Que pos Artus an cobrat en Bretanba Non esrazos que mais joismi sofranha. : +

(Ed. Anglade, XVIII, 29-30).

« Puisque les Bretons ont.recouvré Arthur, il n’est pas juste que désormais la joie me manque. »

Dans un autre ordre d’idées, quand Bertran d’ Alatiandn reproche au comte Charles d'Anjou son hésitation et son indécision, il fait allusion à son tour à la patience, à la muza des Bretons.

Mas s’ieu m’aten entro que despregutz En sia‘l coms, ieu serai dreitz Bretos.

(Ed. S. de Grave, IV, 36).

« Je serais un, vrai Breton, si je continuais à attendre que le comte se réveille de sa léthargie. »

Alphonse X de Castille hésitant à aller se faire couronner empereur, Guilhem Montanhagol lui rappelle dans un sirventés qu'il ressemble à un Breton.

Reys Castellas, l’emperi vos aten,

Mas sai dizon, Senher, qu’atendemen Fai de Breio….

(Ed. Coulet, XII, 42-43).

. Un autre troubadour, Elias de Fonsalada, dit :

Ja no gabaraï los Breitos C’atressi vauc com ilh muzan.

(Elias Fonsalada, De bon loc, str. 2).

« Jamais plus je ne me moquerai des Bretons, car je vais attendant comme eux :. » 5:

«Je voudrais que mon sirventés trouvât un Le dit Aimeric de Pégulhan, qui sût lui donner des nouvelles du roi Arthur et lui indiquer l’époque de son retour. » :

Home trobar que:il saubes novas dir Del rei Artus e quan deu revenir :.

Voici une autre de ces plaisanteries à l’adresse des Bretons qui attendaient le retour de leur roi. Dans une tenson entre Rainaut et Jaufre de Pons, le premier dit au second :

Qu’en amatz mais l’atendre que:l jauzir ;

Per so s’en fan li Breto escarnir Qui fan d’Artur aquel’ eiss’ entendensa 3,

« Vous aimez mieux l'attente que la jouissance : c’est en cela que les Bretons se font moquer d’eux, car ils attendent de même Arthur. »

« Non, répond Jaufre, je n’attends pas comme Arthur, car j'ai donné mon cœur et ma vie à une femme qui est trop bonne pour causer la mort d’un homme qui se met en son pouvoir. »

En ce qui concerne la légende du roi Arthur +, nous remarquerons que la forme la plus usuelle du nom est Artus (Cf. infra le diminutif Artuzet). La plus ancienne de ces allusions paraît être dans Marcabrun (vers 1137).

Puois lo Peitavis m’es faillitz, Serai mai com Ariur perdutz.

(Ed. Dejeanne, IV, 60).

. Cf. pour d’autres allusions: Cnyrim, Die Sprichwôrter bei den pro- Deal heu Lyrikern. Marbourg, 1888.

2. Totas honors ; Raynouard, Lex. Rom., II, 130, 1. 3. Segner Jaufre, respondes. Bartsch, Grundriss, 414, 1 4. Plus de vingt allusions chez les troubadours; cf. notre Onomastique.

« Puisque le Poitevin (comte de Poitou) me fait défaut, je serai perdu comme Arthur. »

Tantôt les troubadoursfont allusion à la vaillance d'Arthur, tantôt ils se contentent, à propos de son nom, de revenir au thème de « l’espérance bretonne ». |

Voici des allusions à sa vaillance.

Anc al temps d'Arthur ni ara No crei que hom vis

Tan bel cop.

(Sordel, éd. de Lollis, Il).

Il n’est pas rare que le nom d’Arthur apparaisse dans les planbs (plaintes funèbres) ; il est le type du héros.

« En lui (un infant de Castille), dit Guiraut de Calanson, revivait toute la gloire qu’on raconte du roi Arthur. »

Qu'en lui era tot lo pretz restauratz | Delrei Artus qu’om sol dir e retraire.

(Mahn, Werke, III, 29).

« Je ne crois pas, dit Gaucelm Faidit, dans un planbh, que Charlemagne ni Arthur aient été aussi vaillants :. » Chez Aïimeric de Pégulhan, le nom d’Arthur est joint à celui de Gauvain.

Nom par que Galvain ni Artus

Fezes doas jontas neghus Plus tost en un besonh qu’eu faz :.

« Il ne me semble pas que Gauvain ni Arthur aient attaqué plus fapidement que je ne fais au besoin. »

Dans l’ensenhamen (poème didactique) d’Arnaut Guilhem de Marsan, Arthur est cité en même temps qu'Ivain et

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