‹ Les troubadours et les BretonsChapitre 18 sur 57 · Mabhn, Werke, II · texte numérisé non relu

Mabhn, Werke, II

2. C'est le texte donné par Birch-Hirschfeld, loc. laud., p. 54 ; c’est aussi le texte donné par le ms. U dans Mahn, Gedichte, 1189 ; Galvani écrit avec le ms. D, Ectors ni Tideus ; la pièce n'étant conservée que dans ces deux manuscrits, il est difficile de se prononcer. La pièce est publiée aussi : Archiv n. Spr., 33, 296 et 35, 395.

d’autres héros appartenant à d’autres cycles, comme type du chevalier courtois.

Sapchatz delrei Arlus,

Que say que’us valra pus,

Car il anc no feni.… | . (M. W., IL, 368).

« Sachez du roi Arthur (et je sais que cela vaudra mieux pour vous), car il n’est jamais mort.

Une allusion à Perceval et à en se trouve dans une pièce de Rambaut de Vaqueyras.

Anc Persavals, cant a la cort d’Artus Tolc las armas del cavalier vermelh Non ac tan gauch com ieu del sieu conselh.

(Parnasse Occitunien, 78).

« Jamais. Perceval, à la cour du roi Arthur, quand il enleva les armes au chevalier vermeil, n’eut autant de joie comme j'en ai de son conseil. » |

Voici d’autres allusions à la vaillance d'Arthur et à la douleur que sa mort causa aux Bretons dans un planh du troubadour Matieus de Caersi sur la mort du roi d’Aragon, Jaime I: le Conquistador.

Quar ben devetz aitan de dol aver Cum per Artus agron silh de Bretanha.

Ges Bretanha no:’s pot enquers calhar Que no'’s planha per un rey que ac bo.

(Appel, Prov. Ined., p. 194).

« Vous devez avoir autant de deuil comme pour Arthur eurent ceux de Bretagne. Les Bretons n’ont pas encore cessé leurs plaintes pour un bon roi qu’ils ont eu ».

Enfin la légende d'Arthur et du chat ’ est l'objet de

1. Cf.sur cette légende E. Freymond, Artus Kampfmit Kalzenungestüm in Beitraege zur rom. Phil. (Festgabe für G. Groeber). Halle, Niemever, 1899. Cf. Romania, 1900, p. 121: deux des exemples qui suivent sont empruntés à la Romania.

quelques allusions intéressantes. Il y avait au x111° siècle plusieurs versions de cette légende. D’après une de ces versions, le chat (sans doute quelque monstre marin) aurait emporté Arthur et on n'aurait jamais su ce que le roi était devenu. C’est à cette légende que se rapporte le vers suivant de Peire Cardenal.

Mas cant lo rics er d’aisso castiatz, Venra’ N Artus, sel qu'emportet le catz.

(M. W., Il, 214).

« Quand le riche sera repris, viendra Arthur, celui que le Chat emporta. »

C’est au même événement que ferait allusion, d'après Gaston Paris, Guilhem de Berguedan, dans les passages suivants.

Don: al Creador

So que l’auras promes ; Memnbre:t del pescador

Et del guat cossi:1 pres.

Membre:t del guat d’infern, Que fetz al fort senyor.

« Souviens-toi du pêcheur et du chat, de ce qui leur arriva ; souviens-toi du chat infernal et de ce qu'il fit au vaillant seigneur. » |

Une allusion à l’époque d’Arthur se trouverait, d’après Bartsch, au début d’une poésie anonyme :

Anc al temps d’Artus ni d’ara :.

« Jamais, au temps d’Arthur ni maintenant. »

Bertran de Born reproche aux Bretons d'attendre frivolement (frevolmen) leur Arthur, au lieu de combattre les envahisseurs; cf. supra, p. 30.

. Bartsch, Grundriss, 461, 22, imprime Ara, comme nom propre. La ee est imprimée dans l'Archiv f.d. Std.n. Spr., 50, 20 Mais c’est une poésie de Sordel : cf. supra, p. 42.

De même un troubadour de la décadence, Montan Sartre, reproche au comte de Toulouse (Raimon VI) de se laisser attaquer, sans riposter, par les Français. « Maintenant, dit-il, ceux de Beaucaire attendent Arthur. »

En atendon Artus cil de Belcaire.

(Raynouard, Ch., V, 268).

Ajoutons que Bertran de Born cite un jongleur du nom d’Artuzet (dans la pièce Quan vwerï) et que le Dauphin d’Auvergne s'adresse à un petit jongleur, joglaret, qu'il appelle Arius (Joglaretz).

Bertran de Paris reproche au jongleur Gordo de ne rien connaître de la légende d’Arthur.

Ges non sabes d’Artus [si] com ieu fas Nide sa cort on ac mant soudadier :.

(Birch-Hirschfeld, 55).

« Tu ne sais rien d'Arthur, comme moi, ni de sa cour où il y eut tant de soldats. »

Dansune tenson du dernier troubadour, Guiraut Riquier, avec le comte Henri de Rodez et le sieur d'Alès, il est dit d’un personnage « qu’il souffre plus qu’Arthur, celui de Bretagne ».

Per que tratz pieytz c’Artus, cel de Bretanha. (Mahn, Werke, IV, 240).

Une allusion à Arthur se trouve dans une pièce encore inédite de Cerveri de Girone, troubadour catalan de la deuxième moitié du xirr° siècle : Can aug en cort. :

Aux environs de 1300, le père du troubadour Raimon de

1. Birch-Hirschfeld voudrait lire Conte d’Artus dans l’ensenhamen de Guiraut de Cabrera, au lieu de conte d’Arjus (loc. dict., p. 54). Mais Milà y Fontanals (Trovadores en España, 270, n. 7) fait observer que dans l’imitation faite par G. de Calanson ‘on lit Argus, ce qui PONT correspondre à Argos.

Cornet fait encore allusion à la patience bretonne, dans un sirventés où il critique les lenteurs administratives de son temps :

Davans lor faretz mens que cel qu’aten N’Artus. (Chabaneau, Deux mss. prov., p. 79).

« Vous gagnerez moins devant eux que celui ci attend le seigneur Arthur. »

Quant à Raimon de Cornet, il fait aussi une allusion à Arthur, mais elle est peu précise.

Un cavalier no tenc lo reys Artus.

(Chabaneau, loc. laud., p. 34).

« Le roi Arthur n’eut pas de chevalier. » ; le reste de la strophe est corrompu :.

Avec le nom d’Arthur celui de Tristan et celui d’Izeut sont ceux qui apparaissent le plus souvent dans la poésie des troubadours. Ces modèles des parfaits amants partagent cet honneur avec Floire et Blancheflour, ainsi qu'avec Andrieu de France et quelques-autres, mais leur nom, si je ne me trompe, apparait plus souvent ?.

. Ces allusions peuvent se présenter sous plusieurs formes : ou le troubadour aime sa dame comme Tristan fit Izeut ; ou bien encore l'amour de Tristan était peu de chose comparé à celui du troubadour qui évoque son souvenir. Voici ces diverses allusions, classées autant que possible suivant l’ordre alphabétique des troubadours. Les plus anciennes sont du milieu du xn° siècle et l’une d’elles se rencontre

. Le nom d'Arthur apparaît une cinquantaine de fois dans le roman de auf 2. J'ai relevé dans mon Onomaslique une nusrañtaine d’allusions à Tristan.

dans Bernart de Ventadour, dont nous admettons le séjour en Angleterre ; cf. supra, p. 10. |

Plus trac pena d’amor

De Tristan l’amador Qu’en sofri manhta dolor

Per Izeut la blonda.

(Ed. Appel, XLIV, 46).

« Je souffre plus par l'amour que ne souffrit Tristan amoureux qui souffrit tant de douleur pour Izeut la blonde. »

Le nom se rencontre encore quatre fois dans l’œuvre de Bernart de Ventadour (éd. Appel. n° 4,29, 42, 43), maisil y désigne un ami ou une amie ‘, un protecteur ou une protectrice du troubadour.

M. C. Appel s’est demandé s’il n’y aurait pas une allusion plus ancienne que celle de Bernart de Ventadour ; et il la trouve dans un passage obscur du troubadour Cercamon, qui écrivait dix ou vingt ans avant 1150 ?.

Non a valor d’aissi enan Cela c’ab dos ni ab tres jai;

Et ai n’enquer lo cor éristan, Que Dieus tan falsa no’n fetz sai.

« Celle qui couche avec deux ou trois amants, de ce jour-là elle perd tout son honneur; et j’en ai encore le cœur attristé de ce que Dieu n'en créa ici-bas aucune autre d'aussi perfide 3. » |

M. Appel, ne trouvant pas d’autre exemple de tristan adjectif en ancien provençal, et n’admettant pas un participe présent d’un fristar inconnu, se demande s’il ne vaut pas mieux voir ici lé nom propre de Tristan, qui aurait pu

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