Birch-Hirschfeld, p. 39 ; Astrucs es cel
2. La pièce est de Folquet de Romans; cf. l’édition de ce troubadour par Zenker (Romanische Bibliothek, XII, Halle, 1896).
On trouve dans Peire Cardenal deux allusions à Tristan. Parmi les parfaits amants (fn amador), il cite Pyrame et Thisbé, Floire et Blanchefleur, « et Tristan qu’iseut la blonde aima sans l'avoir vu. ».
Et Tristan qu’anc-non vis E amet Izeutz la blonda.
(Cel que fe; Mahn, Ged., 1245).
€ Tristan, dit-il ailleurs, fut le plus loyal de tous les amants et celui qui fit le plus’ de prouesses. »
Et Tristans fon de totz los amadors Le plus leals e fez mai d’ardimens.
(P. Cardenal, ap. Birch-Hirschfeld, p. 39) :.
Dans le roman de Jaufre on trouve Tristan et Iseut cités comme modèles de parfaits amants avec Floire et Blanchefleur, Fénice et Cligès. |
« C’est la force d'amour, dit l'héroïne, qui m'a fait vous aimer, cet amour qui fit que Tristan sembla fou, à cause d’Iseut qu’il aimait tant, et qui le sépara de son oncle et qui fit mourir Iseut. » |
(Forsa d’amor) que fes fol semblar Tristan Per Iseus cui amava tan E de son oncle lo parti E ella per s’amor morri. , (Suchier, Denkm. prov. Lit., 306, cf. Jaufre, éd. Breuer, v. 7605 sq.) 2.
Deux auteurs de nouvelles ont fait de rapides allusions à Tristan. Arnaut de Carcassés, dans la nouvelle du Papagai, fait dire à un de ses personnages : « Vous vous souvenez
- 1. Les allusions à Tristan sont fréquentes, au moyen âge, dans toutes les littératures. Cf. pour l'Italie: Malavasi, La materia poetica del ciclo bretone in Italia. Bologne, 1903.
Pour l’Espagne, cf. l’archiprêtre de Hita, éd. Ducamin, str. 1703. 2. Tristan est encore cité aux vers 102, 326, 387, 805 3.
peu de Blanchefleur que Floire aima si loyalement, ni d’Iseut qui aima Tristan. »
Pauc vos membra de Blancaflor C'amet Floris ses tot enjan Ni d’Izeut que amet Tristan.
(Ed. Savj-Lopez, v. 83-85).
On trouve dans la Cour d'Amour une allusion du même genre :
Et auzis qu’en ditz En Guirautz, Que saup mais d’amor que Tristans.
(Mahn, Ged., IT, 26 (no 341).
« Écoutez ce qu’en dit Guiraut, qui se connaissait mieux en amour que Tristan. » |
Voici en quelle compagnie un troubadour anonyme cite Tristan, Gauvain et Merlin.
Lo sen volgra de Salomon
E de Rolan lo bon ferir
E l’astre de cel lo pres Tir
E la gran força de Sanson
E qe sembles Tristan damier (sic) E Galvain de cavalaria
E°1 bon saber de Merlin :.
Un des manuscrits de l’ensenhamen de Guiraut de Calanson donne un texte peu clair où se retrouve ce mot de damier rimant avec rainier, nom propre.
E pueis damier
Lo filh Rainier Com fes lo joencel burdir:.
Dans une tenson à trois personnages, Tristan est cité à côté de Tydeus, comme type du héros. (G. Bertoni, Rim.
1. Gr. 461, 154: Z. R. Phil., IV, 508. Cf. p. 64. 2. W. Keller, Das Sirventes Fadet Joglar. Erlangen 1903 (Thèse de Zurich).
s2 J. ANGLADE
prov. ined., Segner Arnaut, vostre semblant (Siudÿ di fil. rom., 1900).
Pour Aimeric de Pégulhan, CAT est le type du chevalier vaillant, Yvain de l’homme courtois, Tristan de l'amant. |
| Ni ges d’armas Galvains plus non valia,
Ni non saup tan Yvan de cortezia, Nis mes Zristans d’amor en tan d’assai.
(M.W., Il, 168).
Dans un sirventés de Bertran de Paris de Rouergue Tristan est cité en même temps qu’Arthur, Marc et Merlin, sans compter les autres personnages qui n "appartiennent pas au cycle arthurien (M. W., IIL, 372).
Une allusion à la dallisee de Tristan se trouve dans l’ensenhamen d’Arnaut-Guilhem de Marsan.
Aprendetz d'En Tristun Que valc ben atrestan.
(Bartsch, Prov. Leseb., 134, 67).
« Apprenez l’histoire du seigneur Tristan, qui fut si vaillant. »
Deux allusions se rencontrent chez Folquet de Romans.
Que tant vos soi ferms e leials Que Tristans fo vers Isout fals Contra mi, e vers Blanchafiour Floris ac cor galiador.
(F. de Romans, Épitre, éd. 7 V. 135).
« Je vous suis si fidèle et si loyal que Tristan fut déloyal envers Îseut en comparaison de moi et que Floire eut un cœur trompeur envers Blanchefleur. » Cf. supra, p. 49. = « Jamais, dit le même troubadour, Tristan n’aima autant Iseut la belle ». (Ed. Zenker, V, str. 3). D’autres allusions à Floire et Blanchefleur se trouvent dans la même pièce, comme plus haut.
« Jamais Erec n’aima Enide, dit un autre troubadour (anonyme), ni Tristan Iseut, comme je vous aime ». Que Erec non amet Henida
Tan ni Izeutz Tristan Con yeu vos, dona. grazida.
(Appel, Prov. Ined., p. 323).
Lé
Comme Bernart de Ventadour (cf. supra, p. 47), le troubadour catalan Guilhem de Berguedan emploie comme senhal (nom secret de sa dame) le nom de Tristan. Cf. Mahn, Ged., 592.
Bertran de Born a également appelé une de ses amies ou protectrices Tristan (dans la pièce Molt mes descendre, éd. Stimming, XV). Pour-une autre allusion à Tristan l’amoureux dans Bertran de Born, cf. infra, à propos d’Iseut (éd. Stimming, XXXII, 38).
Dans le Chansonnier provençal de Saragosse, qui est toujours inédit, se trouve une pièce intitulée Lo vers de Tris- . tayn, dont nous ne connaissons que.le premier vers :
Si tot no say Tristanz l’'amanz:.
Dans le même chansonnier se trouvent de nombreuses poésies de Cervéri de Girone encore inédites; Tristan y est cité dans les pièces suivantes : Sifot no suy (Tristayn, forme catalane) ; Aragones eu ; En breu sazo.
D’autres allusions à Ten, au Lai du Chévrefeuille et au Lai de Tintagoil se rencontrent dans Flamenca (éd. P. Meyer (1865), p. 571).
Voici enfin un passage curieux d’un troubadour be du xui° siècle, Guilhem de Cervera.
Sa moylers fets Tristayn Morir, car noy jasia,
Que d’als tot son coman Et son voler fasia.
1. Notes sur le Chansonnier Provençal de Saragosse, par A. Pagès, p. 10 (Extrait des Annales du Midi, I).
La reyna al bayn Fets son marit aucir " E restauret l’estrayn, Et fo durs fayts d’ausir.
(Romania, XV, p. 95).
« La femme de Tristan le fit mourir, parce qu’il ne couchait pas avec elle, car en toute autre chose il exécutait sa volonté et son désir. »
La reine fit mourir son mari au bain et rétablit l'étranger ; et ce furent des événements durs à entendre. »
Les allusions aux divers épisodes de la vie légendaire de Tristan ne manquent pas chez les troubadours. Voici des allusions au philtre amoureux.
L'amour, dit Daude de Pradas, me fait boire avec 1la coupe de Tristan.
Beure-m fai ab l’enap Tristan Amors.
(Appel, Prov. Ined., p. 38).
Dans une tenson du Dauphin d’ Auvergne et de Peirol se trouvent les vers suivants :
DALFIN. — E membre vos de Tristan, C'ab Yseut moric aman.
PEIROL. — Dalfin, vers es que’ill poizos Que lor det beure Bragen La nueit per deschausimen E'1 fetz angoissos.
(M. W., Il, 31).
« Souvenez-vous de Tristan, qui mourut d'amour avec Iseut. » « Dauphin, il est vrai que le philtre que lui donna à boire Bragen pendant la nuit brutalement lui causa bien des angoisses. »
Voici d’autres exemples :
L’amoroseta bevanda Non feiric ab son cairel
Tristan n’Isoi plus forment Quant il venivon d’Irlanda.
(Bonifaci Calvd, [B. Zorzi], M. G., 308).
« L'amoureuse boisson ne frappa pas plus fortement Tristan ni Iseut quand ils venaient d’Irlande ».
Ara sai ieu qu’eu ai begut del broc Don bec Tristan qu’anc pueis guarir non poc.
(Augier Novella, M. W., II, 178).
« Maintenant je sais que j'ai bu à la coupe où but Tristan, qui ne put plus guérir ».
Voici une autre allusion dans Aimeric de Pégulhan.
Et ieu dobli la balansa
Quel doble tenc lieis plus car Totz jorns qu’aissi sai doblar Doblamen ma malanansa ;:
Mas assatz doblet plus gen Tristans, quan bec lo pimen ; Quar el guazanhet s’amia
Per so per qu'ieu pert la mia.
.. Mais Tristan doubla plus gentiment (son bonheur), quand il but le philtre ; car il gagna son amie par cela même qui me fait perdre la mienne. »
Autre allusion chez un troubadour anonyme :
Bona dona, vostre pres fo triaç.
Plus fo traiç lo jorn et enganac
Non fo Tristan que d’amor fo temptaz E çeu qe bic del vin qe fotempraç
E fo tan forte qe mos cors fo turbaç
Si qe anc pois non fo treis jorç en paç Ni anc convenç no fo per mi trentaç :.
« Noble dame, votre mérite fut grand : quant à moi,
1. Aimeric de Pégulhan, ms. 856, fo 95, vo. Cité par L. Sudre, loc. laud.
2. Gr. 461, 58. Texte dans Bertoni, 1} canzoniere proventale della Riccardiana, n° 2900.
je fus, ce jour-là, trahi et trompé plus que ne le fut Tris- ‘tan, qui fut tenté par l'amour; et moi je bus du vin mélangé ; ce vin fut si fort que mon cœur en fut troublé et que depuis je n'ai pas eu trois jours de repos... »
Un seul troubadour fait allusion au changement de nom de Tristan. Tristan, en abordant en Irlande, dissimule son état et son nom. Il se fait appeler : Tan-Tris. C'est l’inverse qu'il aurait fait, d’après Raimon Bistort d’Arles.
.E camijet nom de Tantris en Tristan.
Quelques troubadours font aussi allusion aux difficultés qu'éprouvait Tristan à voir Iseut. « Tristan aimait Jseut en secret », dit Guilhem de Cabrera.
Tristan Qu’amava Iseut a lairon :.
Rambaut de Vaqueïras promet à sa dame que, si elle daigne l’accepter pour chevalier, il viendra vers elle « en tapinoïs », comme Tristan, qui fit le guet jusqu’à ce qu’Iseut vint à lui.
À tapi li venrai Si cum TJristans, que's fes guaita, Tro que Yzeus fo vas si traita.
(Appel, Prov. Ined., 275).
Les allusions à Iseut seule sont plus rares. « La belle Iseut aux cheveux blonds », dit Arnaut de Mareuil (M. W., I, 154). Les cheveux d’Iseut, dit Bertran de Born (Poésies Am., II, 38), n'étaient pas aussi beaux que ceux d'Agnès, femme du vicomte de Rochechouart :. |
1. Cité par J. Bédier, Tristan, II, p. 210, d’après W. Hertz, Tristan 3, p. 499.