Birch-Hirschfeld, p
M. W. Keller a donnée du sirventés. Fadet Joglar ‘. L’éditeur a montré que la forme donnée par les deux manuscrits avait un o et qu'il fallait lire Lansolet et non Lanselet. On peut se demander d’abord s’il n’y a pas là une forme amenée par la rime, car la pièce abonde en noms propres défigurés de la même manière, soit volontairement, soit involontairement. La forme ZLansolet proviendrait d’une métathèse vocalique et, à ce point de vue, s’expliquerait mieux que Lanzelet. |
Si on garde la forme Lanselet, qui est unique dans la littérature provençale (fait relevé depuis longtemps par la critique), il faut l’expliquer comme on le fait d’ordinaire et admettre que Guiraut de Calanson a eu sous les yeux un poème qui ressemblait à celui du minnesinger Ulrich von Zatzikhoven, intitulé Lanzelet. Le texte imité par le troubadour et par le minnesinger était-il le même ? Était-il écrit en français ou en provençal? Autant de questions auxquelles il est impossible de répondre. M. W. Keller serait disposé à admettre que Guiraut de Calanson à connu un simple récit de jongleur, un « conte d'aventure » ayant trait à Lancelot :?.
Un troubadour inconnu fait allusion à la reine Genièvre dans le passage suivant 3 : |
Sovens mi fai morir e viure
1. Das sirventes Fadet Joglar (Thèse de Zurich), Erlangen, 1905.
2. Das sirventes Fadet Joglar, p. 39. Il relève dans Guiraut' de Cabreira des expressions comme les suivantes : Conte d’Arjus (Artus), novas de Tristan (ibid.).
« Rien dans Zatzikoven ne renvoie à une source Sen Cle. Rien non plus dans les noms propres n’y renvoie... D’après ce qui vient d’être dit, il n’est pas douteux que Ulrich composait d’après une source française et non provençale. » (Märtens Rom. Studien, V, 688-89.)
Les Germanistes, dit à son tour W. Fœærster, trouvent que Zatzikhoven est sous la dépendance de l'Erec d'Hartmann et placent par suite le roman dans les premières années du xirie siècle (Lancelot, gr. éd., p. XLvI. Cf. ibid., p. 111).
3. Les trois citations qui suivent sont empruntées à l'éditeur de
Si con fist la reina Genivre Un dels chevaliers de sa cort.
« Souvent il me fait mourir et vivre, comme fit la reine Genièvre à un des chevaliers de sa cour. »
Dans le roman de Flamenca ilest question de la « pulcele bretonne qui tint Po en prison, quand il lui refusa son amour ».
L'us ditz de la piucela bris Con tenc Lancelot en preiso Cant de s’amor li dis de no.
(Flamenca, 668).
Voici enfin — dans le même roman — une allusion précise au Lancelot de Chrétien de Troyes.
L’us dis del Bel Desconogut E l’autre del vermeil escut Que l’yras trobet a l’uissset :.
Dans la piucela breta de Flamenca Paul Meyer veut voir Viviane, G. Paris la dame de Malehaut ou Morgue, quitoutes deux, dans le Lancelot en prose, retiennent Lancelot en prison, parce qu’il refuse de les aimer ?. Mais il se pourrait aussi que breta ait perdu ici son sens ethnographique et qu'il désignât, comme il est fréquent en ancien français, une ‘personne « desmesurée », folle. On sait qu’il n’est pas rare que des adjectifs désignant des peuples soient pris en mauvaise part 3. Cf. d’ailleurs breta, au sens de sotte,
Chrétien de Troyes, W. Foerster, dans sa préface de Lancelot, gr. édit., P. LII.