‹ Les troubadours et les BretonsChapitre 41 sur 57 · ROMANS BRETONS · texte numérisé non relu

ROMANS BRETONS

Le poème de Jaufre. — Roman de Merlin. — Blandin de Cornouailles. — Les Leys d’Amors et les romans arthuriens. — Voyage de Saint-Patrice. — Conclusion. |

Parmi les poèmes « bretons » écrits ou peut-être traduits en provençal, le plus célèbre est celui de Jaufre. Le poème de Jaufre contient environ dix inille vers de huit syllabes. Il a été composé à la cour d’un roi d'Aragon, probablement Jacme Ie" le Conquérant, entre les années 1222-1232. Le héros du roman, Jaufre, fait partie de la cour du roi Arthur. Un chevalier, Taulat de Ragimon, est venu provoquer le roi et la reine ; il tue devant la table un des chevaliers d'Arthur. Jaufre, qui vient d’être armé chevalier, poursuit le meurtrier et le fait prisonnier. Jaufre était d’ailleurs devenu amoureux d’une noble dame nommée Brunissende ; il'se marie avec elle. Le poème abonde en épisodes romanesques ; comme dans tous les poèmes de la matière de Bretagne, il y a des nains, des « enchanteurs », des géants. On ignore la source exacte‘ du poème provençal; mais, comme il est assez tardif, la question d’origine n’a plus le même intérèt que sil était par exemple du milieu du x1r° siècle.

Il a été écrit en effet à la cour d’un roi d'Aragon, dans lequel on s'accorde à reconnaître Jacme [« le Conquérant

(v. 61, 2616). Il est dit que ce roi est jeune (v. 79). Le poème serait ainsi contemporain du joli roman de Flamenca, avec lequel d’ailleurs il n’est pas sans rapports. Les principaux personnages sont, en dehors d’Arthur et de Jaufre, Gauvain, Brunissende, Taulat, Augier de Cliart, Melian de Montmelior. Le sénéchal Quex, connu par les romans de Chrétien, y joue un rôle héroï-comique. Les noms de Lancelot, Yvain, Erec, Tristan et Iseult y apparaissent aussi, mais peu souvent. |

Le roman vient d’être publié en entier pour la première fois ‘. L'éditeur n’a pas pu étudier ses sources. Mais M. Breuer laisse entendre — et cela est vraisemblable — qu’il faudrait les chercher du côté des romans de Chrétien de Troyes et de son école, et plus particulièrement du côté d’Yvain et de Perceval (p. x), qui sont antérieurs à Jaufre d’une quarantaine ou cinquantaine d’années.

Pour Fauriel, le poème serait dédié à Pierre II, qui régna de 1194 à 1213. Si cela était démontré, le fait prouverait que les romans de Chrétien de Troyes se sont vite répandus dans la société méridionale. Mais l'hypothèse de Fauriel paraît peu vraisemblable : le « jeune roi » doit être Jacme I«', qui, en effet, commença à régner tout jeune ; et la composition d’un poème narratif de ce genre se comprend mieux à son époque qu’à la période précédente.

Le fragment de roman en prose provençale de Merlin, découvert par l'abbé Guillaume, estattribué par ce dernier au début du x siècle. Il faisait partie d’un beau manuscrit inquarto, dans lequel on avait laissé des blancs pour les enluminures. Le texte a été publié une première fois par l’abbé

1. Le poème de Jaufre a été publié d’une manière incomplète par Raynouard, Lexique Roman, I, 48-173. Le complément de l'édition fut donné par K. Hoffmann, dans les Sifzungsberichte der bayr. Akademie, 1868, II, 167-198 ; 333-346. Une édition complète a été publiée récemment (1925) par M. H. Breuer à Gœttingue (Gesellschaft für roin. Literatur, n° 46).

Guillaume, dans le Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes- Alpes, n° 2, p.92, et une seconde fois par C. Chabaneau, Rev. lang. rom., sept-nov. 1882. La langue est provençale, avec quelques traits gascons dus au copiste. La première partie de Merlin renferme « le récit des amours du roi Uter-Pendragon et d’Ygierne, presque dès le début de cet épisode jusqu'au moment où le roi se prépare à aller assièger le duc de Tintagel, mari d’Ygierne. Elle correspond, dans l’abrégé de M. Paulin Paris (Les Romans de la Table-Ronde mis en nouveau langage, t. Il), à ce qui remplit les pages 69 et suivantes. La seconde partie reprend le récit immédiatement après la mort d’Uter-Pendragon et le conduit jusqu’à l'épisode du Perron à l'enclume. Paulin Paris, p. 85, 1.8; p. 87,1. 3»:.

À côté du roman de Jaufre et de celui de Merlin il faut citer le roman de Blandin de Cornouailles (publié daris la Romania, IL, 170-202). C’est le récit des aventures de deux chevaliers, Blandin, et Guiot ou Guillot Ardit de Miramar, qui finissent par épouser deux sœurs, Brianda et Irlanda. Brianda était gardée par sept demoiselles dans un château défendu par des géants. Le poème a 2394 vers. Fauriel, Hist. de la poésie provençale, XI, 94, dit que le poème a été écrit « vers » 1240 ; mais Chabaneau le croit du xiv® siècle; Hist. Gén. Lang., X, 365,

Nous savons aussi qu'il a existé en provençal des romans en prose se rattachant au cycle arthurien. Ce sont : une traduction du roman français de Merlin, le Roman du Saint Graal, auquel il est fait allusion dans les Leys d’Amors, et une traduction des romans français de Lancelotet de Tristan’.

En 1481, on représente à Avignon une pièce dramatique intitulée : Triomphe du roi Artus 3. n

1. Chabaneau, loc. laud., p. 4 du tirage à part. 2. Chabaneau, Ms. perdus, 60, 62.

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