Ed. Martin, Il, xxXXvinI
2. Je me trouve d’accord sur ce point avec l'éminent germaniste W. Golther, qui «n’admet pas que Wolfram ait été un poète illettré. » F. Pfiquet{, Rev. Germ., 1926, p. ue 4, c.r. de W. Golther, Parziral und der Graal, Stuttgart, 1925.
Invraisemblable aussi que l’idée lui soit venue de transformer un homme de Provins en Provençal. Au début du xInI® siècle le renom de la Provence et des Provençaux au sens large du mot (surtout avec le sens du latin Provincia- : lis, qui désigne l’ensemble des pays de langue d'Oc) était trop fixé pour qu’un poète comme Wolfram lait détourné de son sens ; il y a là une invraisemblance qui me paraît évidente. Ajoutons que Provis, à l’époque de Wolfram, était prononcé avec 1; Proui+s ne pouvait pas se confondre avec Provenz.
Voici d’ailleurs d’autres allusions à des villes de « Provence » dans une autre œuvre de Wolfram.
Arle est citée dans le Willehalm (221, 18), où apparaît souvent le nom de Provenzalen, surtout dans le ch. IX :.
Quant à Narbonne, le nom est cité souvent dans le même poème sous la forme Narbôn (382, 30; 383,11; 397,9, etc., etc.) et quelquefois Narybôn (95, 25). Ein Juden von Narbôn est cité 195. 12. Karkassuon se trouve citée 365, 8. Et sans doute, Wolfram trouvait ces noms dans le poème français qu'il imitait; mais il ne pouvait guère ignorer le pays auquel ils appartenaient : on apprend la géographie en voyageant, mais On l’apprend aussi en lisant !
Il faut dire cependant que Wolfram parle plusieurs fois de son ignorance et de son manque d'instruction. Est-ce modestie ? Ou n'est-ce pas plutôt que les gens de sa condition n'étudiaient pas régulièrement comme les clercs ? D'autre part, au moyen âge, poètes ou chevaliers (bien qu’ils
1. Sauf dans Girart de Roussillon, où on trouve une douzaine d'exemples du terme Provençal, le mot est relativement rare dans l’ancienne épopée française et la Table des noms propres de Langlois n’en cite pas d'exemple pour le cycle de Guillaume d'Orange. Wolfram, en employant plusieurs fois le mot Provenzal, n’imitait donc personne, et je vois là une preuve qu'il savait fort bien ce que c'était que la Provence et les Provençaux, ou du moins ce qu'on entendait souvent au moyen Âge par ces termes-là, c’est-à-dire toute une partie du Midi de la France. |
n’eussent pas toujours étudié « dans leur jeunesse folle ») arrivaient dans leur âge mûr, probablement par les voyages ou simplement par léur contact avec des hommes instruits, des clercs en particulier, à une sorte d’instruction générale suffisante pour leur époque :.
K. Bartsch est un des premiers qui aient appelé l'attention des provençalistes sur les passages où Wolfram parle de Kyot. « L'étude des noms propres dans Parzival et Titurel conduit à la conclusion suivante : le poème de Guiot a été composé à la limite de la langue d’Oc et de la langue d’Oïl, par un auteur qui était au service d'Henri II d'Angleterre, de la maison d'Anjou ; c’est pourquoi le poète place la race. des rois du Graalen Anjou pour honorer son protecteur. »
Bartsch ajoute ? que les plus anciennes allusions à la légende du Graal, dans la poésie méridionale, remontent jusqu’au x1i° siècle.
Parmi les noms propres, le nom du chien Garde-viaz, dans Titurel, lui rappelle une forme provençale : garda-vias, garde-route 3.
Dans un travail postérieur + Bartsch a étudié à fond les
1. Peut-être même cela explique-t-il que Wolfram ait appelé français “h langue dans laquelle écrivait Kyot le ‘Provençal ? Voir sur tout ceci les réflexions judicieuses dE. Martin, t. II de son édition, p. 1x sq. D’après cet éditeur, Wolfram (il le déclare lui-même) connaissait imparfaitement le français, ce qui explique un certain nombre d'erreurs de tréduction et de méprises que l’on rencontre dans son œuvre.
Mais les déclarations de Wolfram sur sa connaïssance du français paraissent quelque peu contradictoires. Lachmann a relevé un passage du Wilehalm (237) où Wolfram, traduisant herberger par loschieren, se vante de connaître le français.