ALLUSIONS AUX CHOSES DE BRETAGNE
Allusions à la langue bretonne. — Genres poétiques : lais. — Instruments de musique : harpe, rote, gigue. — Autres allusions. — Allusions aux Bretons en général : Gallois, Irlandais.
Les allusions à la langue bretonne ne sont pas très nombreuses ; on n’en rencontre pas chez les premiers troubadours ; elles n’apparaissent qu’à la fin du xu° siècle et au x. Les troubadours insistent en général sur l'obscurité de cette langue.
Ainsi Peire Cardenal, qui est un des grands satiriques du ximne siècle, se plaint de ne pas être compris de ses contemporains. « Cependant, dit-il, je ne parle ni breton ni frison, ni normand ni poitevin. »
Mas ieu non ai lenga friza ni breta,
Ni non parli norman ni peitavi.
(Mahn, Werke, I], 243).
Dans un autre sirventés, le même troubadour affirnine qu’il est moins pénible d’entendre parler les Bavarois, les Grecs, les Ecossais, les Gallois et les Bretons qu’un vil
menteur.
: Anc no vi Breto ni Baivier Ni Grec ni Escot ni Gales Que ta mal entendre fezes
Com fai home lag messorgier.
« Maintenant, dit-il ailleurs, on dira qu’on ne m’entend pas, que je parle breton. »
Ar diran qu’ieu despona Mon sirventes a la gen,
Quais qu’ieu ai lenga bretoua, Que negus hom no m'’enten.
(M. W., Il, 227).
Voici une autre allusion chez un troubadour de la décadence (deuxième moitié du xmi* siècle) :
Cascus me tenra per Breto E dira qu’ieu chan cluzamen.
(Bertran Carbonel, Appel, Prov. Ined., 82).
« Chacun me prendra pour un Breton et dira que je chante obscurément. »
Les allusions aux lais* bretons ne sont pas non plus très nombreuses. Elles le sont cependant plus que les allusions à la langue. En voici une de Folquet de Marseille (fin du xt, début du xin° 5.) :
Cella:m platz mais que chansos Volta ni /uis de Bretanha.
(Raynouard, Lex. Rom., IV, 12, 1).
Le Roman de Jaufre nous parle du Lai des deux amants.
Fasia a un joglar Lo lais de dos amans cantar.
(Raynouard, Lex. Rom., IV, 12, 1).
Il est question, d’une manière plus générale, des Jais d'amour dans le passage suivant de Guilhem de Berguedan: :
Al temps d’amor, quan s’alegron l’auzel E d’alegrar canton dolz lais d'amor..
(Mahn, Ged., 595).
1. Le mot n'est pas d’origine bretonne, mais anglo-saxonne. Les exemples de l’ancien provençal sont réunis dans : Bartsch, Zeits. f. rom. Phil., I, 59; Raynouard, Lex. Kom., IV, 11-12; E. Levy, S. W.,IV, 307-308. :