Publiés par Bartsch, Z. R. Phil., I, p. 58 et sq
2. À supposer que cet instrument soit spécifiquement breton, ce qui n'est pas sûr.
3. Pas d’autres exemples dans le Prov. Suppl. W. de Levy ; mais on sait que pour les premières lettres les dépouillements sont moins complets que pour les dernières. M. W. Keller, éditeur du poème de Guiraut de Calanson, renvoie à Flamenca, 603, et à Daurel et Beton, 84, 1208, 1414, 1419. Dans le même poème il y a quatre allusions à des. lais : v. 1180, 1208, 1473, 1932. |
quement bretonne.) L'un des exemples est tiré d’une traduction des psaumes, l’autre de Flamenca, l’autre du poème d'Alexandre, et le quatrième de Bernart de Durfort. La giga est citée deux fois par Raynouard :
Sapchas arpar
E ben temprar La guiga els sons esclarzir.
(G. de Calanson, Fadet Joglar).
« Sache jouer de la harpe et bien modérer la gigue et éclaircir les sons. »
L'autre exemple est de Daude de Pradas (S3 per amar) :
En plor a tornada ma gigua.
« En pleur a tourné ma gigue. »
Pas d’autre exemple dans Levy; mais on trouve encore giga et rauta accouplés dans Flamenca, 605, Levy, S. W., S. V. raulda.
Un autre mot rare, qui paraît d’origine bretonne, se trouve dans le passage suivant de Girart de Roussillon :
Anglezeis et Breton, une genz male, Vant robant e cridant, cornant lor gale.
(Appel, Prov. Chr., 5e éd., I, 112-113).
L'emploi de cornant indique qu’il s’agit ici d’un instrument à vent. |
Il est fait allusion à la musique bretonne dans le passage suivant de l’Ensenhamen des jongleurs de Guiraut de Cabrera (Cabra JE le poète reproche à son jongleur
ses maladresses :
Non sabs finir Al meu albir À lempradura de Breton.
(Milà, Trov.en España, p. 269).
« Tu ne sais pas finir, à mon avis, selon la modulation d’un Breton. »
On sait que le bâton a été toujours une arme redoutable entre lesmains des Bretons (et des Basques). :
Marcabrun, qui écrivait vers 1150, et qui, ne l’ oublions
pas, paraît avoir séjourné en Angleterre, parle de lestonc
breto :
D'estonc brelo Ni de basto No sab hom plus, ni d’escrimir.
: (Éd. Dejeanne, XVI, 31-33)
« On ne connaît plus ni estoc breton, ni bâton, ni escrime. »
La forme en -onc est assurée par un autre passage du troubadour Raimon de Miraval, où le mot se trouve à la rime. | | Venjansa de colps ni d’estoncs No-m part d’amor. | | (Mahn, Ged., no 49, str. 6).
« Vengeance de coups ni d’estos ne m'éloignent de
l'amour. »
Ce sont là les deux seuls exemples que l’on trouve de ce mot chez les troubadours :.
Dans une chanson attribuée à Guilhem de Cabestanh il est fait allusion à un faucon trlandaïs :
Qu’ieu cug Malleon domesgar Plus leu d’un falcon yrlandes.
(G. de Cabestanh, éd. Langfors, IX, 58-59).
« Je compte apprivoiser Mauléon plus facilement qu’un faucon irlandais. » | |
Un manuscrit assez bon (a) a bien pour ce passage la leçon yslandes, et M. A. Kolsen, qui a édité lui aussi cette pièce, croit? que le pays des faucons de chasse est plutôt
1. Je n’ai trouvé aucun mot de ce genre dans l’Altkeltischer Sprachje
. En renvoyant à Brehms, Tierleben, ed. min. (2e) II, 601 et suiv.
l'Islande que l'Irlande (Zeits. f. rom. Phil., XXXII (1908), p. 704). Cependant la leçon de six manuscrits est irlandes et c’est celle que M. Langfors admet dans son texte à la place de yslandes.
Dans la nouvelle de Peire Guilhem, troubadour toulousain, il est fait allusion à un palefroi de Bretagne, qui était magnifique : a |
E’1 palafre fon de Bretanha ; Et es plus vertz qu’erba de prat E fo vermelha la mitat
"E la cri e la coa saissa.
(Mahn, Werke, I, 243).
« Le palefroi était de Bretagne; il est plus vert que l’herbe de pré ; la moitié était vermeille, le poil et la queue étaient blonds. »
C’est.sans doute en souvenir de la verte Erin que le poète toulousain a donné à ce beau cheval une couleur que les maquignons ne connaissent guère.
Dans un sirventés du roi Pierre III d'Aragon se trouvent les vers suivants :
Qu’ieu ja nulh temps per bocel de Breto
No laissarai lo senhal del basto. :
(Parn. Occit., p. 290).
« Car jamais pour (ou par ?)...... de Breton je ne laisserai le signal du bâton. »
Le mot bocel est assez énigmatique : Raynouard traduit par « mesure », boisseau ; dans Levy (Suppl. W.), où le mot est écrit d'ailleurs bossel, comme dans Raynouard, il est traduit par : baril, bidon. Serait-ce une allusion au baril ou bidon que les chanteurs errants bretons pouvaient porter en bandoulière, comme les romieus portaient une calebasse ou gourde pèlerine ?
On sait le rôle joué dans la poésie celtique par les « enchanteurs », dont le prototype est Merlin. Est-ce par
hasard que Bernart de Ventadour en parle dans une de ses plus célèbres chansons ?
S’eu saubes la gent enchantar, Mei enemic foran efan,
Que ja us no saubra triar
Ni dir re que’ns tornes a dan.
(Éd. Appel, XXXIX, 33).
«. Si je savais « enchanter » les gens, mes ennemis seraient des enfants ; aucun d’eux ne saurait plus imaginer ou dire quoi que ce fût qui nous causât du dommage. »
Les allusions aux « enchanteurs » sont très rares dans la littérature méridionale et celle-ci est la plus ancienne :.
Les allusions aux « Bretons » en général sont beaucoup plus nombreuses. Elles ne sont pas toutes caractéristiques et plusieurs sont employées, d’une façon très banale, soit à la rime, soit dans des énumérations. On trouvera les principales dans le chapitre suivant consacré aux allusions historiques. Nous citons ici, après les villes bretonnes, les allusions aux Gallois et aux Irlandais, amenées ordinairement, du moins en ce qui concerne ces derniers, par la rime, ou par d’autres raisons que des raisons historiques :.
Les noms propres de villes bretonnes sont assez rares. Cardoil ou Cardueilh n'apparaît qu’une fois dans l’œuvre lyrique des troubadours : cette forme se trouve dans Giraut de Cabrera (Cabra Joglar ; poème composé vers 1170) 3.
1. Un exemple à peu près semblable à celui de B. de Ventadour se trouve dans Guilhem de Sant Gregori (Raynouard, Lex. Rom., II, 315b). Un ou deux exemples, pas très caractéristiques, sont aussi donnés par Levy. La plupart des allusions aux enchanteurs et aux enchantements — et elles ne sont pas nombreuses — se trouvent dans la littérature religieuse et narrative. oo |
2. J'en ai relevé vingt-six dans mon Onomastique des Troubadours, Montpellier, 1916.
3. J'ai donné, par erreur, une autre allusion à Cardueil (Onomastique des Troubadours, s. v.)' elle se trouverait dans « B. de Born, À to!z
Ni sabs chantier (— chantar)...
Ni de Cardueill Ni de Marcueill.
(Milà, Trovadores en España, p. 275).
« Tu ne sais chanter. ni de Cardueil ni de Marcueil. » Une autre allusion se trouve dans le roman de Jaufre (Appel, Prov. Chr., I, 309).
© Cornoalha n'apparaît pas chez les troubadours ; j'ai retrouvé le mot dans un texte où on ne l’attendait pas : c’est le texte des coutumes d’Auvillar (Lot-et-Garonne), où il est question du gal de Cornoalha (gué ou canal ? de Cornouaille). Le nom se trouve à côté d’autres noms désignant des lieux-dits. Mais est-ce bien le nom propre correspondant à Cornouailles et apporté là par des soldats anglais ou gallois ?
En dehors du passage de Peire Cardenal cité plus haut, je ne trouve les Gallois cités qu’une fois, chez un troubadour de la décadence, Peire de Vilar (époque de Saint Louis). Si le roi d'Angleterre veut recouvrer ses possessions, dit le poète, il peut « faire passer [sur le continent] Écossais et Anglais, Norrois, Irlandais et Gallois : ».
Passar pot Escots ct Engles Noroecx et Jrlans e Gales.
(Parnasse Occitanien, p. 377).
Ainsi, ajoute-t-il, il ressemblerait au cher lignage « d’où furent les frères valeureux, Henri, Richard et Joffre, et il recouvrera Guyenne et Normandie. »
Semblara del linhatge car Don foro'ls fraires valoros N’Anrics, En Rüichartz, En Joffres.
dic »; mais aucune pièce de B. de Born — ni même aucune pièce lyrique de troubadour — ne commence ainsi ; je ne sais d’où provient l’erreur. Eu?
1. Écriten 1241; cf. A. Jeanroy, Le soulèvement de 1243, Annales du Midi, 1904.
Une série d’allusions aux Irlandais et à l'Irlande ne sont pas très caractéristiques. B. de Born cite l’Irlande avec le Cumberland (une fois) et une autre fois les Irlandais (Irlan), dans une énumération (Breto et Irlan). Dans le sirventés où se trouve l’allusion à l’Irlande, Bertran de Born reproche au roi jeune, Henri, sa mollesse. « Ce n’est pas
en dormant que le roi anglais conquerra le Cumberland et l'Irlande. »
Ja per dormir non aura Coberlanda Reis dels Engles ni conquerra Zrlanda.
(Éd. Thomas, Pol., IV, 17).
Daude de Pradas emploie le mot Jrlanda à la rime, sans allusion historique ou autre, pour désigner l’éloignement :
E s’era neus en Y7landa :
De lai venra sai chausir Cella… | (Mahn, Ged., 85 B).
« Si j'étais même en. Irlande, je viendrais de là-bas choisir celle... »
Guilhem Huc d’Albi fait allusion lui aussi (à la rime) à l'Irlande pour indiquer une grande distance « des Pyrénées en Irlande. »
Dels Portz entro en Yrlanda.
(Appel, Prov. Ined., p. 156).
Arnaut de Mareuil (Aissi com cel) faisant allusion à Jules César dit qu'il était loin d’être d'aussi noble origine que le « seigneur d’Irlande ou le comte d'Anjou ».
Bartolomeo Zorzi, troubadour de Venise (fin du xurre siècle), fait lui aussi allusion à l'Irlande, mais à
1. L’orthographe avec YŸ domine dans les manuscrits. La forme - ordinäire pour désigner les Irlandais est Jrlan.
propos de l'aventure de Tristan et Iseut, et on retrouvera ailleurs la citation. Enfin P. Cardenal déclare (et ce pour la rime) qu'il ne désire pas être « roi d'Irlande. » (P. Cardenal, Tot farai una demanda). C’est tout ce que l’on trouve, chez les troubadours, sur l’Irlande.