‹ Les Troubles Circulatoires: Dans le Typhus ExanthématiqueChapitre 4 sur 15 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique

Jusque vers 1850 le typhus exanthématique est assez mal distingué des autres maladies infectieuses que les armées en campagne traînaient avec elles et

‘qui -s’appelaient : maladie des camps, fièvre des

camps, fièvre militaire, peste de guerre, etc. C'est à

la campagne de Crimée et surloul au siège de Sébas-

topol en 1854 que l’on doit le début des études qui permirent de le $éparer nettement des autres entités morbideset particulièrement de la fièvretyphoïde avec laquelle la distinction fut longue à faire. Tandis que

Forget donnait dans la Gazette médicale de Paris « les preuves cliniques de la non identité du typhus

exanthématique et de la fièvre typhoïde, Gauthier de

Glaubry, dans un mémoire à l’Académie de méde- cine, soutenait cette identité. Puis, l'individualité du typhus étant bien établie, lorsque, en 1892-1893- 1894. un ‘certain nombre de cas furent observés à la’ fois à Lille, Amiens, Reims et Paris, les auteurs se

préoccupèrent avant tout de l’étielogie. Les professeurs Thoinot, Chantemesse et Netter firent sur cette question des études importantes. Maïs c'est au docteur Ch. Nicolle, de l’Institut Pasteur de Tunis, que revient le mérite d’avoir montré, par une suite d'inoculations à une espèce particulière de singes dits « Bonnets chinois » que la maladie est due à l'invasion du sang par un protozoaire présentant un stade d'évolution dans le pou de corps (pediculus vestimenti), agent propagateur de l'épidémie. Cette étio- . logie est admise à l'heure actuelle comme à peu près indiscutable et le parasite a pu être retrouvé facilement dans les épidémies qui ont éclaté au cours de la dernière guerre.

Des descriptions assez nombreuses ont fixé l'aspect clinique de la maladie. La courbe thermique et les phénomènes nerveux qui attirent ‘immédiatement l'attention ont été longuement décrits. Puis les troubles vasculaires, cause de l’éruption caractéristique de ce typhus et la défaillance constante du: cœur, complète ou partielle, se trouvent signalés dans tous les travaux parus récemment. Mais ces troubles sont considérés, malgré leur fréquence, ou plutôt leur constance, qui a frappé les auteurs, comme des lésions banales, communes à toutes les fièvres éruptives. Nous nous sommes proposé de montrer que, dans le typhus exanthématique, la précocité et la gravité de l’intoxication du cœur et des artères donne lieu à un certain nombre de symptômes particuliers; que l'anatomie pathologique

montre des lésions un peu différentes de celles que l’on a coutume de rencontrer dans le cas des fièvres éruptives de nos régions. Enfin de tirer quelques conclusions relatives au pronostic et à la thérapeutique de cette maladie,

CHAPITRE Il . Observations générales sur l'épidémie de typhus exanthématique du camp de prisonniers de guerre de Gardelegen

A tous les points de vue, cette épidémie mérite d’être cataloguée dans les cas de moyenne intensité. . Si l’on établit des courbes rapportant, en suivant les dates, soit le nombre de cas, soit la mortalité, on constate que ces courbes s'élèvent d’abord assez rapi-= dement et sont parallèles. Elles présentent leur maximum en même temps fin mars et commencement avril 1915 et elles décroïissent ensuite lentement jusqu’en juin de la même année. Les cas atypiques et bénins ou ambulatoires furent surtout extrêmement nombreux en fin d’épidémie. Mais au début ils élaient en proportion notable ce qui rendit, à cette époque, difficile le diagnostic avec Îles autres mala-. dies régnantes. Sur environ 4.000 prisonniers français, plus de 2.000 furent atteints et passèrent dans les baraques d'isolement. Mais il est absolument certain qu’il y eut en plus, vers la fin de l'épidémie, de nombreux cas ambulatoires, On compta à la fois jusqu'à 1.000 malades et la mortalité due au typhus

et à ses complications immédiates atteignit r5 0/0. - Contagion. — Le rôle contagieux des poux de torps (pediculus vestimenti) est apparu tout à fait manifeste : le parasite était en tellement grande abondance qu'il fut toujourstrès facile de le découvrir sur les malades. Certains de ces derniers étaient couverts de piqûres à tel point qu’il était difficile de déterminer le début de l’exanthème. On ne put trouver un seul cas avec absence certaine de piqûres. Une autre remarque fut faite : il y eut incontestablement des cas graves et même mortels avec péu de piqûres, mais tousles malades présentant un grand nombre de parasites, soit par malpropreté, soit par suite d’un contact permanent avec les infectés, firent les formes les plus graves. Notamment les infirmiers qui étaient au service des baraques d'isolement payèrent un lourd tribut : tous furent sérieusement atteints et la mortalité pour eux atteignit 50 0/0. L’éruption, qu'il y eût piqûre unique ou multiple, se fit cependant en une seule fois et jamais par poussées successives.

Incubation. — Déterminer la durée d’incubation du typhus exanthématique est très difficile dans tous les cas, car on ne peut connaître la plupart du temps la piqûre infectante. Quand les parasites sont très nombreux, à plus forte raison, cette détermination précise est impossible. L'interrogatoire des malades nous montra que Lon peut admettre la moyenne de dix jours, mais avec des écarts considérables et non

exceptionnels.

Invasion. — Cette nn d’une durée de trois. ou quatre jours fut toujours marquée : 1° par une céphalée intense, avec une douleur presque caractéristique des globes oculaires, douleur pete par la... pression ; de

2° Par une An marquée, symptôme e les malades se plaignaient le plus, ne pouvant irouver aucune position supportable ; <

3° Par une élévation progressive de la température avec des rémissions plus marquées que dans la fièvre typhoïde ;

& Par des troubles cireulatoires qui. seront étudiés spécialement pour chaque période de la mala-

die au chapitre suivant.

Eruption. — Vers le quatrième j jour de Ja maladie l'exanthème apparaissait, semblable à celui de la rougeole d’abord, mais respectant la face. Son apparition coïncidaït souvent avec des phénomènes nerveux accentués (typhus). Vers le sixième ou septième jour cette éruption devenait pétéchiale el le malade présentait alors l’aspect <AFRASRSOERe de la période d'état.

Période d'état. — Ayant perdu toute relation avec. le monde extérieur, le typhique était plongé dans un délire systématisé, remarquable par la fixité des idées et des phrases prononcées, délire actif poussant le malade à se lever et à causer, malgré la difficulté d’articuler les mots. |

Température en plateau à 4o degrés parfois plus élevée encore. Eruption de macules couleur lie de

vin, d’un diamètre atteignant au maximum celui

d’une piqûre de puce, râles fins Capiants aux bases. pulmonaires,

Cet état persistait environ sepi jours qui constituaient la période critique de la maladie. Aucun décès ne fut observé avant le septième jour, comme dans d’autres épidémies où l’on rapporta des cas de typhus siderans mortels en quarante-huil heures ou

. même moins. De même les décès observés après le

quinzième jour étaient dus à des infections secondaires.

Défervèscence, — La défervescence débutant du douzième au quinzième jour était généralement assez: rapide (environ 48 heures) et marquée par les phénomènes suivants : hypothermie de près de + degré persistant pendant une semaine et plus ; desquamation furfuracée et persistance de l’éruption, qui avait bruni; asthénie très marquée, allant jusqu’à la syncope quandle malade veut faire des efforts physiques; enfin fréquemment des troubles mentaux complètement différents du délire du début : ils consistaient en affaiblissement des facultés intellectuelles, perte. de la mémoire, confusion des événements, impossibilité de fixer l'attention.

On n'observa pas de façon certaine de récidives

ou de rechutes et les malades guéris, après un lemps

de repos convenable, pouvaient être sans danger employés au traitement de leurs camarades.

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