CHAPITRE III
Troubles circulatoires à chaque période de la maladie
L’accélération et la dépressibilité du pouls au cours du typhus exanthématique sont signalés dans toutes les descriptions d’épidémies. Le médecin russe Vere-Koundov dans une épidémie survenue à Kiev en 1911 n’a pas observé cependant de concordanceentre le pouls et la température, mais il signale du dicrotisme, surtout au moment de la guérison. Aux différentes périodes de la maladie nous avons noté : | :
Pendant l'invasion : la concordance du pouls avec la température étail assez rare. À peu près en proportion égale le pouls était trop rapide ou très ralenti. Dans le premier cas, il battait jusqu’à 130 pulsations pour une température de 38 degrés ; dans le second cas il était à 70 ou au-dessous pour la même température : dans une des baraques d'isolement un brancardier avait 36 pulsations pour une température de 39 degrés. L’auscultation du cœur ne montrait pas d’intermittences, mais un simple ralentissement. Après guérison complète, ce brancardier
mn EE : È
avait un pouls à 74 pulsations. Des ralentissements à 50 ou 60 pulsations ne sont du reste pas très rares dans certains cas de méningites au début : il s’agissait sans doute d’un phénomène analogue.
A cette période le pouls accéléré ou-ralenti était bien frappé et non dicrote. Le défaut d’un oscillomètre n’a pas permis de noter la valeur de la pression artérielle en centimètres de mercure, mais jusqu’au moment de l’éruption, on ne constatait pas d’exagération de la dépressibilité.
À l’auscultation du cœur, les bruits étaient normaux et parfaitement entendus.
A la période d’éruption : le rythme du pouls se modifiait sensiblement pour se rapprocher de 100- 110 pulsations, avec une température de 40 degrés : dissociation un peu moindre peut-être que dars la fièvre typhoïde. Mais le fait caractéristique était la chute progressive et rapide de la pression artérielle. : Du quatrième au septième jour, soit pendant toute la - durée de l’éruption, le pouls devenait de plus en plus dépressible, de moins en moins bien frappé et parfois dicrote. ;
A l’auscultation du cœur, on constatait en même temps que les bruits devenaient faibles et éloignés, la diminution de puissance portant surtout sur le °. premier bruit.
AI période d'état, dès le septième jour apparaissaient d’autres signes de l'insuffisance cardiaque :
1° Le plus précoce et le plus constant était la congestion hypostatique des bases pulmonaires : râles
Se a
muqueux et râles fins sous-crépitants, submatité, augmentation des vibrations vocales avec peu ou pas d’expectoration ; |
20 De la cyanose des lèvres; ‘|
3° Une augmentation de volume du foie, sujette à variabilités ; la matité hépatique dépassait les fausses côtes de plus de deux travers de doigt, il y avait - parfois de l’ictère. La percussion était généralement douloureuse et les malades, même dans le coma, esquissaient un geste pour éloigner les mains du médecin ;
4° D'adcnonouion de volume de la rate était moins constante ; |
5° Les urines rares, Fe albumineuses.
En résumé : une stase plus ou moins marquée dans tous EE organes semblait être révélée port ces symptômes.
Du septième au dixième jour ces troubles présentaient un intérêt capital au point de vue du pronostic : si à ce moment le pouls devenait encore plus dépressible et les bruits du cœur s’assourdissaient, on pou-
vait être à peu près certain d’une issue fatale très
rapide. Au contraire l’état statioïnaire des symp-
tômes pendant ces trois jours faisait espérer la gué-
rison.
À la période de la défervescence, en méme temps que de l hypothermie, on observait de la bradycardie avec dicrotisme du pouls. Ces deux phénomènes ont été remarqués au cours de toutes les épidémies. Le rythme restait pendant une semaine et plus entre
5o pulsations et la normale. Si cependant le malade
tentait de se lever ou de faire quelqu’autre effort, on
voyaii encore une semaine après la chute de la tempéralture, réapparaîtré de la tachycardie avec faiblesse du pouls. Il y eut plusieurs fois des syncopes.
L’auscultation du cœur révèle la lenteur de la réparation des lésions par l’assourdissement persistant des bruits et particulièrement du premier et par des troubles du rythme avec de fausses intermittences ou ES non perçues à la radiale.
- Les lésions des artères sont démontrées clinique-
ment à cette période par l'apparition de la gangrène
qui fut beaucoup plus fréquente que dans les maladies infectieuses de n6s régions. Elle porte de préférence sur le cinquième orteil et atteint parfois les
‘autres orteils sans aucune nee Elle fut de beau-
coup la, complication le plus souvent observée : 21 Cas; les parotidites n’en fournirent que 6,
CITAPITRE IV
Anatomie pathologique
A l’autopsie, les lésions du typhique paraissent tout d’abord banales et cependant on peut constater facilement que très précocement le cœur a été insuffisant à remplir sa tâche et les lésions de l'organe lui-même rappeilent celles que l’on trouve dans certains cas de diphtérie compliquée d’accidents cardiaques. Her |
Le cœur est extraordinairement flasque, aminci, dilaté, de couleur feuille morte, criblé de nombreuses stries et taches violacées ecchymotiques ; une véritable dégénérescence graisseuse des fibres donne à l'organe une friabilité telle qu'il se déchire avec une extrême facilité. +
Poumons. — En dehors des lésions que l’on trouve à presque toutes les autopsies, adhérences, konio- | ses, etc., la congestion hypostatique des deux bases est un fait absolument constant: si constant que Dubief et Brühl l'ont considérée comme caractéristique et servant de point de départ à l'infection générale.
Foie. — Globuleux, augmenté de volume et de
poids jusqu'à dépasser 2.000 grammes. La capsule est tendue, la coloration violacée. À la coupe on se trouve en présence d’un foie muscade avec de petits foyers hémorragiques et non d’un foie mou, pâle et graisseux comme c'est la règle dans les maladies infectieuses communes.
Rate. — La congestion et l'augmentation de volume sont moins marquées que dans le foie.
Reins.— On remarqueune augmentation de volume modérée ; leur coloration est lie de vin : les étoiles de Verrhyen sont bien apparentes à la coupe et les pyramides sont'violacées.
Intestin. — Congestion surtout marquée sur l'intestin grêle.
Méninges. — La congestion des vaisseaux des méninges est très apparente et l’on trouve fréquemment de petites hémorragies, surtout au niveau du lobe postérieur du cerveau. ; Artères. — Les artères de gros et de moyen calibre sont devenues friables-et leurs tuniques ont perdu une partie de leur élasticité : posées sur une table elles s’affaissent presque comme des veines, Au piveau des pétéchies, d’après Fraenkel, on observe une nécrose partielle des tuniques des capillaires et des petits vaisseaux de la tache avec chute de l’endothélium à l’intérieur et accumulation de cellules autour des vaisseaux malades, le plus souvent des artères.
R. Bernard 2