Legrand du Saulle, Les Amnésies. (Gaz. des hop
DE I..V MÉMOIRE ,s>7
Accoler les amnésies temporaires aux amnésies progressives, c'est examiner côte à côte des phénomènes psychiques et des phénomènes organiques. L'amnésie temporaire est toujours un phénomène fonctionnel : c'est une amnésie apparente. L'amnésie progressive est un phénomène organique : c'est une amnésie vraie; mais, grâce à son mode d'évolution, elle constitue une dysmnésie au début avant de devenir une amnésie vraie.
En outre, cette opposition de temporaire à progressive donne une fausse conception de l'amnésie temporaire. Quand on dit amnésie temporaire, on croit avoir affaire à une amnésie qui ne dure qu'un certain temps, tandis que l'amnésie progressive persiste et augmente toujours. Or, dans la nomenclature en question, l'épithète de temporaire ne s'applique pas à la durée du trouble de la mémoire, mais à l'étendue de temps sur laquelle il porte. C'est donc un mauvais terme, car les amnésies temporaires peuvent être permanentes. Si l'on veut conserver cette appellation, il faut la faire suivre d'une seconde épithète : permanente ou passagère.
Les amnésies périodiques ont également pour base la notion de temps, non plus au point de vue de l'étendue de la perte des souvenirs, mais au point de vue de la situation des périodes d'amnésie dans le temps. Elles ne diffèrent pas en réalité des amnésies temporaires et ne s'en distinguent que par leur répétition et leur alternance.
De sorte que, l'amnésie congénitale étant éliminée et pour cause, nous nous trouvons en présence d'une classification qui prend successivement pour base : 1° l'étendue du phénomène observé ; 2° son évolution; et 3° sa situation dans le temps.
Au point de vue clinique, cette classification conduit
TROUBLKS
à' accoler ensemble des affections absolument disparates, Aussi croyons-nous devoir la rejeter et nous borner à adopter d'abord, avec noire maître, M. Falret, la division naturelle des amnésies générales et partielles. Nous avons cherché à montrer, en outre, qu'il fallait tenir compte de la systématisation des souvenirs perdus, et nous avons aussi été conduit à proposer de distinguer les deux variétés d'amnésies systématisées et d'amnésies non systématisées, au point de vue psychologique pur.
En se plaçant au point de vue clinique, on se trouve en présence de deux sortes de classifications : l'une repose sur la physiologie pathologique, l'autre sur
'éliologie.
Les premières ont pour point de départ les conditions physiques et physiologiques de la mémoire. Telle est celle de Legrand du Saulle1. L'exercice de la mémoire comporte d'après lui quatre conditions : 1° l'intégrité de structure des cellules nerveuses qui sont dans le cerveau préposées aux souvenirs; 2° le fonctionnement normal de ces éléments anatomiques: 3° une irrigation suffisante ; 4° l'intégrité de la constitution chimique du sang. — Suivant que l'une ou l'autre de ces conditions manquera, on aura les quatre groupes suivants d'amnésies : 1° par lésion de la substance cérébrale; 2° par trouble fonctionnel des cellules; 3° par congestion ou anémie cérébrale; 4° par intoxication, infection ou toxémie. Cette classification serait excellente si on pouvait être certain des conditions qui en forment la base. Or celles-ci sont forcément hypothétiques, et ce qui le prouve, c'est que tous les auteurs ne s'accordent
i. Op. cil.
pas sur ce point. Kussmaùl1, par exemple, indique que les conditions générales et vitales de la mémoire sont les suivantes : 1° les nerfs doivent être pourvus d'une alimentation suffisante; 2° une bonne distribution sanguine, dépendant de la structure et de l'innervation des vaisseaux sanguins; 3° une bonne structure du sol organique qui retire du sang la matière nutritive : 4° l'accumulation d'aliments assimilés, ce à quoi sert surtout le sommeil.
Pour d'autres, la mémoire dépend d'une manière générale de la nutrition, laquelle est elle-même sous la dépendance de la circulation générale ou locale du cerveau (Ri bot).
Les conditions organiques de la mémoire n'étant, en somme, que des hypothèses plus ou moins générales, on ne saurait en faire le point de départ d'une classification clinique et encore moins scientifique. C'est, au contraire, par l'étude soignée des amnésies et des conditions dans lesquelles elles se sont produites qu'on pourra arriver à déterminer ces conditions. Loin d'être un point de départ, elles sont le but qu'on doit se proposer. Tout ce qu'on sait, c'est que tantôt l'amnésie est due à une lésion destructive du cerveau, tantôt à une lésion dynamique, fonctionnelle seulement. D'où, au point de vue pathogénique, la division naturelle de l'amnésie en organiguee\ fonctionnelle : la première étant une amnésie vraie; la seconde, une amnésie appareille.
C'est, pour éviter des reproches de ce genre que d'autres auteurs ont établi la classification d'après l'étiologie des amnésies. Il est certain que la notion de cause est d'une grande importance en clinique au point
l. lu ssMAUL, Les Troubles de la parole.
T noUBLIÎS
de vue du diagnostic. Mais, si ce mode de classification esl commode pour l'étude, il n'est pas véritablement clinique, puisque, dans un certain nombre de cas, ce qu'il s'agit surtout de déterminer, c'est précisément la cause de l'amnésie d'après ses caractères et les signes dont elle s'accompagne.
Voici, du reste, deux exemples de ces classifications : celle de M. A. Voisin1 et celle de M. Rouillard2.
M. A. Voisin laisse comme nous de côté l'amnésie des idiots (amnésie congénitale) à laquelle il joint l'amnésie consécutive à la fièvre typhoïde, à la méningite, aux convulsions, et divise en six catégories les causes des amnésies : 1° amnésie traumatique ; 2<> amnésie des affections organiques du cerveau et de ses enveloppes; 3° amnésie des cachexies et des intoxications chroniques; 4° amnésie des névroses et des troubles nerveux insolites; 5° amnésie de l'opium, de la belladone, du haschich, de l'alcool, etc. ; 6° amnésie des vieillards.
M. Rouillard range les amnésies en sept groupes : 1° amnésie congénitale ; 2° amnésie par traumatisme; 3° amnésie liée à des maladies de l'encéphale ; 4° amnésie par anémie cérébrale; 5° amnésie liée aux grandes névroses; 6° amnésie liée à des maladies aiguës; 7° amnésie liée à une intoxication.
Plus tard il a réduit à six ces catégories, en confondant en une seule la quatrième et la sixième.
Nous nous garderons bien de proposer une nouvelle classification clinique. Au point de vue psychologique, nous avons montré que les seules amnésies vraies étaient