‹ Les troubles de la mémoireChapitre 44 sur 58 · Bidon, Revue de médecine, 4891, p · texte numérisé non relu

Bidon, Revue de médecine, 4891, p

l'accouchement, car, dans toutes les observations, c'esl toujours après l'accouchement que se produit L'amnésie. N'aurait-elle pas existé sans éclampsie, et l'éclampsie n'a-t-elle été qu'une cause adjuvante ou déterminante de plus? C'est ce que je serais tenté de croire.

Dans le & groupe, M. Bidon range précisément un cas per sonnel où il s'agit de la fille d'une hystérique qui fut prise, après un accouchement accompagné de nombreuses attaques éclamptiques, d'amnésie rétrograde, portant sur toute l'année avant son accouchement jusqu'au surlendemain de cet accouchement. Il y a cependant ce fait intéressant que cette amnésie a été consécutive à l'éclampsie, laquelle n'a commencé à se manifester qu'avec les premières douleurs et a cessé deux jours après. De plus, l'amnésie était systématisée à tout ce qui avait trait à son amour pour son mari, qu'elle ne regardait plus que comme son fiancé.

M. Bidon n'a pas constaté de signes d'hystérie ni d'épilepsie; mais de ce qu'on n'a pas de stigmates, il n'en résulte pas qu'on ne soit pas hystérique, et sa malade, fille d'hystérique, semble, en tous cas, singulièrement prédisposée, en dehors même de l'éclampsie, à faire de l'amnésie d'origine puerpérale ou de toute autre cause à l'occasion. Il est regrettable aussi que l'auteur ne nous dise pas si la malade présentait de l'amnésie de conservation' dans les trois jours qui suivirent l'accouchement et dont elle perdit le souvenir une fois revenue à elle en outre de l'amnésie rétrograde qu'elle présenta dès après l'accouchement. Si on rapproche ce fait de ce qui se passe dans certains cas que nous avons signalés d'amnésie traumalique, il est vraisemblable de penser qu'elle agissait, elle aussi, automa-

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tiquement et ne conservait guère d'un moment à l'autre

les images de ses actes.

(le sérail l'aire des répétitions tout à fait inutiles que de revenir encore ici sur le mécanisme de cette amnésie dans ses différentes formes, ("est toujours la désagrégation plus ou moins limitée et systématisée de la personnalité qui se produit, quelle qu'en soit la cause, choc physique ou moral, accompagnée ou non d'un état cérébral ne permettant pas la fixation de nouvelles images. C'est toujours une amnésie fonctionnelle, c'est-à-dire curable, au moins pour la période rétrograde. L'amnésie puerpérale peut être intéressante à connaître au point de vue médico-légal, dans des cas de substitution, d'enlèvement ou de reconnaissance d'enfant, d'avortement. Il nous suffit de signaler ces différents points de vue, car je ne crois pas que jamais des faits semblables se soient encore présentés devant les tribunaux.

Le traitement de l'amnésie puerpérale, avec ou sans éclampsie, est le même que celui de l'amnésie hystérique eteomporte le même aléa. Il semble toutefois, d'aprèsles rares observations complètes qu'on possède, que par la suite la mémoire disparue revienne moins bien. Il paraît en être de même que pour l'amnésie traumatique, où il est rare que l'amnésie rétrograde ne soit pas permanente. On y observe du reste rarement l'amnésie antérograde de conservation, qui reste ainsi de plus en plus caractéristique de l'hystérie.

Je finirai par deux autres formes d'amnésie aussi fréquentes que l'amnésie puerpérale : celle consécutive h Y intoxication par l'oxyde de carbone, et celle consécutive à la fièvre typhoïde.

Si nous en parlons ici, au lieu de l'avoir fait à propos des intoxications aiguës, c'est que leurs caractères psychologiques les rapprochent de l'amnésie hystérique, car elles présentent comme elle de l'amnésie antérograde de conservation. Aussi ferai-je" les mêmes réserves que pour l'amnésie puerpérale et me demanderai-je s'il n'y a pas là une part à faire à la prédisposition nerveuse beaucoup plus qu'à l'intoxication ou à l'infection, qui ne sont peut-être que des agents provocateurs.

L'intoxication par l'oxyde de carbone est ordinairement produite volontairement avec l'intention de se donner la mort. Or, le suicide étant souvent lié à un état mental pathologique, comme dans l'alcoolisme, la mélancolie, l'hystérie, etc., il est difficile de trouver des cas très nets d'amnésie due uniquement à l'intoxication oxycarbonée sans complication d'autre cause.

Il y a deux sortes d'amnésies à examiner : celle qui accompagne toute ivresse (car les phénomènes de l'intoxication oxycarbonée sont ceux de l'ivresse), et celle qui porte, non seulement sur la période de l'ivresse, mais encore sur une période antérieure et postérieure.

La première forme nous occupera peu. Elle est comparable de tous points à l'amnésie de l'ivresse alcoolique. Son diagnostic, son pronostic et son traitement n on pas d'intérêt.

Mais au sortir du coma déterminé par une intoxication prolongée, on peut observer un état d'hébétude, de stupeur, d'amnésie qui, au lieu de se dissiper au bout de quelques jours, comme c'est l'ordinaire, sous l'influence du grand air et des inhalations d'oxygène, persiste au contraire.

On n'observe guère l'amnésie rétrograde limitée. C'est une dysmnésie plus ou moins étendue , dans

laquelle les souvenirs sont perclus suivant la loi de régression el une amnésie antérogracle de conservation plus ou moins profonde

J'ai observé, à la Salpètrière, une malade de cette sorte qui, à. la suite d'une tentative de suicide, perdit non seulement la mémoire de presque tous les faits antérieurs de son existence, niais resta dans l'impossibilité de fixer aucun souvenir d'une façon un peu prolongée. Chaque fois qu'elle me voyait, elle croyait que c'était pour la première fois. Quand elle lisait un livre, elle pouvait le relire sans s'apercevoir qu'elle l'avail déjà lu et, arrivée à la fin, elle se demandait de qui et de quoi il s'agissait, ne se rappelant plus le début. Cette perte de mémoire durait depuis plusieurs années, sans aggravation comme sans amélioration.

Le diagnostic de cette amnésie, en dehors de tout renseignement étiologique, est difficile à établir. On peut croire à une dysmnésie simple et la rattacher, par conséquent, à une des causes que nous avons vues plus haut. Mais on ne constatera aucun signe somatique d'alcoolisme, de syphilis, de paralysie générale.

On pourra plutôt confondre l'état amnésique avec de la démence ou de la mélancolie. De fait, il faut bien reconnaître que, dans certains cas, la confusion est assez justifiée. L'amnésie oxycarbonée paraît, en effet, résulter d'un état permanent des cellules cérébrales, puisqu'on la voit souvent ne pas guérir du tout. On ne peut pas dire cependant qu'il y ait une lésion progressive, car, si elle n'a pas tendance à l'amélioration, elle ne semble pas en avoir non plus à l'aggravation. Mais on comprend qu'à la longue, du fait de cette amnésie, il résulte forcément un affaiblissement intellectuel plus ou moins marqué.

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Quant à la mélancolie, l'erreur esl d'autant plus possible que c'est souvent à la suite do chagrins que h' suicide a été tenté. Le malade, déjà préoccupé el se voyant, on outre, dans un état dont il se rend compte et qui le met hors d'état de se livrer à une occupation sérieuse, s'attriste encore davantage: il n'est donc pas surprenant que. d'après son aspect général, son langage, sa lenteur de conception, on puisse songer à un étal de dépression mélancolique, sans délire. Mais la longue durée de cet étal, les circonstances du début, feront faire le diagnostic.

Le pronostic est loin d'être favorable. La plupart des cas qu'on signale avec ou sans complication d'un état mental antérieur ont entraîné un état de débilité intellectuelle qui a empêché les sujets de reprendre leurs occupations ordinaires, et l'amnésie a persisté.

Quant- à la cause intime, elle est assez difficile à préciser. 11 n'y. a pas, en effet, de vrai dédoublement de la personnalité comme dans l'amnésie hystérique ou puerpérale et éclamptique. La lésion, en même temps que fonctionnelle, parait également organique, car les cellules cérébrales ne fonctionnent plus comme par le passé. Dans l'amnésie alcoolique, où la cellule est simplement influencée par le toxique, lorsque celui-ci s'élimine l'amnésie disparaît. Ici le trouble est plus profond puisque, bien que l'amnésie n'augmente pas, elle ne disparait pas non plus. 11 y a donc une lésion permanente, mais sans tendances à la progression ni à Fextension. Quant à dire de quelle nature elle est. nous n'en savons rien.

Le mécanisme psychologique n'offre rien de particulier. Le peu de netteté de l'amnésie, qui tient à la fois de l'amnésie fonctionnelle et de l'amnésie organique

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sans qu'on puisse être fixé, oblige à beaucoup de réserve à cet égard.

Au point de vue médico-légal, il n'y a guère qu'un cas pratiqueà envisager: c'est celui où un individu se trouve asphyxié étant au service d'un tiers. A-t-il droit à une indemnité si, sa santé physique étant rétablie, il présente une amnésie qui le met hors d'état de reprendre du travail ? Je ne crois pas que la question se soit présentée encore sous cet aspect, mais je pense que dans ce cas celle indemnité lui serait due.

Dans la fièvre typhoïde, l'amnésie peut offrir des aspects variés. Le plus souvent, — le fait est bien connu, la mémoire est affaiblie après la fièvre typhoïde, affaiblissement qui n'a rien de caractéristique et qui porte plutôt sur la qualité que sur la quantité des souvenirs. Il arrive que, dans les premiers temps, on observe une véritable amnésie de conservation outre l'amnésie de reproduction des anciens souvenirs. Mais c'est une sorte d'amnésie aiguë qui disparaît vite, et on ne constate plus à la suite que de la difficulté à retenir et à apprendre.

Dans un cas cité, par M. Motet ', l'état intellectuel fut si limité après la fièvre typhoïde, chez une jeune fille de 16 ans, que l'on craignit la démence. Cependant on la rééduqua, et au bout de cinq mois les souvenirs du passé étaient complètement revenus. Mais le souvenir de la période appartenant à sa maladie resta perdu.

Je me rappelle également deux cas chez des femmes, — car il est à remarquer que c'est surtout chez des femmes que l'amnésie s'observe, — qui sont intéressants parce que non seulement la mémoire intellectuelle était atteinte, mais la mémoire organique également.

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