‹ Les Troubles endocriniens dans la Coxa-vara essentielle des adolescentsChapitre 23 sur 39 · DISCUSSION · texte numérisé non relu

DISCUSSION

D'après cette étude il semble que la croissance du cartilage soit sous la dépendance directe d’un équilibre hormonal. L’hormone somatotrope active la prolifération cellulaire et les hormones sexuelles la freinent.

Chez l'enfant normal, jusqu’à la puberté l’hormone somatotrope est pratiquement seule en jeu et la croissance osseuse est à son maximum. A l’époque de la puberté, l’apparition des hormones sexuelles à un taux suffisant, joue le rôle de freinateur hypophysaire, les cartilages deviennent presque quiescents et la croissance se ralentit ou s’arrête.

Il semble même qu’à la période pré-pubertaire il y ait une entrée en jeu de minimes quantités d'hormones génitales. Comme nous l’avons vu, ces doses faibles stimulent la sécrétion d'hormones somatotropes et par suite la croissance. Ceci pourrait expliquer ces poussées de croissance rapides de la période pré-pubertaire qui constituent souvent une flambée de quelques mois, vite stoppée et parfois définitive, le sujet ne grandissant plus par la suite.

Ceci expliquerait les phénomènes pubertaires d’un enfant normal.

Envisageons maintenant le cas de ces grands enfants longilignes qui, à l’âge de 13 ou 14 ans, subissent une augmentation de taille rapide, d’assez longue durée et qui sont sujets, nous l’avons vu, à la coxa vara.

Que se passe-t-il chez eux ? Pourquoi cette croissance importante et qui semble ne jamais devoir finir ?

Il suffirait de supposer que ces enfants ont une période pré-pubertaire très longue. Le taux des hormones sexuelles reste longtemps faible. Ces doses minimes stimulent les cellules éosinophiles de l’hypophyse qui sécrètent plus abondammient l'hormone somatotrope. Le cartilage jugal se

trouve dès lors en pleine activité et l'enfant grandit. Mais le corollaire pathologique se fait souvent ressentir à ce moment : la zone du cartilage hypertrophique, « zone de faiblesse », prend une ampleur anormale. La solidité du carti-

lage en est affectée et on assiste soit à la formation d’une coxa vara, soit à un décollement épiphysaire aigu à l’occasion d’un traumatisme minime. Si cette hypothèse était fondée, il suffirait dès lors d'augmenter le taux des hormones sexuëlles pour freiner la sécrétion hypophysaire, ralentir l’activité du cartilage et augmenter par suite sa solidité. D'après ce qui précède il semble que la folliculine réponde le mieux à ces desiderata.

Comment faire entrer maintenant dans cette hypothèse les cas de coxa vara au cours des syndromes adiposo-génitaux ?

Ces enfants ne sont pas toujours très grands et l’on ne peut plus admettre une sécrétion exagérée d’hormone somatotrope. Mais par contre, les hormones génitales sont longtemps inexistantes. Nous nous trouvons alors en présence d'enfants de 15 ans dont les cartilages sont ceux d’un enfant de 8 à 10 ans, toujours soumis au même contrôle hypophysaire. Mais leur poids est souvent celui d’un adulte, 60 kilos et davantage. C’est ici qu'entre en jeu la théorie de l’incurvation par excès de poids. Ces gros adolescents pèsent énormément sur leurs cartilages trop longtemps épais. La zone de mâturation offre une trop faible résistance et s’affaisse.

11 semble donc qu’il y ait danger de coxa vara chaque fois qu’à l’époque de la puberté il y ait un déséquilibre hormonal entre l’hypophyse et les gonades. Le danger est le même, qu’il s'agisse d’un excès d’hormone somatotrope comme dans le premier cas ou d’une insuffisance génitale comme dans le second. Remarquons d’ailleurs que le premier cas lui aussi rentre dans le cadre des insuffisances génitales plus ou moins bien caractérisées. |

Le traitement semble devoir être le même que précédemment : il faut donner aux hormones sexuelles un taux normal et même supérieur à la normale pour rétablir l'équilibre. L’excès d’hormone somatotrope, l’état hyperactif du cartilage doivent permettre d'employer des doses élevées sans avoir à redouter la soudure épiphysaire précoce. D'ailleurs, nous

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l’avons vu, il serait même dangereux d'utiliser des doses faibles, car ces doses risqueraient de stimuler l’'hypophyse au lieu de la freiner.

Il semble que la folliculine doive convenir davantage que la testostérone pour deux raisons principales :

— d’abord la folliculine a une action directe sur l’ossification de la zone de mâturation;

— et, d’autre part, il n’est nul besoin de recourir à des doses trop élevées. Avec la testostérone, il semble que ces doses soient nettement incompatibles avec la clinique.

Nous signalerons ici l'importance du rôle de la thyroïde et par suite, l'intérêt des extraits thyroïdiens. Chez les adiposo-génitaux en particulier, on connaît l’existence constante d’une insuffisance thyroïdienne. Or, nous avons vu que le cartilage, dans ces conditions, ne peut plus répondre à une excitation, quelle qu’elle soit. Il semble donc qu’il y ait intérêt, avant d'entreprendre le traitement par les hormones génitales, de soumettre ces sujets aux extraits thyroïdiens, afin de rendre au cartilage son potentiel d'activité normale.

Nous avons tenu à vérifier les résultats obtenus expérimentalement par W. R. HARRIS, étant donné qu'ils servent de base à cette théorie sur la pathogénie de la coxa vara.

Notre expérimentation à confirmé ces résultats et nous a permis de faire quelques constatations supplémentaires.

Nous exposerons donc maintenant le compte rendu de cette expérimentation et nous commenterons ensuite les faits nouveaux qu'elle a pu apporter.

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