‹ Les Troubles endocriniens dans la Coxa-vara essentielle des adolescentsChapitre 37 sur 39 · COXA VARA DE L’'ADOLESCENCE ET INSUFFISANCE GLANDULAIRES · texte numérisé non relu

COXA VARA DE L’'ADOLESCENCE ET INSUFFISANCE GLANDULAIRES

Il s’agit de trois sujets, l’un de 14 ans, l’autre de 16 ans, le troisième de 16 ans et demi. Tous les trois sont très notablement plus grands que la taille normale de leur âge. Ils

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présentent même quelques caractères de gigantisme avec une tête petite, des membres inférieurs très longs, des extrémités (mains et pieds) particulièrement grandes. Ils sont tous les trois des obèses ; leur obésité est très accentuée, répandue sur toutes les parties du corps spécialement sur l'abdomen, le thorax et le cou.

Tous les trois sont des infantiles génitaux: bourses très peu développées, absence de poils au niveau du pubis, verge petite infantile, testicules descendus mais de très petit volume. Chez tous les trois on sent le corps thyroïde, mais il paraît moins volumineux qu’à l’état normal.

Ils n’ont du reste aucun signe d’hypothyroïdisme, la peau est lisse et nette, la figure intelligente, l’état psychique normal, l’esprit éveillé, le travail cérébral est celui des adolescents de leur âge.

Ces trois adolescents font remonter les phénomènes douloureux perçus au niveau d’une de leur hanche à un traumatisme. Mais chez tous les trois, le traumatisme a été léger. Ils sont tombés en jouant, disent-ils, sur le côté, et ont souffert pendant une journée ou deux. Ils ont ensuite repris leurs occupations et ce n’est que lentement, progressivement, au kout de plusieurs jours (quatre ou cinq, sept ou huit même) qu'ils ont ressenti de nouveau de la douleur et qu’ils ont commencé à boiter.

Cette douleur et cette claudication se sont accentuées, mais sans les contraindre au repos et ils sont entrés dans mon service d'hôpital, l’un deux mois après le traumatisme incriminé, l’autre trois semaines, le troisième cinq semaines.

Je laisse de côté la question du diagnostic clinique et je me borne à vous montrer les radiographies qui affirment le diagnostic de coxa vara traumatique.

Chez le premier, âgé de 16 ans, on constate un col en coxa vara très net qui porte à son extrémité une tête fémorale décollée, très notablement abaissée, demeurant seulement en continuité avec le col dans sa moitié supérieure. La hanche du côté sain présente seulement un peu de coxa vara et un certain nombre de zones claires au niveau de l'insertion du col sur la tête.

Chez le second, âgé de 16 ans et demi, les lésions sont encore plus accentuées du côté malade, grosse inflexion du

col, tête fortement abaissée. Mais la radiographie montre des lésions de la cotyloïde, bords nettement frangés en haut, cavité très agrandie en bas. La hanche saine est normale.

Chez le troisième, âgé de 14 ans, les lésions sont plus complexes. La première radiographie montre une certaine inflexion du col et la bascule de la tête fémorale dont le contour inférieur dépasse très nettement en bas la ligne inférieure du col. Mais en même temps cette tête semble s'être développée au-dessus du bord supérieur, comme si le col avait pénétré dans la tête et l'avait fait éclater.

Ce n’est qu'une apparence car il n’y à aucun signe de fracture vraie du col, le traumatisme ne remonte qu’à trois semaines, il à été particulièrement léger, et le lendemain de ce traumatisme, l'enfant a pu faire une course de 3 kilomètres. Ce qui frappe surtout dans cette radiographie, c'est l'apparence de zones claires dans le col et dans la tête fémorale, et l’on ne peut s'empêcher en voyant cette image radiographique, de penser aux lésions analogues décrites dans l’ostéochondrite. Toutefois, ici, la calotte de la tête n’est pas aplatie.

Tous ces malades ont été mis au repos en appareil plàtré. Chez chacun d’entre eux, il a été fait successivement un traitement thyroïdien, puis un traitement hypophysaire antérieur et enfin un traitement testiculaire, tous les trois sont actuellement très améliorés. Ils ne souffrent plus de leur hanche.

Les radiographies montrent une amélioration très notakle dans la structure des régions malades. L'évolution de la maladie à duré six mois, chez le premier, huit mois chez le deuxième, et un an chez le troisième. Toutefois, le premier et le second conservent un raccourcissement de 2 centimètres environ.

Aucun d’entre eux n’a présenté de réaction positive de BORDET-WASSERMANN ou même de HETZ.

DEUX CAS DFE COXA VARA COINCIDANT AVEC UN SYNDROME ADIPOSO-GENITAL, CONSOLIDES AU MOMENT DE LA PUBERTE

I1 peut être intéressant d'apporter la preuve de la disparition des phénomènes d’altérations osseuses localisées et la régression d’un syndrome adiposo-génital, coïncidant non pas avec un traitement opothérapique, m'ais avec la maturation sexuelle.

Le premier sujet, enfant L.…, garçon de 13 ans et demi, mesurant 1 m. 55 quand nous le vimes, en mars 1925, présentait une adiposité énorme du tronc et de la racine des membres tout à fait considérable. Dans le service où il entra quelque temps, on lui avait donné le nom d’un artiste de cinéma qui tire son originalité de son poids.

La verge était toute petite, les testicules réduits, gros comme des testicules d'enfant de 5 ou 6 ans, le pubis glabre, étalé comme un pubis de femme obèse.

En même temps, ce garçon se plaignait d’une hanche depuis quelques mois. Cette hanche, en effet, présentait une coxa vara bien nette.

Du côté opposé, l'articulation était un peu floue, mais non douloureuse.

Nous essayâmes la correction par le plâtre, en position de Wittman à deux ou trois reprises. Le résultat fut assez médiocre

Par la suite, l’autre hanche devint le siège de quelques douleurs, comme il est fréquent. Le traitement opothérapique : thyroïde surrénale, hypophyse, ne sembla pas donner de grands résultats. Nous ne pensâmes pas au thymus dont M. LEREBOUILLET a eu l’occasion de dire ici le bien qu’il en escomptait dans ces cas. Il est vrai que cette médication fut insuffisamment suivie chez un enfant qui de temps à autre seulement se trouvait directement sous notre surveillance.

Nous fûmes très surpris quand l'enfant nous fut ramené à trois mois de distance, en août 1926, de constater une amé-

co

lioration très nette de son état statural. Le sujet avait énormément maigri, la verge s'était développée, le scrotum s'était rempli, des poils follets couvraient sa lèvre et son pubis.

La radiographie faite à ce moment montra une calcification très nette de la tête et du col, et si le redressement de ce col n’est point manifeste, par centre, on ne peut discuter sur la meilleure intensité qu’il présente sur le cliché.

__ Le second cas que nous voulions vous montrer, l’enfant B.., peut être absolument superposé à celui-ci. Coïncidence absolue, chez lui aussi, de l'instauration de la puberté, avec la cessation du syndrome adiposo-génital en même temps que la tête se recalcifiait, devenait nette de contours, reprenait son orbicularité, et que le cotyle se développait, se dessinait plus nettement.

Dans une autre circonstance, ce fut l’arrêt d’une arthrite de la hanche, chez un adolescent, que nous vimes se produire, et une ankylose osseuse véritable qui s'établit. Cette observation présente certains caractères si particuliers que nous la réservons.

Ma première observation remonte à une quinzaine d’années. Le 20 janvier 1905, je voyais chez moi une jeune fille de 13 ans et demi qui m'était présentée par sa mère. Au moment de Noël 1903, cette jeune fille, qui, depuis quelque temps déjà avait une démarche hésitante commença à souffrir, de la hahche droite. Elle fut immobilisée pendant trois semaines environ au moyen d’un appareil plâtré. Depuis ce moment, les douleurs ont complètement disparu; mais il reste de la raideur de la jointure s’accompagnant de claudication. C’est ce qui a engagé les parents à me consulter. En examinant l'enfant, je constate que le membre se place en adduction légère avec rotation en dehors, cela surtout pendant la marche. Le bassin est abaissé vers la droite; le membre inférieur droit présente un raccourassement de 2 centimètres. On trouve, de l’épine iliaque antérieure et supérieure à la pointe de la malléole externe, 86 centimètres à gauche et 83 centimètres à droite. Ce raccourcissement porte entièrement sur la cuise. De l’épine iliaque antérieure et supérieure à la base de la rotule, on a 42 centimètres à gauche et 40 à droite. Les mouvements de la hanche sont Hmités, surtout les mouvements de flexion et d’adduction.

La radiographie permet de constater, à droite, un notable affaissement du col fémoral, et aussi une différence considérable dans l'intensité de coloration de l'extrémité supérieure des deux fémurs. A gauche, l'extrémité supérieure est, sur le papier, d’un noir uniforme; à droite au contraire, elle est beaucoup moins foncée; il y a même un point clair au centre du col, le grand trochanter est tout à fait transparent, ce qui indique une décalcification très marquée de l’épiphyse malade.

Ce qu'il y a de particulièrement intéressant dans cette observation, c’est que déjà, trois ans auparavnt, j'avais été consulté pour deux enfants de la même famille, frère et sœur de la petite malade actuelle, porteurs également de COXa vara.

Le frère, âgé aujourd’hui de 17 ans, a une coxa vara droite, et marche assez bien avec une chaussure surélevée. La jeune fille, âgée aujourd’hui de 15 ans, a une coxa vara gauche ; elle marche beaucoup plus mal que son frère, ce qui tient sans doute, d’après les explications de la mère, à l'existence chez elle d’un degré marqué d’adduction.

Enfin, chose curieuse, la mère elle-même, âgée aujourd’hui de 40 ans, a eu quelque chose d’anormal dans la hanche gauche vers l’âge de 10 ans. Son père avait consulté, à ce moment, NELATON, qui avait dit qu'il ne s'agissait pas de coxalgie ; c'était sans doute aussi de la coxa vara.

Voici donc une famille dans laquelle trois enfants ont été atteints de coxa vara. Or, ces trois enfants et la mère elle-même présentaient tous les caractères extérieurs de l’obésité. C’est donc à la fois un exemple de coxa vara familiale et de coxa vara liée à l'obésité.

Depuis lors, de nombreux exemples sont venus me démontrer cette liaison existant entre l'obésité et la coxa vara.

— À la fin de décembre 1914, une fillette de 12 ans m'était adressée par mon collègue et ami le Dr DELAGENIERE. L'enfant, née à terme, nourrie au biberon, a toujours été très grosse. Elle a marché à 20 mois, sans claudication. Il y à dix-sept mois, elle est tombée, elle a fait une chute sans importance, et qui tout d’abord n’a paru présenter aucune conséquence fâcheuse, Mais deux mois après, elle a commencé à se plaindre du genou gauche, et à boiter. Depuis le

commencement de novembre, tous les symptômes se sont aggravés, et c’est dans ces conditions que la malade m’a été adressée.

Le membre gauche est en adduction associée à la rotation en dehors. Le raccourcissement mesure 1 centimètre ; il existe un double genu valgum. très peu marqué. La radio montre l’affaissement du col fémoral, caractéristique de la coxa vara. On est frappé par l'état d’adiposité énorme de l'enfant.

La petite malade a été soumise à l'extension continue du ler janvier 1915 au ler mars, en même temps qu’on employait chez elle le traitement thyroïdien. Il y a eu amélioration sans le rapport des douleurs et de la claudication; l'obésité a diminué: mais le raccourcissement d’un centimètre a persisté.

Dernièrement encore, je viens d’avoir l’occasion de recueillir dans mon service deux nouveaux exemples de coxa vara liée à l'obésité.

Le premier de ces deux faits est relatif à un garçon de 8 ans, André M... né le 4 avril 1905. Il nous à été présenté une première fois à la consultation d’orthopédie le 3 avril 1913. Le père est bien portant, la mère est faible : il y a deux enfants, le petit malade actuel, et un autre en bonne santé. L’accouchement a été normal; mais, peu de temps après la naissance, la mère a cru s’apercevoir que l’enfant avait une jambe plus courte que l’autre. À 14 mois, il a commencé à marcher; mais, dès ce moment, il boitait très légèrement. Un médecin consulté dit qu'il s'agissait de rachitisme. En avril 1911, l'enfant est atteint d’adénite cervicale, et envoyé à Berck. Dès son retour, au mois d'octobre, la mère remarque que la claudication s’est exagérée.

Il est amené une première fois à notre consultation d’orthopédie le 3 avril 1913. Nous constatons chez lui tous les symptômes d’une coxa vara du côté droit, coïncidant avec une obésité considérable. Le raccourcissement mesure 1 centimètre. La radio confirme le diagnostic.

A ce moment, la mère refusa de laisser son enfant à l'h-

pital où nous aurions voulu le mettre en traitement; mais, comme la claudication s’accentue de plus en plus, elle revient trois ans plus tard, et, le 4 mai 1916, le petit malade, alors âgé de 1i ans, est admis dans notre service.

| On est immédiatement frappé de l'obésité de l'enfant. Son poids est de 37 kg. 400. Le corps thyroïde paraît très peu développé. On a fait une nouvelle radio qui montre, à droite, un affaissement du col fémoral, à angle droit sur la diaphyse. Le membre est en adduction légère, le raccourcissement mesure 3 centimètres; la longueur totale des membres est de 70 centimètres à droite et 73 à gauche. Ce raccourcissement porte exclusivement sur la cuisse qui mesure, à droite 32 centimètres, à gauche 35 centimètres. Mesurés à partir du sommet du grand trochanter, les deux membres ont même longueur, 67 centimètres; le raccourcissement porte donc uniquement sur la tête et le col. En effet, la mensuration, de l’épine iliaque antérieure et supérieure au sommet du grand chanter, donne 4 centimètres à droite et 7 centimètres à gauche, le grand trochanter est donc remonté de 3 centimètres à droite.

A partir du 8 mai jusqu’au 11 août, le jeune malade a été soumis à l'extension continue. Sous cette influence, l’état s’est amélioré; les douleurs ont disparu, la claudication a diminué; ‘le raccourcissement à été ramené de 3 à 2 centimètres. Une nouvelle mensuration faite à la fin du traitement a donné, pour les deux membres en totalité, 73 centimètres à gauche et 71 centimètres à droite, et pour les cuisses, 35 et 33 centimètres.

Le second exemple de coxa vara liée à l'obésité est celui d’une jeune fille de 12 ans et demi (elle est née le 14 avril 1905) que j'ai observée pour la première fois à la consultation orthopédique des Enfants Malades, le jeudi 9 août 1917, et qui est encore en traitement dans mon service. On note chez elle tous les signes d’une coxa vara du côté droit. Le membre présente un raccourcissement apparent très marqué; la malade prend point d'appui seulement sur la pointe du pied, elle boite beaucoup, l’attitude est celle de l’adduction jointe à la rotation en dehors; il y a un certain degré de genu valgum associé au genu recurvatum et de la tendance au pied plat valgus. La mensuration donne un raccourcissement de 2 centimètres, 84 centimètres à gauche pour le membre en totalité, et 82 à droite;

pour la cuisse, 40 et 42 centimètres. Ces 2 centimètres de raccourcissement portent tout entiers sur la tête et le col. Si l’on trace le triangle de Bryant, on voit que le sommet du grand trochanter est distant, à droite, de 5 centimètres de l’'épine iliaque antérieure et supérieure, à gauche de 7 centimètres, la radio confirme le diagnostic; tandis que du côté gauche l’obliquité de la tête et du col sur la diaphyse mesure 125 , à droite, la tête et le col sont sensiblement à angle droit sur la diaphyse. En outre, l’ossification paraît se faire, au niveau du col, d’une manière irrégulière. A côté de zones plus claires, il est, au niveau du col, des taches sombres.

Ce qui frappe surtout chez cette jeune fille, c’est l’obésité. Elle présente la taille et le poids d’un adulte, sa taille est de 1 m. 53; son poids est de 61 kilos. Elle est surchargée d’une couche énorme de tissu adipeux. L'examen du cou permet de reconnaître que le corps thyroïde est très peu développé.

Pas de maladie antérieure. Père et mère vivants et bien portants; quatre enfants, un frère plus âgé, et deux enfants plus jeunes, tous en bonne santé. Elle-même n’a jamais eu d'accidents; il y à trois mois environ que la claudication et la gêne de la marche ont débuté, sans cause appréciable. Les mouvements de l’articulation sont limités; la flexion reste incomplète et s'accompagne d’abduction, de sorte que la jambe fléchie sur la cuisse irait couper la jambe du côté opposé.

Tout dernièrement enfin, j'ai pu recueillir, dans mon service des Enfants Malades, un nouvel éxemple de coxa vara double liée à l’obésité. Il s’agit d’une jeune fille de 11 ans, Laure D..., dont les parents sont vivants et en bonne santé. Ils ont six enfants, dont deux autres présentent, comme la malade actuelle, des signes d’obésité. Bien que nourrie au sein maternel, la petite malade n’a marché seule qu'à l’âge de 2 ans. C’est depuis le commencement de février de cette année (1918) qu’elle se plaint de la cuisse droite, sans avoir fait de chute, sans avoir reçu de coups. La douleur est provoquée par la marche et la fatigue.

L'enfant ne souffre pas quand elle est au lit. Quand nous lexaminons couchée, nous sommes frappés par l'existence

d’une incurvation manifeste des tibias à convexité antéroexterne, surtout marquée à gauche. Les deux membres inférieurs ont sensiblement la même longueur. Examinée debout, la malade présente une légère obliquité du bassin dans laquelle l’épine iliaque du côté gauche est un peu plus basse que la droite. Il existe une ensellure peu marquée. Pendant la marche, l’enfant boite manifestement du côté droit. Elle rapporte ses douleurs à la partie supéro-externe de la cuisse droite. Il n'existe aucun mouvement de balancement du corps, rien qui attire l’attention du côté des articulations coxo-fémorales. Aussi est-on surpris de constater, par la radiographie, un double affaissement des cols fémoraux, un peu plus prononcé à droite qu’à gauche. A droite, la tête et le col forment avec la diaphyse fémorale un angle aigu; à gauche un angle droit. J’ai déjà dit qu’en examinant cette enfant, on est immédiatement frappé. chez elle, par tous les caractères de l'obésité. Les cuisses, les jambes, sont énormément développées; la peau est tendue, on ne peut arriver à la plisser; l'abdomen est proéminent,; il présente un véritable tablier graisseux, comme on le trouve chez certaines femmes âgées dont les parois ont été distendues par des grossesses nombreuses. Le facies de la petite malade a quelque chose de spécial, le front est étroit et fuyant, contrastant avec la face qui est large, d'apparence myxœdémateuse, la taille est de 1 m. 25 et le poids de 37 kilos.

Le dimanche 8 décembre 1912, je suis appelé à voir au Mans, une jeune fille de 12 ans qui, le jeudi soir 28 novembre, dix jours auparavant par conséquent, s’est fait un décollement épiphysaire de l’extrémité supérieure du fémur gauche. Depuis trois mois au moins, c’est-à-dire depuis la fin du mois d’août, cette jeune fille boitait légèrement. Elle à eu, à un moment donné, des douleurs dans la cuisse et le genou; on aurait même constaté du liquide dans le genou et fait du massage. Déjà, le jeudi matin, elle avait fait chez elle une chute sans importance; le jeudi soir, elle tombe de nouveau, en glissant dans l’appartement de ses parents, et est dans l'impossibilité de se relever. L’attitude du membre est caractéristique. Il y a une adduction marquée, associée à une rotation complète du pied

Er

en dehors; à la base du triangle de Scarpa, on sent une saillie osseuse répondant à l'angle que forment entre eux les deux fragments. La radio confirme le diagnostic; elle montre l’épiphyse détachée sous forme de croissant de la diaphyse et restée adhérente au fond du cotyle, tandis que la diaphyse est portée en haut et en dehors. Le raccourcissement mesure 15 millimètres et porte entièrement sur la cuisse. (.. Réduction, immobilisation plâtrée, guérison).

Or, cette jeune fille, comme une sœur plus jeune, comme sa mère et sa tante (sœur de la mère) présentait des signes évidents d’obésité. Sa taille et son développement adipeux n'étaient pas d’une enfant de son âge, mais d’une femme adulte.

On m'objectera qu'il ne s’agit pas ici de coxa vara, mais de décollement épiphysaire de l'extrémité supérieure du fémur. Il est bien évident toutefois qu’il n’y à pas eu un décollement traumatique pur et simple, mais que l’accident a été préparé par une lésion préexistante au niveau de l’épiphyse supérieure du fémur, puisque, depuis plus de trois mois, la jeune fille boitait, souffrait de la hanche et avait présenté même un épanchement dans l'articulation du genou. Les observations de cet ordre sont nombreuses et montrent les relations si souvent discutées entre la coxa vara et le décollement épiphysaire de l'extrémité supérieure du fémur. Le décollement était préparé par la lésion préexistante; aussi, le plus souvent, se produit-il sous l'influence d’une cause traumatique minime. C’est ce qui est arrivé chez la malade actuelle, dont l’état d’obésité me paraît avoir joué un rôle important dans la lésion.

J’ai réservé pour la fin de ce travail une observation plus ancienne, mais pleine d'intérêt en ce qu’elle fournit matière à des considérations nombreuses. Il s’agit d’un cas de coxa vara chez un jeune homme présentant une obésité considérable et dont un frère a été atteint plus tard de cette lésion de la hanche à laquelle j'ai donné le nom de coxalgie fruste.

Voici le fait :

Le lundi 26 avril 1913, je vois dans mon cabinet un jeune homme de 16 ans, présentant une obésité énorme, son poids

Rome

atteint 94 kilos. Il boite manifestement du côté gauche. Le membre est immobilisé dans l’adduction associée à la rotation en dehors.

Pendant la station debout, le pied ne pose pas à terre; il est en equinisme. Pas trace de douleurs, ni pendant la marche, ni pendant les mouvements imprimés à l'articulation, ou les chocs sur le talon.

Le début de l'affection remonte au mois de février 1911, pendant que l'enfant jouait au ballon. On incrimina, à ce moment, un faux mouvement, une contraction musculaire du côté de la hanche. En juillet de la même année, nouvelle entorse de la hanche, le malade ayant glissé sur un rocher. Enfin, en septembre de cette même année 1911, mouvement forcé d’écartement des cuisses, en descendant d’un établi. Je le répète, les douleurs se sont produites seulement au moment de ces différents accidents; depuis lors, indolence complète. La santé générale est restée excellente; il n’y a aucun engorgement ganglionnaire. La radio faite en mai 1912 montre un affaissement manifeste du col, à angle droit sur la diaphyse. Sous l’influence du repos et de l’extension continue il y a eu amélioration. Le malade peut aujourd’hui s'asseoir, ce qui lui était impossible au début. Mais une nouvelle radio faite dans mon laboratoire, le 23 avril 1913, montre que l’état local est resté le même, c’est-à-dire que la tête fémorale est toujours à angle droit sur le col. |

La réduction de l'attitude vicieuse sous le chloroforme et

l’immobilisation dans un appareil plâtré, combinées avec l’emploi de la thyroïdine, ont amené la guérison. L’obésité a beaucoup diminué, en même temps que le membre a repris une attitude normale. J’ai revu ce jeune homme en avril 1915, et tout dernièrement encore; à part un léger raccourcissement il peut être considéré comme guéri et marche avec la plus grande facilité.

2 Trois ans plus tard, le 30 mai 1916, je voyais le frère de ce jeune homme, Georges B.…, qui m'est présenté par la famille, parce qu’il boite et que l’on craint chez lui une affection semblable à celle de son frère aîné.

Georges B..., né le 8 août 1902, est le septième enfant de la famille. L’aîné, un fils, est en bonne santé; le second fils est le malade traité antérieurement par moi pour coxa vara,. Il y à

quatre filles dont deux jumelles, les autres enfants sont bien portants, quoiqu’ayant tous tendance à l'obésité. Le père, âgé de 56 ans est un obèse, atteint de bronchite et d’emphysème.

L'affection du jeune Georges B.… a débuté au commencement de février. 1916, sans cause apparente, À ce moment, il a dû quitter l’école, tant la marche était difficile, mais il boitait déjà depuis quelque temps. Le membre inférieur droit est dans l’abduction légère avec rotation marquée en dehors : à chaque pas, on note un brusque mouvement de ressaut au niveau de la hanche, plutôt que de la claudication vraie. Il n’y a pas de raccourcissement. On trouve pour la longueur des membres inférieurs en totalité, 76 centimètres, et 35 centimètres pour les cuisses. Aucune douleur; pas d’engorgement ganglionnaire, tendance à l'obésité.

La radiographie est en rapport avec l'examen clinique; il n'y à pas d’affaissement du col fémoral, pas de coxa vara, mais on voit manifestement que le bord supérieur de la tête fémorale est aplati, de même, le cotyle est élargi en haut et en dehors, bref, on retrouve tous les caractères qui distinguent cette forme particulière d’arthropathie à laquelle j'ai donné le nom de coxalgie fruste.

Le jeudi 9 novembre 1916, je revois ce jeune homme qui, sur mon conseil, à passé cinq mois au bord de la mer. Son état général est excellent; quant à l’état local il ne s’est pas sensiblement modifié; l’attitude du membre est normale; il n’y a pas de raccourcissement. Je trouve par la mensuration 78 centimètres pour les deux membres en totalité, et 37 pour les cuisses. Toute douleur a disparu; les mouvements de rotation en dedans restent toujours limités.

Ce jeune homme est accompagné de son frère aîné, soigné par moi antérieurement pour coxa vara. Ce dernier n’éprouve ni douleur ni gêne. Il fait facilement 11 ou 12 kilomètres à pied et 50 kilomètres à bicyclette.

Le jeudi 21 juin 1917, je revois les deux jeunes gens, dont j'ai relaté, plus haut l’histoire. L’aîné reste en bonne santé, marche aisément, et ne se plaint plus de l'affection pour laquelle je l'ai traité en 1913. Quant au plus jeune, Georges B..., il va également beaucoup mieux. Je ne constate plus chez lui de claudication mais seulement un peu de raideur dans les mouvements de la hanche droite, pas de douleurs: à peine y

a-t-il un très léger degré de raccourcissement et surtout la tendance à la rotation en dehors a complètement disparu; la santé générale est satisfaisante.

J'apprends que le père de ces deux jeunes gens a succombé, à la fin de février 1917, à une pleurésie double. Une des deux sœurs jumelles est atteinte de fistule à l’anus. Ces diverses circonstances peuvent faire soupçonner dans la famille la présence de l'infection tuberculeuse.

Quant aux organes génitaux, ils m'ont paru peu développés chez ce jeune homme de 15 ans, pesant 94 kilos, dont j'ai rapporté l’histoire. De même, chez la jeune fille de 12 ans et demi, qui est encore en traitement dans mon service, je note que, malgré sa taille (1 m. 53) et son poids (61 kilos), malgré le développement des seins et du système pileux, qui font d'elle une adulte bien plutôt qu’une enfant, il n’y à pas eu encore apparition de la menstruation.

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