‹ Les Troubles Oculaires dans la Chorée de SydenhamChapitre 6 sur 44 · ETUDE ANALYTIQUE · texte numérisé non relu

ETUDE ANALYTIQUE

L'Iritis dans la Chorée

« Parmi les conditions qui contribuent le plus à la production de la chorée, dit G. Sée, il faut citer en premier lieu le rnumatisme, qu’il soit apyrétique ou combiné au mouvement fébrile. »

Sur 128 chorées il compte 61 exemples où cette affection coïncide avec une inflammation ou des douleurs articulaires. Sur 11.500 malades admis en quatre années à l’hôpital des Enfants, il a vu 43 rhumatismes simples contre 61 liés à la chorée. Aussi en conclut-il que, sur 2 chorées, il y en a 1 qui dépend du rhumatisme. Bright, avant lui, sur 16 chorées, en trouve 6 de nature rhumatismale. Bouteille, Stoll, Sauvages avaient déjà noté cette coïncidence des deux affections.

Le rhumatisme articulaire précède la chorée fréquemment et leur évolution est analogue ; ils s’enchaînent, se répètent ensemble ou alternent, le rhumatisme marquant le début et la fin de la névropathie ou bien seulement marquant le début de la chorée qui évolue ensuite isolément. Le rhumatisme peut

aussi faire son-apparition au cours même de la chorée et se manifeste par une arthrite, une fièvre rhumatismale, des douleurs, ou bien il ne paraîtra qu’au cours d’une récidive ou d’une rechute, ou bien seulement après une chorée, Cet les arthrites secondaires n’en relèvent pas moins du rhumatisme ». Tels sont les rapports intimes que Germain Sée trouve dans la statistique entre ces deux processus morbides. Outre ces preuves, tirées de ses observations cliniques, G. Sée fonde encore son opinion sur le résultat de ses autopsies, au cours desquelles. 34 fois sur 82, il vit la danse de Saint-Guy s’accompagner de lésions inflammatoires plastiques des membranes du cœur, des méninges, des plèvres, du péritoine, avec ou sans rhumatisme articulaire.

Henri Roger se demande si la chorée n’est point dans la presque universalité des cas une manifestation du rhumatisme et en conséquence sion ne devrait pas nosologiquement la faire sortir du cadre des névroses ou tout au moins la considérer comme une névrose rhumatismale.

A l’appui de son opinion il cite des faits cliniques: il montre la chorée succédant immédiatement au rhumatisme articulaire avec péricardite ou pleurésie, ou survenant après la guérison de l'attaque rhumatismale. Dans d’autres cas de rhumatisme avec endopéricardite ou endopéricardite et pleurésie double, il fait ressortir l’apparition des mouvements choréiques à la période d'état de l'affection primordiale ;

puis il insiste sur la coïncidence de la chorée et du

rhumatisme articulaire caractérisé par sa complication cardiaque ; enfin il fait ressortir l’alternance des deux maladies. «Ici, dit Roger, l'identité est flagrante. La maladie des articulations, la chorée et la phlegmasie cardiaque se mélant, se remplaçant, se confondant de nouveau, ayant même origine, même fin, ne sont-elles pas la triple expression d’un vice unique, le vice rhumatismal. » Aussi Roger élève-t-il au rang de la loi pathologique cette coïncidence de la chorée et du rhumatisme, les liant l’une à l’autre par un rapport étroit de causalilé, en faisant deux maladies parentes, allant jusqu’à les identifier quant à leur nature.

Il étudie encore ce qu'il appelle la chorée cardiaque citant, sur 91 observations, 5 fois la péricardite, 47 fois l’endocardite, 19 fois l’endopéricardite, la cardiopathie précédant la danse de Saint-Guy, tantôt lui succédant, tantôt se déclarant au cours de celle-ci, et Roger admet entre ces deux affections une relation de causalité ; mais troubles cardiaques et troubles choréiques relèvent de la même cause dans bon nombre de cas : la diathèse rhumatismale.

Cadet de Gassicourt ne dit-il pas : « La chorée rhumatismale est infiniment plus commune à elle seule que toutes les autres chorées réunies ? »

Ce n’est pas seulement chez le même individu que nous voyons cette influence du rhumatisme sur la chorée, mais c’est encore dans l’hérédité de celuici. G. Sée avait déjà démontré que le rhumatisme se trouvait fréquemment dans les antécédents héré-

ditaires des choréiques. Ollivier rapporte une statistique dans laquelle, sur 73 cas de chorée où l’on a noté les antécédents, 30 fois le rhumatisme est mis en lumière : 18 fois les parents seuls étaient atteints: 12 fois les parents, frères et sœurs.

Pour Déjérine, il n’y a là qu’une pure coïncidence ; la chorée de Sydenham ne connaîtrait qu’une cause: l’hérédité nerveuse similaire ou dissemblable qui crée la prédisposition. Mais les preuves qu’il donne ne paraissent pas Con vaincantes et, sans vouloir nier le rôle de l’hérédité nerveuse dans l’étiologie de la danse de Saint-Guy, on est cependant forcé d'admettre que le rhumatisme y joue un rôle primordial. Les faits et les preuves que nous rapportons plus haut sont largement suffisants pour le démontrer.

Qu'il nous soit permis enfin de citer la statistique suivante, empruntée à MM. Hutinel et Babonneix.

Pour Kephallinos, la chorée est d’origine rhumatismale

dans 5 à 20 o/o de cas. - Pour Hughes RER CN at Lévis. 13 Lhaveset Leroux 1.7... 22 CODARAIEA EN PERTE SEMAINE ur 28 West, Trousseau, Hutinel et Babonneix. 33

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Bernard 2

Ainsi donc ilest indubitable que la chorée rhumatismale est à elle seule la plus fréquente.

S'il en est ainsi, l’iritis trouve naturellement sa place au rang des complications de la maladie de Sydenham. Le même processus morbide qui crée la chorée, l’endocardite, la pleurésie, l’arthrite, c’est-àdire l'infection rhumatismale, produit l’'iritis et dans le cadre nosologique qui nous occupe, celle-ci se place sur le même plan que les manifestations cardiaques, articulaires, pleurales de la diathèse rhumatismale. L’iris d’ailleurs réagit à l’infection à la manière des séreuses et peut sans difficulté leur être homologué. L'observation de Fôrster n’a rien qui doive surprendre (Obs. [).

Mais pourquoi l’iritis, assez fréquente au cours du rhumatisme, ne se rencontre-t-elle pas plus souvent au cours de la chorée. alors que l’endocardite par exemple s’y trouve dans une proportion respectable ?

En feuilletant, en effet, les observations de danse de Saint-Guy que nous avons eues entre les mains, nous n'avons pas retrouvé cette complication, et l’observation de Fôrster a peu de parentes.

L’explication en est simple, nous la trouvons dans ce fait que l'iritis est rare chez l'enfant et que la chorée est une maladie de l'enfance.

Toutefois la présence d’une telle complication au cours de la danse de Saint-Guy peut être interprétée

en faveur du rôle essentiel joué par le rhumatisme

oo —

dans cette maladie: l’iritis qu’on y trouve est de l’iritis rhumatismale.

Si nous cherchons maintenant à tirer de ce fait de Fôrster une conclusion pratique au point de vue du pronostic, nous voyons que cette attaque d'iritis accompagne une chorée grave, généralisée, de durée assez longue, avec lésion cardiaque sévère puisqu'elle donna lieu à de la cyanose et de l’œdème et que Forster ajoute que l'enfant fut très mal. À

Ainsi peut-on conclure que l'apparition de l'iritis au cours d’une chorée indique une imprégnation profonde de l’organisme par l’agent morbide quel qu'il soit, et que le pronsstic doit être dans ce cas assez

réservé.

Du réflexe conjonctival

Pour la plupart des auteurs anciens (Ollivier), pour la plupart des auteurs classiques, l’anesthésie généralisée ou localisée qui peut se rencontrer au cours de la chorée ne ressortit pas en propre à cette maladie, mais doit être attribuée à l’hystérie qui l'accompagne assez fréquemment.

Bloch dit n’avoir jamais rencontré d’anesthésie dans la chorée pure sans immixtion d’hystérie.

Triboulet fait remarquer toutefois que la sensibilité générale des choréiques n’est jamais normale et qu’elle est diminuée comme en témoignent les contusions que se donnent sans se plaindre les sujets fortement choréiques.

D'ailleurs Huet (1) admet que les troubles de la sensibilité dans la chorée sont inconstants et variables ; il les rattache soit à la chorée directement, soit à son association à l’hystérie.

Pour Nicollet (2), les réflexes muqueux sont rarement modifiés, abstraction faite des cas d’ailleurs très nombreux où la chorée se complique de manifestations hystériques.

Voici à cesujet la statistique des cas quise trouvent dans cet ouvrage et que nous rapportors plus loin. Sur 8 malades dont 2 atteints de chorée avec hystérie :

Le réflexe cornéen est subnormal et le réflexe conjonctival paresseux 1 fois ;

Le réflexe conjonctival, paresseux 1 fois ;

Les réflexes conjonctival et pharyngien, diminués 1 fois ;

Le réflexe pharyngien, diminué seul, x fois.

En conséquence, 3 fois sur 8 il y a de l’anesthésie cornéenne ou conjonctivale.

Ces données ne paraissent pas être vérifiées par le résultat de nos observations.

Sur 20 Cas, 1 fois nous trouvons de l’anesthésie cornéenne ou conjonctivale seule ou associée à

l’anesthésie pharyngée. Ces cas se décomposent comme il suit :

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