‹ Les truands; drame en cinq actes, en versChapitre 36 sur 104 · ACTE II. SCE>E VllI. (i · texte numérisé non relu

ACTE II. SCE>E VllI. (i

VILLON, à Thibault.

Et peiit-èhc CTcst la vérité pourtant!

IIOBIN COSTEAU.

Enfin, qu'est-ce qu'il a!* Dis-le, toi, la Mignote. Tu le sais?

LV MI(;>OTK. toute confuse

Moi! Mais non.

HOBIX COSTEAU.

Si. Ne fais point la sotte.

Sois gentille, et change en gâteau Le pain moisi d'incertitude amère Que servent ce fds et sa mère A Ion pauvre Robin Costeau.

(La câlinant de petites tapes caressantes sur la joue.)

Allons, parle à ton vieux Robin, |)etite belle!

MICUALLT, éclatant.

Ah! ce que j'ai, c'est qu'à lin Je me sens homme et me ivbellc.

ROBIN COSTEAU, doucement goguenard.

Tel, contre le roi, le dauphin.

MICHAULT, à dents serrées.

Ne fais pas le mauvais plaisant, plus ou moins fin! De plaisanter, moi, je n'ai guère envie. ,

Ce que j'ai, c'est que je suis las, Moi, jeune, de vivre une obscure vie Où je n'ai fête ni soûlas, Tandis que d'autres, jusqu'au seuil de la vieillesse Et jusqu'à l'heure de leur glas, Auront eu bombance et liesse!

MARION

Hardi, mon fils! Tu lui dis ce qu'il faut. Continue, et le verbe haut!

MICHAULT

Ce que j'ai, c'est qu'il n'est pas drôle

De jouer à vingt ans le rôle D'un morveux conduit par le bout du nez !

Ce que j'ai, c'est que ma fringale, D'exploits, de butin et de coups donïiés Crève de faim pendant qu'on se régale

ACTi: 11. SCENE \J11. b

A la grand' table où les truands t'ont nomme roi ! Ce que j'ai, c'est qu'étant fort, jeune et sans effroi. J'y veux ma place à la grand' table, et non l'aumône Que tu nous fais en en sortant !

Je veux n'être plus un béjaune Nourri de la becquée ignoble qu'on lui tend. Je veux goûter enfin la joie D'être ce que tu fus, l'oiseau de proie, L'aigle, le milan, le faucon, Dont le haut vol de rapace Plane, libre, en plein espace...

ROBIN COSTEAU, triste et doux.

Et s'achève souvent, hélas! à Montfaucon. C'est pour t'en préserver que ma sagesse tendre Ici, t'offrant un sort plus calme, t'installa.

MICHALLT.

Je n'en veux plus. Le sort qui t'attend doit m'attendre Qu'il soit le mien! Au moins, avant d'en venir là,

J'aurai vécu jours de gala.

Nuits de danger, fête et bataille, .le me serai dressé, droit, de toute ma taille.

Dans ma force et dans mon orgueil;

Et si je lâche l'existence

68 LES TRUAINDS.

En dansant une gigue au bout d'une potence, Des femmes qui m'auront aimé seront en deuil. Car ce que j'ai, puisqu'il faut tout te dire, Ce que ma mère et la Mignote comprendront. Ce dont je souffre enfm mort et martyre, C'est de ne pas avoir au front Celle légende qui te ceint d'un diadème, Qui te donne à jamais tes yeux ensorceleurs.

Et qui fait, malgré mes vingt ans en fleurs. Mes soupirs, mes cris, mes pleurs.

Que c'est toi, vieux, malade même.

Que c'est toi, le roi des voleurs.

Toi, toi, toi, toujours toi, qu'on aime!

KOBIX COSTEAU, de plus en plus doux.

Même malade et barbon, Mon fils, si l'on m'aime encore.

C'est bien pour la légende, un peu, qui me décore Mais c'est surtout, vois-tu, parce que je suis bon.

THIBAULT

Voilà répondre ! A la bonne heure !

Et celte raison-là, Robin, est la meilleure.

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