ACTE III. SCÈNE VII. lo
Flora te remplace là-bas.
Mais eût-il dû, d'ailleurs, ne marcher pas, Et fût-ce au prix des plus noires alarmes, Certe, il avait raison, mon fils, et bien raison,
(Avec une exaltation qui va croissant.)
De ne pas vouloir à ces hommes d'armes. Même à leurs yeux, sans plus, livrer tes charmes, Prostituer ton corps en pâmoison, Ton corps dont la sueur sent la praline. Ton souple corps de couleuvre câline Qui dans la volupté se tord.
Ton corps joli qu'au vol des rythmiques cadences^ Les yeux mangent quand tu danses.
LA MIGXOTE.
C'est ça que tu voulais, toi, pourtant !
ROBPf COSTEAL.
J'avais tort.
Je ne m'en doutais pas en te donnant cet ordre. Je m'en aperçois aujourd'hui Au brusque remords qui vient de me mordre, De n'avoir pas pour toi la pudeur qu'il a, lui !
L\ MIGXOTE.
Non, tu n'avais pas tort! Qu'importe,
io4 LES TRUA^iDS.
Pendant qu'à son tourbillon La danse me roule et m'emporte
Comme au vent un papillon, Qu'importe à ma chair l'aiguillon Des regards fous qu'on lui darde, Et qu'importe qu'ils en aient faim, fût-ce hagarde ! C'est l'ombre de ma forme et le bruit de mon pas Dont ils feront tout leur repas.
Je passe. Aucun ne m'attarde.
J'étais ici. Je suis là-bas.
Si j'en ai, qu'en auront-ils pris, de mes appas? Ah! les meilleurs sont là, sous bonne sauvegarde. Clos dans mon cœur, jalousement.
Ainsi qu'en une tour de diamant.
Vierge et pur, que rien ne lézarde.
En attendant, fidèle à l'adoré
Qui m'aimera, que j'aimerai.
Fidèle et chaste, même en dansant la gaillarde. Fidèle jusqu'au trépas.
Qu'importe qu'on me regarde.
Puisqu'on ne me garde pas !
ROBO COSTEAU.
Ah ! la Mignote, la Mignote, quel beau rêve, Quel rêve de paradis