ACTE V. SCÈ>E 11. l8l
ROBIX COSTEAU, virement.
Ce n'est pas pour eux que j'ai rien -dit, Dieu m'en préservej
(Avec gravité et noblesse.)
Ils font ce qu'ils croient devoir faire; Et, le faisant, ils ont raison, s'ils sont heureux. Ma bénédiction n'en est pas moins sur eux. Et qu'ils ne soient pas là, d'ailleurs, je le préfère. Sans doute qu'avec eux, faible, j'aurais pleuré. Or, pleurer n'est point mon affaire; Et, mourant sans les voir, je meurs mieux à mon gré.
(D'un ton résolu et joyeux.)
Il s'agit maintenant d'avoir la mine allègre. Le nez rieur, l'œil clair et bien fendu, Et que tous ces badauds, à qui régal est dû,
Se régalent d'un beau pendu.
Par ma panse, en tous cas, ils ne l'auront pas maigre ! Je suis rond comme un poupon Et de ferme consistance.
Pour faire figure en gland de potence.
Je ne crains personne, à moi le pompon ! Monsieur du happe-chair, n'en prends pas à ton aise !
Si toi, pingre vétillard, Sur le prix de la corde as lésiné d'un liard, Moi, la rompant quand j'y danserai mon anglaise,
lO
l83 LES TRUANDS.
Je ferai voir à tous, vrai Dieu !
Que tu n'es qu'un fesse-mathieu, Et le poids que mon cul pèse.
(Il tombe assis par terre.)
Allons
RAGUYER, lui frappant sur l'épaule.
ROBO COSTEAU.
Quoi?
RAGUYER
C'est fini.
ROBIN COSTEAU
Quoi?
RAGUYER
Les quelques instants.
L'heure a sonné que d'ici l'on déloge.
ROBO COSTEAU, plaisamment étonné.
L'heure a sonné, tu dis! A quelle horloge? Je n'ai rien entendu.
RAGUYER
Mais moi, j'entends Que tu havardes sans relâche et qu'on s'attarde.