ACTE 11. SCÈNE Vil
LA. MIG3ÏOTE.
Qu'en sais-lu, Puisque moi-même je l'ignore ?
MARION
Je le sais par ton air de chien battu Quand dans les yeux il te regarde,
Et je le sais par l'aiguillon pointu
Dont alors mon cœur se poignarde.
LA MIGjVOTE.
Tu l'aimes donc toujours?
MARION, en s*exaUant de plus en plus.
Non, je le hais !
Mais c'est d'une étrange sorte.
Ma jalousie, au feu qui ne s'éteint jamais, Avec mon amour n'est pas morte.
Ah! je l'ai tant aimé, quand je l'aimais!
(Elle se met à pleurer, assise, absorbée dans ses souvenirs.) MICllAULT.
C'est ainsi que je t'aime à présent, la Mignote.
LA MIOOTE.
Eh! Michault, je n'en peux mais.
MARIO?î, prise d'un accès de folie.
Las! Las! mon cœur, qui le grignote?
Les rats ! Les rats ! . . . Les rats aux museaux de filous !
LA MIGNOTE
La voilà toute à sa folie, et qui radote.
MARION, même jeu que plus haut.
Maintenant c'est les loups !.. Hou ! les loups, les grands loups Qui hurlent à voix de hulotte, Les loups aux crocs aigus comme des clous!
Mangez, les rats! Mangez, les loups! A pleine gotte
Gavez-vous-en, de ma chair qui grelotte!
Buvez, les loups! Buvez, les rats! Faites ribole! Buvez mon vieux cœur! Il saignote A tout petits, petits glouglous Dont le sang pâle se caillotte.
Ah! bonnes gens, bonnes gens, à genoux!
Priez pour celle qu'au suaire on emmaillotte! Pauvre de moi! Pauvres de nous!
(Elle s'aflale à croppetons dans un coin, en sanglotant.)