‹ Les Tuberculoses TraumatiquesChapitre 20 sur 26 · RS TE · texte numérisé non relu

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inoculation tuberculeuse, une localisation sur une articulation traumatisée, mais, là encore, nous ignorons l'importance du traumatisme et, si la nature tuberculeuse de l’arthrite qui a été constatée est très probable, elle n’est pas certaine. Enfin, il ne s’agit que d’un cas isolé dont on ne saurait, en conséquence, tirer des conclusions absolues.

Les différents expérimentateurs ne sont d’accord que sur un point : l’impureté du produit inoculé favorise la fixation du germe. En cela, les travaux, sinon les conclusions de SCHULLER, qui croyait réaliser des arthrites tuberculeuses pures, ont été confirmés par LANNELONGUE et ACHARD et RIBERA y SANS. Cette constatation ne semble pas d’ailleurs d’un grand intérêt clinique.

Il en résulte qu’à l'heure actuelle il n’est pas prouvé que le traumatisme soit capable de fixer une lésion tuberculeuse sur un organe sain. On ne pourrait d’ailleurs trouver de sérieux arguments pour défendre

l’opinion opposée.

Dans la série de recherches que nous avons entreprises, nous avons uniquement cherché à prouver le rôle de la bacillémie en essayant de préciser si, en déchirant par un traumatisme une canalisation vasculaire, on peut réaliser la fixation de bacilles circulants et provoquer une lésion évolutive.

CHEZ LE COBAYE d’abord, nous avons successivement

ARTS LPS

traumatisé la peau ou une articulation, fracturé un os, sectionné des côtes, avant ou après inoculation intra-veineuse.

1° Traumatisme cutané.

On inocule par voie veineuse à quatre cobayes 1/400° de milligr. de bacilles tuberculeux bovins, souche Vallée. Le lendemain et trois jours plus tard, on fait à deux de ces animaux un traumatisme cutané à l’aide d’une pince, les deux autres servant de témoins.

Chez un de ces cobayes, sacrifié huit jours après l’inoculation, ainsi qu’un témoin non traumatisé, on ne trouva pas de bacilles tuberculeux à l’examen histologique de la région blessée. L'autre animal mourut trois mois après, le témoin lui survécut un mois. A lPautopsie, on constata une tuberculose viscérale généralisée sans lésions locales.

2e Traumatisme articulaire.

4 cobayes reçoivent dans une veine 1/100% de milligr. de bacilles de la souche Vallée et immédiatement après subissent un traumatisme au niveau d’une articulation fémoro-tibiale.

2 témoins reçoivent la même quantité de la même culture. |

Sur ces 6 animaux, 3 sont morts très précocement, 4 à 6 jours après l’inoculation, d'infection intercurrente, les autres survécurent 14 jours en moyenne. À l’autopsie, on ne put mettre en évidence des lésions articulaires, ni à l’œil nu, ni à l’examen microscopique de la

synoviale.

3° Fracture du fémur.

On injecte dans une veine de 8 cobayes 1/400° de milligr. de bacilles bovins, souche Vallée. Le lendemain, à l’aide d’un marteau, on fracture une diaphyse fémorale de 4 d’entre eux.

Tous ces animaux sont morts spontanément, les témoins en moyenne 19 jours après le traumatisme, les animaux traumatisés ayant vécu plus longtemps, 38 jours en moyenne.

Chez tous, on constata à l’autopsie des lésions tuberculeuses viscérales plus ou moins généralisées. Les foyers de fracture étaient indemnes macroscopiquement, et une seule fois on trouva quelques bacilles de Koch à l'examen histologique d’un cal.

La même dose des mêmes bacilles est inoculée en outre à 3 cobayes, mais cette fois le lendemain de la fracture du fémur, 3 animaux neufs servant de témoins. Ils sont morts en 22 jours en moyenne sans lésions locales.

4° Section costale.

Nous avons enfin inoculé à 10 cobayes, par voie endo-veineuse, 1/400° de milligr. de bacilles bovins, souche Vallée. 8 d’entre eux ont subi le lendemain un traumatisme thoracique à l’aide d’une masse en bois. La lecture des clichés radiographiques ayant montré l’absence de fractures de côtes, 10 jours plus tard, à l’aide de ciseaux, nous avons sectionné quelques côtes de ces mêmes animaux ainsi que de 3 cobayes neufs.

4 cobayes inoculés et traumatisés sont morts 19 jours

après l’inoculation, soit 9 jours après le trauma. Au-

topsie : poumons congestionnés, quelques granulations viscérales, de la rate, du foie et, chez un seul des poumons. On ne trouva pas de bacilles tuberculeux lorsqu’on examina les cals en voie de formation.

Les 4 témoins non traumatisés sont morts de tuberculose généralisée de 10 à 20 jours après les précédents. Les 3 témoins traumatisés mais non inoculés n’ont survécu que 9 jours à la section costale et n’avaient pas de lésions congestives pulmonaires.

Dans cette première série d'expériences, il n’est pas certain que nous ayons traumatisé des animaux bacillémiques, sauf peut-être en ce qui concerne les contusions articulaires.

Au cours de nos recherches ultérieures, nous avons réalisé des ruptures vasculaires chez des chiens et des lapins, alors qu’ils étaient certainement en état de bacillémie. Nous avons d’ailleurs vérifié ce fait en prélevant du sang presque au moment du traumatisme et en l’ensemençant sur le milieu de Loewenstein.

Voici, brièvement exposées, les deux techniques que nous avons employées :

1° Inoculation intra-artérielle : une artère fémorale primitive étant dénudée, l'injection de bacilles y est poussée presque au moment du traumatisme.

2° Inoculation intra-veineuse en goutte à goutte une canule est fixée à une veine jugulaire externe et reliée, par l’intermédiaire d’un tuyau de caoutchouc, à un tube en U qui forme siphon et dont l’extrémité libre plonge dans un ballon. Ce ballon contient les ba-

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cilles à inoculer. L’émulsion y.est sans cesse agitée par un courant d’air filtré et garde ainsi son homogénéité pendant toute la durée de l’expérience, qui, suivant les cas, varie de 15 minutes à 1 heure. On règle le débit de l’appareil à l’aide d’un presse-tube et d’un comptegouttes semblables à ceux couramment employés.

-Nos animaux sont anesthésiés au Numal par voie veineuse, à la dose de 0 gr. 03 par kilogramme pour les chiens, de 0 gr. 10 par kilogramme pour les lapins.

Ces techniques nous ont permis de réaliser les expériénces suivantes:

11 chiens ont recu dans un vaisseau de 1/10° à 1/30° de milligr., suivant leur poids, de bacilles tuberculeux humains, souche Vog…, (isolée d’un liquide de pleurésie séro-fibrineuse et repiquée sur F milieu de Loewenstein après un passage sur un chien); 1/100° de milligramme d’une telle culture suffit à tuer en 45 jours environ un cobaye inoculé sous la peau.

3 chiens neufs et en bonne santé sont inoculés par vote artérielle.

Chez 2 d’entre eux : contusioù des parties molles, un peu au-dessus du creux poplité, réalisant un hématome.

Chez le troisième, entorse externe, puis contusion au marteau de la face interne de la même articulation.

L’injection infectante est poussée immédiatement après le traumatisme alors que l’épanchement sanguin est en train de se constituer. Un fragment des

parties molles est prélevé par biopsie 12 jours plus tard.

Un animal meurt en 15 jours d'infection intercurrente, le second est sacrifié 32 jours après le traumatisme, le dernier (contusion articulaire) survit 6 mois.

Autopsie : lésions viscérales et ganglionnaires plus. ou moins étendues, mais l’examen macroscopique et histologique des tissus traumatisés montre l’absence de localisation tuberculeuse.

4 chiens neufs et en bonne santé sont inoculés par voie veineuse en goutte à goutte.

Tous subissent pendant l’inoculation un violent traumatisme au marteau d’une articulation fémoro-tibiale, n’entrainant qu’une fois une fracture et toujours une hémarthrose.

Un de ces animaux (fracture) meurt 3 jours plus tard avec des lésions pulmonaires d’aspect hémorragique: Chez les 3 autres, on note pendant quelques jours une forte élévation thermique, de la claudication et localement du gonflement et une ecchymose.

— ‘Ÿ animal meurt 3 mois après de granulie généralisée; l’articulation traumatisée contient comme les autres un peu de sérosité. Du fait de la granulie, la synoviale articulaire n’est pas réinoculée.

— Jes deux derniers sont suivis cliniquement et radiologiquement et, à aucun moment, on ne constate de signes d’arthrite. L’un d’eux est sacrifié 50 jours après l’inoculation; l’autre subit un nouveau traumatisme 5 mois plus tard et survit un an à l'infection.

A l’autopsie de ces deux animaux, aucune lésion articulaire. Les capsules articulaires broyées au mortier et inoculées à des cobayes ne tuberculisent pas

ces derniers, pas plus d’ailleurs que la moelle osseuse prélevée au niveau des membres traumatisés ou non traumatisés.

2 chiens allergiques sont inoculés encore par vote veineuse et subissent un violent traumatisme au marteau, provoquant une hémarthrose.

L'un d’eux est mort 5 jours après, au milieu d’un syndrome hémorragique diffus.

Il nous paraît intéressant de rapporter avec plus de détails observation du second :

Chien n° 28 : Depuis longtemps, pensionnaire de notre chenil, il a supporté d’une façon étonnante, en juillet 1935, une ligature de la bronche moyenne.

Le 10 décembre 1935, poids : 32 kgs; injection dans une veine jugulaire externe de 1/20 de milligr. de ba- Cilles tuberculeux humains virulents, souche Roux. La température s'élève quelques jours puis revient à la normale.

De temps à autre, petit clocher thermique à 39°.

Le 4 mars 1936, poids : 30 kg. 400. La réaction de

-déviation du complément, à l’aide de l’antigène à l'œuf de Besredka, est fortement positive.

Le 16 mars, une injection intra-veineuse de 1cc. de solution de tuberculine brute à 1/10° détermine une grosse ascension thermique; de 38°4 la température s'élève en 4 heures à 40°6 pour redescendre ensuite, progressivement, à la normale.

Le 26 mai, poids : 33 kgs. Anesthésie au Numal :

‘0 gr. 60. Inoculation dans une jugulaire externe en goutte à goutte de 1/10° de milligr. de bacilles humains

vivants, souche Vog. et violent traumatisme au marteau de l’articulation fémoro-tibiale gauche.

Le soir même, la température de l’animal est à 41° et reste très élevée pendant 5 jours.

Claudication et tuméfaction articulaire persistent une quinzaine de jours.

Le 28 juillet, un cliché radiographique ne montre aucune lésion articulaire.

Le 29 juillet, poids : 31 kgs 500.

L'examen clinique du membre traumatisé est rigoureusement négatif. L'animal est sacrifié.

Autopsie : hypertrophie des ganglions péribronchiques, quelques rares granulations viscérales; l’articulation fémoro-tibiale gauche est normale à l’œil nu et l’examen histologique de fragments de synoviale et de ménisques n’y révèle pas de lésions. Sous le tendon rotulien, on trouve un amas jaunâtre, séquelle probable de l’hémarthrose.

On inocule à des cobayes des fragments de synoviale, de moelle juxta épiphysaire, de poumons, broyés au mortier.

Deux seulement furent tuberculisés ; lun avait reçu un fragment de la synoviale de l'articulation traumatisée, l’autre de la moelle osseuse.

Nous avons enfin renouvelé ces mêmes expériences sur deux chiens qui nous sont arrivés de la fourrière dans un éfat organique très précaire. L’un était d’une maigreur accentuée ; l’autre était atteint de rhinite purulente (pasteurellose). Ils ne supportèrent pas la ré-

inoculation et succombèrent respectivement trois et

cinq jours plus tard. Là encore, les synoviales des articulations traumatisées ont tuberculisé les cobayes à qui nous les avions inoculées.

Dans une dernière série d'expériences, nous avons injecté en goutte à goutte dans les veines jugulaires externes de quinze lapins une culture de bacilles tuberculeux bovins, de la souche Vallée, et simultanément leur avons traumatisé de façons diverses une patte postérieure : cinq fois, fracture de l’extrémité inférieure d’une diaphyse fémorale ou de l'extrémité supérieure d’un tibia ; trois fois, fracture d’un con: dyle fémorale ; deux fois, un écrasement complet d'une articulation fémoro-tibiale; trois fois, une entorse ; deux fois seulement, une contusion simple au marteau d’une articulation fémoro-tibiale.

‘10 lapins étaient neufs : 6 d’entre eux ont recu 1/10Œ® de milligr. de bacilles et ont succombé an moyenne 50 jours après l’inoculation. Les témoins leur ont survécu 20 jours. Nous avons inoculé aux 4 autres 1/2® de milligr. de bacilles. Ils sont morts, en moyenne, au bout de 16 jours.

5 lapins avaient été rendus allergiques, 25 jours auparavant, par une injection intra-veineuse de 2 milligr. de bacilles tués par un séjour d’une demi-heure à l’étuve à 120°.

3 de ces animaux sont morts en 48 heures d’accidents allergiques, les 2 autres, en moyenne, 45 jours après l’inoculation. Quant aux témoins, ils leur ont survécu environ 5 mois.

À l’autopsie de ces 15 lapins, nous avons constaté des

lésions tuberculeuses viscérales plus ou moins étendues suivant la durée de leur survie et la quantité de microbes inoculés. Les fractures étaient généralement consolidées, souvent les articulations étaient ankylosées et les cals, exubérants pour la plupart et friables, se laissaient facilement écraser à la pince. Pas une fois nous n’avons pu constater de lésions tuberculeuses ni à l’œil nu, ni à l'examen des coupes histologiques des os ou des synoviales des articulations traumatisées.

En résumé, nous n’avons pas pu, chez des animaux bacillémiques, localiser par le traumatisme des arthrites ou des ostéites tuberculeuses. Nous avons constaté simplement qu’à la suite d’une déchirure vasculaire, des bacilles en circulation dans le sang pouvaient se fixer sur l’organe contus, y conserver leur virulence pendant un temps assez long sans y déterminer de lésions locales. PETROW, puis RIBERA Y SANS avaient déjà signalé la présence de bacilles tuberculeux dans la moelle osseuse d'animaux inoculés par voie sous-cutanée, péritonéale ou veineuse, alors que ce tissu paraissait absolument sain. Nous l’y avons nous-même trouvé bien que nous n’ayons fait cette recherche qu’un petit nombre de fois.

De ces résultats négatifs, nous ne pouvons certainement pas conclure que le traumatisme n’est pas capable de localiser une lésion tuberculéuse. Même sans tenir compte du degré de sensibilité à l’infection, inhérent à chaque espèce, animale, nous n’avons pu

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n°32 Tuberculine à 1/10

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réaliser nos expériences dans des conditions identiques à celles où se trouve un homme victime d’un accident. Nous avons cependant essayé de nous. en rapprocher le plus possible en utilisant des animaux allergiques. Il ne nous est toutefois pas permis de soutenir qu’une inoculation intra-veineuse de: bacilles tuberculeux à un animal allergique soit comparable à la « décharge » de bacilles libérés d’un foyer, latent ou évolutif, où ils étaient emprisonnés depuis un:temps parfois très long. D’autre part, comme nous. Pavons dit, nos animaux étaient anesthésiés au Numal lors de la réinoculation, non seulement dans le but de leur éviter des souffrances inutiles, maïs aussi parce qu’il est impossible de maintenir un animal immobike pendant plus d’une heure, même solidement attaché, surtout lorsqu'on le traumatise violemment. Or, nous avons pu constater que chez un chien allergique anesthésié au Numal, il ne se produit plus ou presque plus d’hyperthermie lorsqu'on lui injecte dans une veine une solution de tuberculine brute au 1/10°. L’hypothermie initiale figurée sur la deuxième des courbes ci-contre est identique à celle que l’on constate chez un chien non allergique, anesthésié au Numal. Peut-être ce produit n’a-t-il qu’une action sur les centres thermo-régulateurs. Il est fort possible aussi, que lPallergie soit modifiée sensiblement au cours d’une telle anesthésie.

La question du « terrain tuberculisable » doit avoir son importance dans le problème des localisations 1 aumatiques. C’est pourquoi nous avons tenté quel-

ques-unes de nos expériences sur des animaux fatigués, amaigris, plus ou moins anergiques. Malheureusement, ils n’ont pas supporté l’inoculation.

Enfin, il faut certainement tenir compte aussi de la virulence des germes. MM. BoQUET et LAPORTE, au cours d'expériences effectuées dans des circonstances variées, sur des animaux inoculés par les voies les plus diverses, en utilisant des bacilles humains ou des bacilles bovins de la souche Vallée, n’avaient pas observé de lésions appréciables du squelette. Ultérieurement, ils ont utilisé des bacilles bovins récemment isolés et entretenus en culture lisses sur des milieux à l’œuf. Inoculant dans le derme de lapins ces germes particulièrement pathogènes, à des doses variant entre un cent-millième et un dix-millionième de milligramme, ils ont pu réaliser des ostéites et des arthrites tuberculeuses.

En définitive, nous ne pouvons tirer de nos expériences des conclusions absolues. Nous retiendrons cependant qu’à la suite d’une rupture vasculaire, les bacilles circulants peuvent se fixer sur l’organe traumatisé et y demeurer latents ; il doit leur être possible lorsque les conditions de terrain leur sont devenues favorables, d'entrer en évolution et de déterminer des lésions, parfois longtemps après le traumatisme qui a provoqué la fixation du germe.

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