Thèse de Paris, 1888, p
r^0 revue de chirurgie
L’un des plus singuliers, n’ayant pas encore été, croyons-nous, observé dans les tumeurs cérébrales de l’homme, est connu en vétérinaire sous le nom d 'immobilité. L’animal 1 éprouve les plus grandes difficultés à avancer et surtout à reculer; quand on croise les membres antérieurs, c’est avec une peine extrême qu’il les ramène à leur situation normale. Dans d’autres cas, au contraire, ces cholestéatomes ne déterminent aucun symptôme pendant la vie sans qu’aucune différence, soit dans le volume, soit dans le siège de la tumeur,
vienne expliquer cette tolérance parfaite.
Quant aux tumeurs malignes, en outre des troubles fonctionnels propres à l’organe atteint, elles s’accompagnent des mêmes accidents de généralisation que chez l’homme. Les épithéliomas se propagent aux ganglions lymphatiques de l’organe envahi, les carcinomes se généralisent à distance et, comme chez 1 homme, les organes paiticu librement atteints par ces métastases secondaires sont, nous l’avons vu, le foie et le poumon. Quand la mort n’est pas le résultat de quelque complication brusque, hémorrhagie, asphyxie, étranglement interne, etc. , elle survient dans les memes conditions de cachexie finale. Souvent d’ailleurs, dès que leur situation est jugée sans espoir, les animaux sont sacrifiés sans laisser évoluer jusqu’au bout ou même se produire cette période de cachexie.
On a souvent répété que l’évolution générale du cancer chez les animaux était cependant moins grave que chez l’homme. L exemple le plus ordinairement invoqué est celui des tumeurs des mamelles chez la chienne. Celles-ci récidivent ordinairement après l’ablation, mais cette récidive se fait sur place; la généralisation est rare et tardive et souvent elle ne se produit qu’après huit, dix opérations successives. De meme dans l’épithélioma du pénis chez le cheval, il est assez fréquent de pouvoir, en cas de récidive, tenter plusieurs opérations successives sans que les ganglions soient envahis. Cette bénignité relative dans l’évolution peut déjà s’expliquer en partie par l’âge auquel surviennent les tumeurs chez les animaux. Chez l’homme aussi, quand les sujets atteints sont très vieux, n’observe-t-on pas le même ralentissement dans l’envahissement local, dans l’envahissement ganglionnaire et dans la généralisation? Il faudrait de plus, pour que les exemples invoqués aient une complète valeur, que le diagnostic ait été dans tous les cas fait avec la même rigueur que chez l’homme. Les tumeurs de la mamelle chez la chienne comprennent, ainsi que nous l’avons vu à l’anatomie pathologique, des adénomes, des épithéliomas kystiques, des enchondromes, des carci-
1. Leblanc, Recueil de médecine vétérinaire pratique , 1854, p. 946.
nomes. Ces productions, si différentes de marche et de pronostic, ont été souvent englobées, comme elles l’étaient d’ailleurs, il n’y a pas fort longtemps encore, chez l’homme, sous le terme commun de cancer. De même sous le nom d’épithéliomas du pénis du cheval n’at-on pas, dans quelques cas, décrit de simples papillomes? Le pronostic général se trouve faussé par cette adjonction de tumeurs bénignes aux tumeurs malignes. Cette confusion n’a pas toujours été évitée chez l’homme; des médecins de fort bonne foi ont souvent cru obtenir dans le cancer par tels ou tels moyens une proportion de guérisons considérables; cette proportion des guérisons donnait exactement celle des erreurs de diagnostic.
Il ne manque pas d’ailleurs en médecine vétérinaire d’exemples de tumeurs évoluant avec une rigueur aussi implacable que les pires cancers de l’homme. C’est surtout chez le cheval qu’elles ont été signalées, moins sans doute à cause de leur fréquence particulière chez cet animal que parce que, par suite de sa valeur, elles attiraient davantage l’attention. Trasbot1 par exemple rapporte, dans ses belles observations de tumeurs, un fait de sarcome chez un cheval criblant en moins d’un mois toute la surface du corps, les ganglions pulmonaires et abdominaux de noyaux de généralisation secondaires. Bernard 2 a rapporté chez le même animal un cas de carcinose aiguë généralisée, envahissant en quelques semaines le cæcum, le péritoine, le foie.
. Il est cependant une variété de tumeurs, les tumeurs mélaniques, où le pronostic est incontestablement moins grave chez l’animal que chez l’homme. — La mélanose du cheval évolue ordinairement avec une lenteur extrême, sa généralisation se produit tardivement et s’accompagne plus tardivement encore d’accidents graves, exception faite, bien entendu, des phénomènes purement mécaniques de compression. Fait plus singulier, des ulcérations produites sur les tumeurs mélaniques, en particulier sur celles de l’anus par le frottement des harnais, peuvent se cicatriser et guérir dès que cette cause d’irritation est supprimée. Trousseau et Leblanc rapportent une observation plus extraordinaire encore où, après l’ablation incomplète d’une tumeur mélanique, la cicatrisation se fit sur le tissu morbide laissé. — Cette bénignité relative de la mélanose du cheval est intéressante à mettre en opposition avec la malignité toute spéciale qu’ont d’ordinaire les tumeurs mélaniques de l’homme.
Chez les végétaux enfin, on trouve ce fait inattendu et qui montre