M. Bourgeois, lettre du 13 avril
4. Reynal, Recueil de médecine vétérinaire pratique , 1863, p. 309.
REVUE DE CHIRURGIE
pour en essayer d’autres plus incertains encore. Son devoir est de proposer et d’imposer une opération aussi précoce que possible sans s’attarder à des expériences thérapeutiques. Celles-ci dès lors ne peuvent plus être tentées que sur des tumeurs inopérables très étendues et très anciennes. Les difficultés dans ces conditions sont beaucoup plus grandes et les chances de succès beaucoup moindres.
Dans ces faits mêmes de tumeurs inopérables, les essais de traitement sont gênés pour beaucoup de substances par les craintes d’intoxication. Les quelques médicaments qui ont parfois paru avoir une certaine efficacité contre les tumeurs : le phosphore dans les lymphadénomes, l’arsenic dans les sarcomes, la ciguë si anciennement vantée dans le cancer, sont tous assez peu maniables. Le chlorate de potasse lui-même, dès qu’il s’agit non plus d’applications topiques, mais d’un usage interne prolongé contre le cancroïde, est moins inoffensif qu’il ne le paraît d’abord. Toute la série des médicaments antiseptiques, qui sont assurément ceux qui méritèrent le plus d’être essayés intérieurement et localement contre le cancer, 11e peut non plus être employée à doses un peu élevées sans ce danger d’intoxication. Chez les animaux atteints de tumeurs, ces diverses substances pourraient être données à doses aussi fortes qu’on pourrait le désirer et l’on serait bien sûr que ce n’est pas par une insuffisance de la dose qu il faut expliquer l’inefficacité du médicament. Et si le médecin était une fois certain d’obtenir une action thérapeutique par l’emploi de doses massives, assurément il hésiterait moins. Est-ce que dans les syphilis graves on n’emploie pas le mercure et l'iodure à doses qui atteignent l’extrême limite de la tolérance et que, si l’efficacité de ces substances était moins certaine, on n’oserait certes pas donner? Esmarch 4, dans ses aphorismes sur le cancer, rapporte une observation curieuse qui montre ce que pourraient peut-être certains médicaments employés à doses plus fortes que celles données jusqu’ici. Une femme atteinte d’un cancer de l’utérus inopérable était traitée, à titre de palliatif, par la liqueur de Fowler. Désespérant de guérir et connaissant la composition arsenicale du médicament, elle se mit à le prendre à doses énormes dans le but de s’empoisonner. La guérison complète aurait été le résultat de ces tentatives d’empoisonnement.
Reste enfin chez l'homme une dernière difficulté. Les expériences thérapeutiques pures ne sont chez lui ni faciles ni même admissibles. On n’oserait par exemple donner un médicament qui ne semble avoir aucune chance particulière d’agir et prolonger son emploi