TUMEURS DES TUBERCULES QUADRIJUMEAUX ET DE LA GLANDE PINÉALE
Connexions anatomiques et fonctions — Historique : Nothnagel, Bruns, Weinland. — Principaux symptômes localisateurs : troubles de la musculature oculaire interne et externe; leur pathogénie. — Les troubles visuels existent-ils? — L’ataxie cérébelleuse concomitante, et les tremblements. — '1 roubles de la station et de la marche. — Les hémiparésies et hémianesthésies par envahissement des libres motrices et du faisceau de Reil, dans les pédoncules cérébraux et le Pont. — Troubles de l’audition (tubercules quadrijumeaux postérieurs). — Symptômes exceptionnels : dysphagie, dysarthrie, glycosurie, priapisme, etc. — Tumeurs de la glande pinéale. — Criterium-synthèse.
Il n’existe pas, à notre connaissance, d’opération chirurgicale entreprise pour l’ablation d’une tumeur des tubercules quadrijumeaux : mais ces saillies ganglionnaires, par leur situation sous le bourrelet du corps calleux, ne semblent pas absolument inaccessibles. Elles sont parfois le siège de néoplasmes très limités, et la glande pinéale , qui les surplombe, est souvent transformée en une tumeur' pédiculée , facile à exciser.
A. — Connexions anatomiques et fonctions.
Les tubercules quadrijumeaux, principalement les antérieurs, en raison de leurs connexions avec les bandelettes optiques et les corps genouillés, ont été considérés comme des centres primaires de l’appareil visuel.
Ils ne jouent aucun rôle dans la vision proprement dite; et, aujourd’hui, on considère les tubercules antérieurs comme de simples centres réflexes des excitations visuelles, surtout pour les mouvements pupillaires .
Les tubercules quadrijumeaux postérieurs et les corps genouillés internes sont des centres de réflexion des excitations auditives,
historique
qui leur parviennent des faisceaux du nerf coçhléaire et de sa
dépendance, le corps trapézo'ide .
Les premiers, par l’intermédiaire des noyaux de la couche optique, sont en relation avec les centres corticaux de la vision
( scissure calcarine et régions voisines).
Les seconds ont des rapports analogues avec les centres corticaux auditifs de la région temporale.
Il ne sera donc pas surprenant que, parmi les manifestations des tumeurs de ces régions, on rencontre des troubles visuels
et auditifs. . .
Ajoutons que ces quatre éminences sont en rapport de voisinage avec les divers noyaux de la IIIe paire , situés aupiès de l’aqueduc de Sylvius, ainsi qu’avec ceux des nerfs pathétiques et de la VIe paire; qu’ils reposent sur les pédoncules cérébelleux supérieurs et sur le noyau rouge1', d’où les troubles cl incoordination MOTRICE.
Le faisceau longitudinal postérieur, qui associe les divers noyaux moteurs des yeux, dans les régions pédonculaires et ponto-bulbaires, se prolongeant jusque dans les cordons antérieurs de la moelle, est très voisin et peut être intéressé.
Enfin, ces néoplasmes s’étendent souvent à la couche optique, au bras postérieur de la capsule interne, ou descendent vers les pédoncules et la protubérance , où ils rencontrent les fibres sensitives (rubans de Reil) ou motrices', d’où la fréquence, à une période de leur évolution, des troubles sensitifs ou moteurs.
B. — Historique.
Dans la thèse de Lépine sur les localisations cérébrales (1874) on considérait encore les tubercules quadrijumeaux comme les noyaux d’origine des nerfs optiques, et leurs lésions semblaient devoir s’annoncer par des troubles visuels.
Le premier, Adamük indique que l’excitation des tubercules quadrijumeaux antérieurs produisait des mouvements associés des yeux (1870). — Prus, Topelenski, Bernheimer (1897-1899) ont, plus récemment, repris ces expériences et étudié ces mouvements oculaires plus en détail. Mais il ne laut pas oublier que ces effets peuvent être le résultat de l’irritation des noyaux moteurs sousjacents de la IIIe paire, ou des faisceaux longitudinaux postérieurs, quoique, cependant, il semble fort probable qu’il y ait là des
I. D’après Pawlow, les T. Q. transmettent les excitations lumineuses aux noyaux rouges et, par l’intermédiaire des faisceaux rut/ro-spinaux, à tous les muscles du corps, pour y maintenir le tonus et l'équilibre ( Arch . de Neurol., 1904, p. 41).
TUMEURS DES TUBERCULES QUADRIJUMEAUX
centres réflexes sus-nucléaires, en relation d’autre part avec le pli courbe , qui seraient 1 origine incitatrice des mouvements associés des yeux, au moins dans certaines conditions1.
G est Nothnagel qui esquissa d abord le diagnostic clinique des lésions des tubercules quadrijumeaux (1879 et 1889), indiquant deux symptômes principaux : les troubles des mouvements oculaires et l'citaxie.
En 1890, Ruel (de l’Université de Genève) fit une thèse intéressante sur la physiologie et la pathologie de ces ganglions.
Bruns, en 1894, essaya d’en préciser le diagnostic "différentiel avec les tumeurs cérébelleuses.
Enfin Weinland, en 1894, avec un cas personnel et deux faits empruntés à Ferrier et à Ruel, établit que les lésions des tubercules quadrijumeaux postérieurs occasionnaient des troubles auditifs du côté opposé 2.
Monakow montre toute l’importance des troubles ophtalmoplégiques, de la mydriase uni et bilatérale, et des troubles des réactions pupillaires à la lumière et à l’accommodation.
Raymond, dans ses leçons cliniques en 1901, publie un cas intéressant de tumeur des tubercules quadrijumeaux 3 et résume les principaux traits de leur symptomatologie, dont parlent également Bruns (1897) et Oppenheim (1903) dans leurs Traités i.
Adamuk (Centralblatt für die medicin Wissensch., 1870, n" S). — Prus [Wiener Klin. Wochen., 1899, n° 45). — Bernheimer [id., n° 52). — Topelanski ( Graefe’s Arch., 1897, n° 46).
2. Notnhagel, Topische Diagnostik des Gehimkrankheiten, Berlin, 1877. — Ch. Ruel, thèse de Genève, 1890. — Bruns [Arch. f. Psych., 1894). — Weinland [Arch. f. Psycli., 1894, p. 363).
3. Raymond, Cliniques, 1901, V. Voyez leçons XIV et XV, p. 222-242.
4. Oppenheim cite, parmi les auteurs qui le plus récemment se sont occupés des tumeurs de la région : Siebenmann [Zeitsch. für Ohrenheil., 1896). — Biancone [Riv. Sper., 1899, XXV). — Nissen [Jahrb. für Kinder heil k., IV . F., Bd. LIV, Ileft 5). — Neumann [Monat. f. Pyschol. und Neurol., 1901, Bd. IX). — Bach [Zeilschr. f.Augenheilkunde, Bd. I). — 11 donne enfin une bibliographie d’une nombreuse casuistique, comprenant 33 noms pour les T. Q., et 20 pour la glande pinéale.
Bibliographie d’Oppenheim : — 1° Tubercules quadrijumeaux : Seidel, Inaug. Diss., léna, 1881. — Bernhardt, Annuske, Duffin, Pills, Hoats, Hirlz, Klebs (Fuschel), Gowers, Nothnagel, Rosenthal. — Hénoch [Charité Annalen, p. 468).
— Heubner [Arch. f. Psych., 1882). — Taylor [The Lancet, 1893). — Brislowe [Brain, july, 1888, et Lancet, 1886). — Sharkey [Spasm, in Chronic nervous desease, London, 1886). — Nothnagel [Wiener med. Press., 1889, n° 3, et Brain, july, 1889). — V. Kraft-Ebbing [Wiener klin. Wochen., 1889). — Hoppe (Inaug. Diss., Italie, 1886). — Ruel [Phys, et Path. des T. Q., Genof., 1890). — Knapp [l. c.). — Kolisch (Zeit. f. Nervenh., Bd. IV, Heft 1 et 2). — Bruns (Arch. f. Psych., Bd. XXV, Heft 2, et Berl. Klin. Wochens., 1900, n0’ 25 et 26). — llberg [Arch. f. Psych., Bd. XXVI, Heft 2). — Weinland, Siebenmann, Biancone [loc. cil.). — Gangitano [Rif. med., 1S99). — Nissen [loc. cit.). — Van Oordt [Zeit. f. N.ervenheil., Bd. XV1IJ). — Collins [Amer. Journ , of med. Sc., oct. 1895), etc.
— 2° Glande pinéale : Blanquinque [Gaz. hebd., 1871). — Biermer-Wernicke, Masson [Lyon méd., 1872, n° 15). — Nieden [Centralbl. f. Nerven., 1879, n° 8). —
PRINCIPAUX SYMPTOMES LOCALISATEURS
q Principaux symptômes localisateurs.
Les principaux symptômes observés dans les eu ^
des tubercules quadrijumeaux, et considérés comrn l [
“a .isation, sont les suivants : Troubles dans
Mes de in station et de la marche , tremblements etc ç; - “ >
hémianasthésies, paraparésies, etc. ; — Troubles de l oui , ■ P
tionnellement : troubles de la mastication, de la déglutition, etc.
1» Troubles de /«motricité OCULAIRE.
Ils peuvent porter sur la musculature interne, et consistent en des troubles
’ig. 153. — Gliome du tubercule quadrijumeau antérieur droit (Tissier).
Fi». 154. — Envahissement du pédoncule cérébral droit, et de la partie antéro-interne du lobe sphénoïdal (Tissier).
pupillaires et de V accommodation : mydriase, absence de contraction réflexe à la lumière et à l’accommodation.
Les modalités observées sont diverses : inégalité ou dilatation pupillaire ; immobilité pupillaire, le pouvoir visuel étant intact (Hoppe, Leclercq, Neumann).
Dans le cas de Pantoppidan, il y avait mydriase et réaction lente des pupilles (tumeur de la glande pinéale); — dans celui
Feilchenfeld (Neurol. Centralbl., 1885, n° 18). - Bouchu Hors ter Beinhold tArch. f. Klin, méd., 1886, Bd. XXXIX). — Pantoppidan (Neurol. Central., 188b, p. 353, nnd llosp. TuL, 1887, 3). — Daly (Brain, july, 1887). — Leclerc [Rev. de méd 1887). — Schulz ( Neurol . Central 1886). — Zenner ( / lie Aliemst and Nenrot., 1892, XIII). - OrIc (Bril. med. Joum., 1898). — Joukowski (Rev.. mens, des mal. (le l’enfance, 1901). — Ganderer (Zur Casuistik der Zierbeldruse, Diss., Giessen, 1889).— Gutzelt (Diss. Itœnigsberg, 1890).— Hæsselin ( Munch . med. Wochen., 1896, 13). — Kny (Neurol. Central., 1889, 10). — OEstreieh-Slawyk (Virchow’ s Arch., 1899, Bd. CLVII). — Neumann (loc, cil.).
TUMEURS DES TUBERCULES QUADRIJUMEAUX
de Tissier, mydriase plus marquée à droite, moins à gauche (gliome
rougeâtre du tubercule quadrijumeau antérieur, fig. 153); de
\on Hæsselin, pupilles dilatées (tumeur de l’épiphyse); de Scar-
patelti, faiblesse de 1 accommodation et du réflexe pupillaire (sarcomegros comme une noix, dans la couche optique et le tubercule quadiijumeau antérieur); — deBiancone, légère anisochorie, pupille droite plus grande que la gauche (sarcome, ayant comprimé les tubercules quadrijumeaux postérieurs et envahi l’antérieur).
On note encore, dans quelques cas, le défaut de convergence (AAeinland), la paralysie de l’accommodation. Des convulsions de l’accommodation ont été observées par Knapp1 2.
Dans le cas de Tissier, chez un homme de vingt et un ans, il y eut, plusieurs années avant, des céphalalgies intermittentes, des spasmes de la face, des crises d’épilepsie. La marche devint pénible, hésitante; mais il ne trébuchait pas. Le début eut lieu en 18<S2, et c est seulement en 1888-89 que la maladie acquit toute sa force. On observa de l’hémiplégie gauche avec contracture faible. Acuité vis. : O. D. 1/10% champ visuel rétréci, surtout à droite, au point de se rapprocher de l’hémiopie horizontale. Mydriase marquée à dr., moins à g. ; les pupilles réagissent très peu à la lumière. A 1 autopsie : au niveau du T. Q. antérieur droit, masse rouge, de consistance gélatiniforme, de la grandeur d’une pièce de 1 fr. (gliome). Le T. Q. postérieur du même côté est sain. Mais le néoplasme a fusé dans le pédoncule cérébral droit, surtout dans l’étage inférieur, et a envahi la partie antéro-interne du lobe sphénoïdal (voy. fig. 153, 154). — Le malade n’avait ni ophlalmoplégie externe, ni ataxie. A cause de cela, on ne pouvait penser qu’à une tumeur de la base; et, de fait, la lésion était étendue de ce côté.
Au contraire, chez le malade de Raymond, qui présentait, très accusés, les symptômes ordinaires de l’ophtalmoplégie, les pupilles réagissaient bien à la lumière, etaux efforts d’accommodation : gros tubercule solitaire dans la moitié droite de la protubérance, s’étendant jusqu'au voisinage des tubercules quadrijumeaux ptostérieurs (fig. 155, 156).
Tous ces faits, en somme, confirment l’importance du rôle des tubercules quadrijumeaux dans les réflexes pupillaires, ainsi que l’admettent les physiologistes.
Relativement à la musculature externe (111% IV% VIe paires), les
1. Panloppidan ( Neurol . Cenlralbl, 1883, et Arch. de Neurol., 1 SS7. 1, p. 233). — Tissier {Annales de méd., 18 janv. et lor fév. 1S93). — Von Hæsselin (Rev. Neurol., 1897, p. 28). — Scarpatelli (Arch. f. Psych., 1S9S, p. 182, et Rev. Neurol., 1897, p. 69). — Biancone ( Rivista die Freniatria, 1S99, p. 730, et Rev. Neurol., 1900, p. 432). — Weinland, Knapp ( loc . cit.).