III. — Tumeurs de la fosse antérieure
Les tumeurs de la fosse cérébrale antérieure naissent aux dépens des méninges de la région, des voûtes orbitaires, ou de la partie intercalaire de l’ethmoïde(lame criblée, apophyse cristagalli, planum, etc.)
Tantôt elles détruisent, peu à peu, la voûte de l’orbite, et donnent lieu aux symptômes d’une tumeur intra-orbitaire\ assez souvent, elles se propagent d’avant en arrière, et rencontrent, vers le bord des petites ailes, la fente sphénoïdale et les organes qui la traversent: première branche du trijumeau, nerfs moteurs de l’œil; et, plus en dedans, vers le trou orbitaire , un des nerfs optiques est fréquemment intéressé.
Sur la ligne médiane sont les nerfs olfactifs , qui se trouvent les premiers atteints, dans toute l’étendue de la lame criblée.
En haut, ces tumeurs se creusent une loge, dans les lobes frontaux , qui sont comprimés ou détruits.
Ces rapports anatomiques expliquent les symptômes les plus communément observés, dans ces néoplasmes, dont les observations cliniques sont assez rares.
En première ligne, il faut citer une anosmie uni ou bi-latérale, due à l’altération des olfactifs, si la tumeur est médiane et voisine : mais ce symptôme échappe parfois à l’observation, parce qu’on n’en fait pas la recherche; — puis, se manifeste une arnhlyopie , avec atrophie du nerf optique correspondant, ce
1. Rosenthal ( OEst . med. Jahrbuch, 1891, p. 236, et thèse de Picard, Paris, 1899, p. 26). — Vassal et Le Fort (Soc. anat., 1891, p. 34). — Grenet, Société anatomique, 1898, p. 90. Ce dernier auteur cite les faits de tumeurs opto-pédonculaires de Monat, Paux, Slarr, Jaboulay, Willebrand, Leber, etc., et aussi de Powers, Bamba, Lawrence, Furster, indiqués dans l’ouvrage de Willebrand (Ueber Hémianopsie , Berlin, 1881), et de YViesmann, 1890. Cysticerque inlerpédonculaire, paralysie des quatres membres. — D’après lui, la coexistence de paralysies des membres et des troubles de la vision , pourrait permettre, dans certains cas, de distinguer une tumeur du losange oplo-pôdonculaire d’une tumeur du corps pituitaire. — Raymond ( Cliniques , V, 1901, p. 139-172).
dernier ayant été intéressé, près du trou optique — dans plusieurs cas, on a observé des hyperesthésies ou des hypoesthésies, dans le domaine de la première branche du trijumeau ou nerf de Willis, — enfin, des troubles dans la motilité des globes oculaires , par altération des nerfs moteurs, qui traversent la fente sphénoïdale.
L’irritation ou 1a, compression des lobes frontaux , par le néoplasme, entraîne quelques troubles particuliers, assez fréquents : démence, stupeur, tendance à ta jovialité, non fusion mentale, tacilurnité , etc.
Si 1 action mécanique est assez intense pour agir sur les fibres motrices et sensitives do la capsule interne, on constatera des hémiparésies et des hémianesthésies , du côté opposé du corps.
Enfin, si le lobe frontal gauche est plus particulièrement en cause, de la dysarthrie, des troubles aphasiques feront leur apparition.
Quelques exemples montreront la réalité clinique de cette symptomatologie.
Le chirurgien italien Durante opéra une première fois, en 1884, une jeune femme de vingt-cinq ans, qui présenta comme premiers symptômes une perle de l’odorat datant d’un an, un affaiblissement de la mémoire, de la mélancolie, un étal de taciturnité très accentué ; en même temps, l'œil gauche était très abaissé et dévié en dehors. Se basant sur les troubles psychiques observés, on crut à une tumeur comprimant le lobe frontal. Elle fut heureusement extraite. Du volume d’une pomme et du poids de 70 grammes, elle occupait la lame criblée qu’elle avait détruite, s’avançant en arrière jusqu’à l’apophyse crista-galli. La malade resta complètement guérie pendant douze ans. Après ce temps, le sarcome fuso-cellulaire récidiva sur la partie voisine de la faux de la dure-mère, et donna lieu, exactement, à des symptômes du même ordre : anosmie, globe oculaire dévié, troubles psychiques, délire religieux, paroles obscènes, etc. Elle fut opérée une seconde fois avec succès '.
Oppenheim, dans un cas personnel, pour une tumeur du volume d’un œuf de poule, occupant le toit orbitaire gauche, ayant pénétré complètement dans le lobe frontal gauche, qui était un peu ramolli au voisinage, observa : au début, des douleurs et de Y engourdissement dans la moitié supérieure gauche du visage, puis de Yhypoesthésie et de Y affaiblissement du réflexe cornéen et pupillaire gauche (4re branche du trijumeau, nerf de Willis), de la contracture réflexe du facial gauche ; puis,
t. Durante ( Bollelino de la Reale Academia di Roma, 1885 et 1896) et Cliipault (Chic, nerveuse, 1903, III, 322, 328).
TUMEURS DE LA FOSSE ANTÉRIEURE
de la faiblesse et de Y engourdissement dans la moitié droite du corps, du tremblement dans le bras droit , de Y hémiparésie droite, une démarche un peu titubante (ataxie frontale de Bruns), de la démence légère avec un peu de stupeur, une tendance à 1 hilarité, et enfin, de la confusion mentale et de Y aphasie partielle. Le premier symptôme fut donc le résultat de la compression de la première branche du trijumeau; et s ajoutèrent bientôt des troubles dépendant de la compression et de 1 altération du lobe frontal (démence, hémiparèsie, etc *).
Griffith et T. Steele Scheldon, dans un cas de tumeur bilobée (sarcome), ayant l’aspect d’un cervelet, la couleur et le volume d’un rein, divisée par un sillon en deux hémisphères, et comprimant les deux hémisphères cérébraux , surtout le gauche, sous lequel était le lobe le plus volumineux, chez une femme de vingttrois ans, après une première phase constituée par une névralgie intense dans la partie gauche de la face, de la céphalée occipitale, des accès d’obscurcissement de la vue et d’affaiblissement de l’ouïe (on crut à de l’hystérie), virent apparaître des phénomènes caractéristiques : un léger strabisme gauche, de Y anosmie gauche, une névrite optique double, et une hémiplégie gauche transitoire-, plus tard, il y eut atrophie papillaire grisâtre des deux côtés, et l’œil gauche devient amaurotique ; puis, l’œil droit fut atteint à son tour, et ne perçut plus que la lumière; il y eut de Y anesthésie à droite du corps; et, peu avant la mort, la vue, le goût, l’ouïe et l’odorat étaient complètement abolis; excitation maniaque, état vertigineux, convulsions; mort dans le coma1 2.
Dans quelques cas rares, ces tumeurs, par action sur les lobes frontaux, produisent un étal démentiel, qui masque les autres phénomènes. Il en était ainsi chez un malade de G. Muggia, pellagreux, tout à fait dément, qui ne présenta d’autres symptômes que, dans les derniers temps, une faiblesse des membres inférieurs : il n’eut jamais ni céphalée, ni vertiges, ni affaiblissement de la vue, ni convulsions : à l’autopsie (voir fig. 68-69, p. 185) on trouva une tumeur de 102 grammes, médiane et comprimant de bas en haut les deux lobes frontaux, tirant son origine de la dure-mère, qui revêt la lame criblée de l’ethmoïde, depuis l’apophyse crista-galli jusqu’au chiasma; le gyrus rectus de l’un et l’autre hémisphère était écarté et refoulé, ainsi que les bandelettes olfactives : aucune autre lésion des parties nerveuses voi-