II. — Diagnostic différentiel
Les circonstances dans lesquelles les affections pathologiques simulent les tumeurs encéphaliques offrent deux aspects différents : tantôt elles présentent un des signes du syndrome assez accentué, pour en imposer et faire supposer l’existence d’un néo-
1. On remarquera aussi l 'allure clinique des hémianopsiques , si bien décrile par Raymond.
DIAGNOSTIC
plasme; tantôt elles offrent un tableau clinique assez fidèle , et plus ou moins complet, du syndrome.
Nous avons insisté sur les premières. Quoi de plus commun, en effet, que la céphalée, les vomissements, les vertiges, et même la torpeur cérébrale? — Les convulsions apparaissent dans nombre de maladies de l’encéphale, ou même du reste de l’organisme.
Et l’oedème papillaire, considéré comme pathognomonique, se rencontre aussi, quoique avec des allures différentes, dans un certain nombre de faits pathologiques que nous avons signalés.
Nous n’aurons maintenant en vue que les maladies qui présentent un tableau clinique assez comparable à ceiui des tumeurs cérébrales et surtout à celui de leur syndrome commun.
Nous étudierons successivement, à ce point de vue, les maladies de V encéphale-, les psychoses et les névroses ; et les maladies générales qui retentissent sur les centres nerveux, principalement * les intoxications.
A) Maladies aiguës de l’encéphale.
Les méningites aiguës s’accompagnent de céphalée, de vomissements, de torpeur cérébrale, et quelquefois même de névrite optique; il s’y ajoute des convulsions et des contractures, et, dans quelques cas, des symptômes de lésions localisées. Mais leur marche rapide, le délire, l’élévation de température, la raie méningitique, le signe de Kernig, le ventre rétracté, etc., éclaireront suffisamment le diagnostic.
Celui-ci ne devient réellement embarrassant que dans les méningites tuberculeuses localisées , ou dans certaines formes de méningite chronique à foyer limité, le plus souvent sous forme de plaques ou de noyaux d’induration. — C’est ainsi que, dans le cas de Crouzon déjà cité (p. 216, fig. 96), en présence d’attaques d'épilepsie jacksonnienne, localisées dans la face et les membres du côté gauche, on se décida à trépaner sur la région motrice : mais on ne trouva pas la lésion, qui, à l’autopsie, se présenta sous l’aspect d’une plaque de méningite, à la pointe du lobe temporal, contiguë à la région rolandique1.
La tuberculose méningée en plaques, en foyers localisés, signalée par Raymond et Lenz, donne lieu aussi à des symptômes de foyer (herd- symptôme) : mais, en général, le processus est rapide, et l’aspect clinique est à la fois celui de l'encéphalite et
1. Voir aussi un cas de Raymond, opération de Chipaull (Chip., Trav. neuroL, 1899, IV, 8).
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
des néoplasmes. Il y a, ordinairement, des poussées tébriles et des périodes d’élévation de température.
Dans toutes les formes de méningite, ou d’encéphalo-méningite, la ponction lombaire et le cyto- diagnostic fournissent un précieux concours pour le diagnostic, par la constatation, dans le licjuide céphalo-rachidien, des leucocytes (méningite purulente), des poly- et des mono-nucléaires, et quelquefois des bacilles de la tuberculose. On se souviendra de la formule clinique, aujourd’hui généralement adoptée : polynucléose-méningite cérébrospinale, et lymphocytose-tuberculose (Lévi)1. Dans les tumeurs cérébrales, il y a absence de leucocylose, sauf quand il existe en même temps une poussée de méningite, comme dans le cas de Gombault et Halbron, où on constata de la polynucléose, puis de la lymphocytose, deux mois plus tard 2. — Enfin on pourra avoir recours aux inoculations d’épreuve du liquide céphalorachidien suspect, chez les animaux. D’après Marie Hirschorn, en cas de méningite tuberculeuse, le cobaye inoculé devient toujours tuberculeux, et ne le devient jamais en son absence3.
La pachy méningite hémorragique, alcoolique ou autre, par l’épanchement sanguin entre les feuillets des méninges, détermine une compression comparable à celle des néoplasmes, et par suite les signes du syndrome plus ou moins complets, et assez souvent de l’ œdème' papillaire : mais celui ci est ordinairement unilatéral. D’autre part, la pachyméningite a deux périodes bien distinctes, l’une de congestion et d’excitation cérébrale, l’autre apoplectiforme; et, étiologiquement, elle est souvent due à l’alcoolisme ou à la syphilis.
Dans les hémorragies de la base , le sang forme parfois un hématome de la gaine d’un ou des deux nerfs optiques, ce qui explique les troubles de la stase papillaire ou de la névrite optique. 11 s’agit alors, le plus souvent, d’hémorragies étendues, comme celles qu’on observe à la suite des ruptures anévrismales des grosses artères.
Les hémorragies cérébrales, par le début brusque, par l’ictus, se distinguent aisément des néoplasmes — et si, dans quelques ramollissements, on peut observer des lésions papillaires, jamais il n’y a de signes de compression réelle, comme dans les tumeurs.
1. Lévi (Soc. de Biol., 1902, p. 869) et Démangé (Th. Paris, 1902).
2. Gombault et Halbron (Soc. de Neurol., et liev. Neurol., 1903, p. 741).
.1. Marie Hirschorn, Virulence du liquide céphalo-rachidien dans la méningite tuberculeuse, Th. Paris, 1903.
DIAGNOSTIC
Dans la polio-encéphalite , dans Y encéphalite aiguë , Wernicke, Schultze, Oppenheirn, ont trouvé, maintes fois, de la névrite optique et des hémorragies rétiniennes; mais, là encore, la marche des symptômes fait faire le diagnostic.
L’embarras du clinicien est plus grand dans les cas d’ABCÈs CÉRÉBRAUX. Le tableau clinique est assez comparable , au premier abord, à celui de certaines néoplasies à marche rapide. Mais, dans l’abcès, l’évolution est aiguë ; les troubles de la conscience et la torpeur cérébrale, le ralentissement du pouls, arrivent en quelques jours, et les symptômes de foyer, quand ils existent, présentent un caractère apoplectique. L’ œdème papillaire est ordinairement unilatéral , et du côté de la lésion. Il existe une fièvre rémittente, à. rémission matutinale ou vespérale, des frissons, des sueurs, qui indiquent un processus purulent.
D autre part, l’importance du diagnostic étiologique est grande : car I’abcès cérébral provient, soit d’une suppuration de voisinage (otite purulente, affection des sinus crâniens, ostéite de la base), soit enfin d 'un traumatisme .
On peut dire que, dans la plupart des cas, où il n’existe pas de suppurations de cavités osseuses du crâne, Y abcès est à éliminer; car les collections purulentes d’autre origine sont fort rares.
Il peut arriver, cependant, qu’un malade atteint de tumeur cérébrale fasse un abcès otitique. Oppenheirn dit avoir eu à faire le diagnostic de la coexistence des deux affections, dans un cas où il y avait à la fois tumeur , otite et aphasie. D’autre part, Ferreri a rapporté l’histoire d’une jeune fille chez laquelle, à la suite d’une otite purulente, on évacua un abcès cérébelleux, auquel succéda, quelques mois plus tard, un myxosarcome 1 .
Les abcès cérébraux cl'origine' otitique ont deux sièges favoris, presque constants : le lobe lemporal-sphènoidal et le cervelet.
Dans les deux cas, on observe : 1° des symptômes de suppuration; 2° des symptômes, souvent prédominants, d’ hypertension cérébrale et de compression, en particulier une céphalée continue, avec exacerbations coïncidant avec les accès, de fièvre vespérale, du ralentissement du pouls, du myosis, de la stase papillaire, de la torpeur, etc. ; 3» des symptômes de localisation.
Si l'abcès est temporal, les symptômes localisateurs pourront consister en des paralysies, hémiplégies ou hémiparésies , en une parésie brachio- faciale, plutôt qu’en une monoplégie, qui est rare (cas récents de Kirmisson, Nanu); mais, le plus souvent, les vrais
1. G. Ferreri ( Annali di medicina navale, 1900, p. 145, et Rev. neurol., 1900, p.559).
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
signes de localisation seront : la surdité bilatérale, la surdité verbale pure et plus encore l'aphasie sensorielle (amnésie verbale, alexie, agraphie, etc., cas de Mignon, Ilammerschlag, Merkens, Van Gehuchten et Goris, etc.). — Dans quelques cas, où la collection était située plus en arrière, vers le lobe occipital, on a signalé de l'hémianopsie (Lannois et Jaboulay)1 2.
Si le siège de l’abcès est cérébelleux, ce qui se rencontre surtout chez les adultes , on pourra constater une céphalalgie occipitale, de la roideur de la nuque, des vertiges et de la titubation ébrieuse (cas récents de Dieulat'oy, Lombard et Caboche, Bourgeois, Gaudier, etc.) -.
Dans les cas obscurs, à manifestations uniquement diffuses, le diagnostic de complication cérébrale pourrait encore être établi par la recherche de l'œdème papillaire , que Gradenigo dit avoir rencontré dans la moitié des cas d'otite purulente avec lésions cérébrales, et quelquefois comme seul symptôme; ou par la ponction lombaire (liquide céphalo-rachidien trouble, polynucléose, etc.) 3.
Les abcès cérébraux traumatiques peuvent occuper une partie quelconque de l’encéphale : car ils résultent d’une infection des
1. Kirmisson, enfant de 3 ans, otite suppurée; hémiplégie et contracture, quelques phénomènes méningés, pas de fièvre; évacuation d’un abcès sous la zone rolandique, guérison (Soc. de Chir., 1899, et Rev. neurol., 1900, p. 243). — Nanu ( Congrès de Paris, 1900, p. 301) : céphalalgie, hémiplégie totale à gauche; craniectomie temporaire; évacuation d’un abcès de 100 grammes* dans la région temporale. — Mignon, Complications des otites, Doin, 1898. — Hammerschlag : céphalée, troubles du langage; abcès gros comme une noisette, bord postérieur de T2 rP (Rev. neurol., 1S99, p. 315). — Merkens : 25 cas d’abcès otogènes du lobe temporal gauche, aphasie motrice parfois pure, parfois associée à de la. cécité, à de la surdilé verbale ; 7 cas d’agcaphie. Ces troubles sont causés par la lésion des fibres d’association de la substance blanche, et non par celle des centres ( Deutsch . Zeit. f. Chir., 1901, et Rev. neurol., 1902, p. 455). — Van Gehuchten et Goris : surdité verbale pure ; absence de cécité verbale; perte de la parole répétée; paraphasie et paragraphie transitoires. Trépanation, évacuation d’un abcès temporal. Guérison complète et rapide (Névraxe, 1901, p. 565, et Rev. neurol., 1903, p. 156). — Lannois et Jaboulay (Rev. Intern. Rhin., 1896, p. 378).
2. Dieulafoy : céphalée à prédominance occipitale, grands vertiges, perte de l’équilibre, titubation à forme ébrieuse; chute avec ictus et vomissements répétés; puis somnolence et torpeur; parésie des Vl" et VIU paires à gauche. Abcès du volume d’une noisette siégeant à la partie antérieure du lobe cérébelleux, près le corps dentelé. Un mois avant : otite suppurée, maintenant disparue (Presse méd-, 1900, p. 313). — Lombard et Caboche : otite, paralysie faciale, vomissements, vertige dans la position assise; excitation cérébrale, malade contracturé, couché en chien de fusil (Soc. anal,., 1900, p. 723), — Bourgeois : Abcès oli tique du cervelet, th. Paris, 1902. — Gaudier (Soc. de Chir., 1 SOS). Voir aussi, Roncali : abcès olitiques cérébraux et cérébelleux (in Chipault, Chir. nerv., III, 1903, p. 190 et 223).
3. Gradenigo (Gaz. meiL di Torino, 1898, p. 821, et Rev. Neurol:, 1899, p. Ml).
DIAGNOSTIC
centres nerveux , sur place, ou à distance . — Ils apparaissent, plusieurs jours, quelques semaines, un mois, ou plus, après te traumatisme. — Il sont faciles à reconnaître lorsqu’il y a enfoncement du crâne, pénétration djune esquille, et que se développent des phénomènes généraux : céphalée, fièvre, température élevée, somnolence, torpeur, affaiblissement graduel de la vue, hémiplégie, aphasie, faiblesse des jambes, etc., comme dans les cas récents de Peraire, de Solder et Delagénière : on trépane au nneau de la dépression crânienne, et l’abcès est généralement trouvé à son voisinage.
Mais, lorsque la collection purulente survient, après un traumatisme sans plaie, après une simple commotion, le diagnostic est plus ditficile. Dans quelques cas, aux symptômes généraux s ajoutent des signes de localisation , qui en indiquent le siège : tantôt des attagues d épilepsie jacksonnienne très nettes , ou une hémiplégie (cas de Hirtzd : un mois après le trauma, paralysie du bras droit et épilepsie jacksonnienne, guérison d’un abcès du volume d une noix, dans la région motrice); tantôt de la gène de la parole ou des troubles aphasiques (abcès du lobe temporal gauche; cas de Hirtz et Delamare); ou encore de la raideur de la nuque, des vertiges, de la titubation ébrieuse, de Y hémianopsie, de la paralysie oculaire, qui mettent en cause les parties postérieures (lobe occipital, troubles occipito-cérébelleux, ou le cervelet : faits de Gangitano, Caselli, Reverdin et Valette, de Roncali (où il y eut, en outre, contracture généralisée, par ouverture de l’abcès dans les ventricules).
Matile et Bourquin, chez un enfant, qui, trois semaines après un traumatisme du Iront, eut de la céphalée, des accès épileptiformes, suivis d’une hémiplégie flasque, de la stupeur, de la somnolence, etc., trépanèrent au niveau de la plaie frontale, ouvrirent un abcès du lobe frontal, et, quelques jours après, un second abcès du lobe temporal découvert par la ponction : la guérison fut complète.
Dans tous ces cas traumatiques, la cause des abcès est une infection; et cela même quand il n existe pas de plaie cutanée', car, ainsi que l’ont établi les expériences de Netter et de Ernst Ehrnrooth, chez les animaux inoculés par une culture micro-, bienne, les traumas du crâne sans plaie déterminent aisément un abcès cérébral, contenant les mêmes microbes que ceux qui ont été inoculés '.
I. Peraire ( Congr . Int. de Paris, 1900, p. 290). — Sollier et Delagénière (Rev. Neurol., 1901, p. 1103). — Hirtzd (Soc. mdd. des IIôp., 1899, cl Rev. Neur., 1900, p. 22). — Hirtz et Delamare (Soc. des IIôp., 1902, p. 413). — Gangitano, Caselli
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
Les abcès cérébraux infectieux proprement dits offrent une marche insidieuse et une obscurité plus grande encore du diagnostic.
On en a signalé, dans ces derniers temps, des exemples remarquables, à la suite de la fièvre typhoïde, de la grippe, des pneumonies; et parfois, l’origine causale en est inconnue (cas de Lagriffe). — Quelquefois, il y a des troubles moteurs , de Yépilepsie localisée , ou des paralysies (cas de Vanzetti, de Cassel-Brown), ou des troubles mentaux très accusés (faits de Dupré et Heitz), qui indiquent leur siège.; mais bien souvent, on n’a constaté que des symptômes de méningite (cas de Klippel, de Lagriffe, etc.). — Dans un cas de Cassirer, il y eut une hémianesthésie et une hémiplégie alterne ; et on trouva l’abcès dans la moitié droite de la protubérance h
Les traumatismes CRANio-cÉRÉBRAux, par les épanchements sanguins qu’ils déterminent, soit sous les méninges, soit dans la pulpe cérébrale; par les plaques de méningite et d’encéphalite, par les adhérences entre les enveloppes, et quelquefois même, par les abcès ou les kystes dont ils sont d’origine, peuvent donner lieu à un ensemble de symptômes cliniques , qui simulent ceux des néoplasmes : de la céphalée, des vomissements, des vertiges, un état de somnolence et de torpeur et, assez souvent, des convulsions et de la ski uung s papille 2.
J’ai signalé ailleurs l'observation bien intéressante deKorteweg, Van Eyk et Winkler, où un traumatisme du crâne engendra une
(In Chipault, Clrir. nerv., 111, 1003, p. GS). — Reverdin et Valelle ( Suisse romande , 1902, p. 469). — Roncali (Rev. Neurol ., 1901, p. 185). — Matile et Bourquin ( Suisse rom., 1902, p. 145). — Ernst Ehrnrooth (Congr. de Neurol. Paris, 1900, et Rev. Neur., 1900, p. 748 et 792). — Il est des cas réellement obscurs et d’un diagnostic presque impossible, comme pour ce malade d’Oppenheim et Lenormanl, chez lequel on crut successivement à une lièvre typhoïde, aune méningite grippale, et à un abcès; la craniectomie faile par Lenormanl, et plus lard l’autopsie, montrèrent qu’on se trouvait en présence d’un vaste épanchement sanguin inlra-arachnoïdien, et d’une fracture de la base du crâne, insoupçonnée, en raison de l’absence des commémoratifs (Bull. Soc. Anal., 1900, p. 10S7)4
1. Vanzetti (Huit. Acad, di Torino, 1900, et Rev. Neurol., 1900, p. 1091)
Cassel-Brown Fièvre typhoïde, abcès cérébral, pus 100 gr. à staphylocoque dore ( The Edmb. Med. Journ., 1900, p. 228, et Rev. Neurol., 1901, p. 21). - Dupré et Heitz (Soc. de Neurol., et Rev. Neurol., 1902, p. 372) — Klippel (Soc ^ NewoR, 1899, et Rev. Neurol., 1899, p. 794). - Lagriffe (Arc/,, de Neurol.', 1901 , p. 289). - Cassirer (Arch. f. Psycli., 1902, et Rev. Neurol., 1903
p. JUo).
2 Au point de vue de la Séméiologie clinique, Chipault divise les accidents tardifs des traumatismes crdno-cérébraux en trois catégories : cas de svmp tômes psychiques épileptiques, hémiplégiques, parfois avec aphasie (Chir.
nerv.) 1, 1 U (J 2 , p. 187). v
DIAGNOSTIC
cicatrice vasculaire duro-jnale, opérée par Korteweg, qui, pendant dix années, avait donné lieu à de fréquentes crises d’épilepsie Bravais-jacksonniennes, précédées d’un aura intellectuel (v. p. 209). . >
Dans les cas d' adhérences des membranes d’enveloppe entre elles et avec la substance nerveuse, de même que dans les ostéites chroniques localisées, atrophiques ou hyperthrophiques du crâne suites d’un traumatisme, on voit survenir parfois des céphalées intenses et rebelles , bien localisées, avec ou sans crises convulsives. Les malades éprouvent des pesanteurs de tête, des vertiges, des éblouissements, dès qu’ils inclinent la tète en avant, ou qu’ils congestionnent leur cerveau. — Un jeune étudiant de l’École centrale, que nous avons observé, éprouvait, depuis un traumatisme du crâne, remontant à plusieurs années, des céphalées pénibles et un état vertigineux, qui avaient fini par créer une inaptitude complète au travail; le crâne était atrophié, aminci comme une feuille de papier, dans l’étendue d’une pièce de 2 francs, au niveau de la région pariétale supérieure, et adhérent aux méninges ; la résection de la partie altérée fit cesser les accidents. Terrillon a aussi rapporté des faits de ce genre.
Je rappellerai le cas de Babinski, déjà cité dans cet ouvrage (p. 22) : une dame, après une chute de bicyclette, eut des céphalées croissantes, intolérables, une amblyopie par névrite optique double, des hémorragies rétiniennes, des vomissements, etc. ; une large craniectomie fit disparaître la céphalée, les vomissements, et, quinze jours après, l’étranglement papillaire. Chesneau, dans un cas traumatique, plus grave encore, obtint par la trépanation, quoique faite tardivement, le retour à une vision presque normale [id., p. 22).
Grainger-Stewart a publié un cas, où une céphalée inlense, consécutive à un traumatisme de la tête, était accompagnée de névrite optique ; à l’autopsie, on ne trouva rien : mais, ce ne saurait être là une contre-indication à la craniectomie, du moment où les symptômes sont assez sévères pour la justifier, d’autant qu’elle est sans gravité par elle-même *.
Panas a observé de l’œdème papillaire après une fracture
In Oppenheim. — Nous rappellerons, ici, l’importance .du chromo-cliagnostic du liquide céphalo-rachidien, dans les cas traumatiques. Un liquide .jaunâtre ou jaune verdâtre reconnaît une cause pathologique (méningite, ictère, hémorragie médicale ou chirurgicale du névraxe). S’il est rouge, sanglant, rosé, couleur chair, l’hémorragie est récente. Si, par la cen trifugalion, le liquide apparaît clair au-dessus du culot, la teinte rouge était l'cfTct d’une
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL 495
récente de la base du crâne ; et Schulten dit que celui-ci n’apparait que dans les cas de fracture compliquée.
Ajoutons, en terminant, que, quand après un traumatisme crânien, remontant à plusieurs années, on constate le syndrome des néoplasmes, il faut penser qu'il peut réellement s'agir d'une tumeur : car le traumatisme est un fadeur pathogénique important de ces productions morbides.
Mais il y a des cas d’une interprétation réellement très difficile. Tel celui d’Anglade et Chocreau, où, cinq ans après une fracture de la base du crâne, qui n’avait laissé d’autre trace que de la surdité et un peu de paralysie faciale, le malade fut atteint de céphalées, de crises convulsives, auxquelles, peu à peu, succédèrent un état de torpeur, do l’affaiblissement intellectuel, de la démence, et de l’idiotie; il mourut dans un asile d’aliénés; et on trouva un peu de méningite de la base et des ramollissements linéaires des lobes temporaux, selon le irait de fracture. Sans doute, il s’agissait d’un cas d’infection tardive.
Une malade de J. Abadie (de Bordeaux), âgée de seize ans, eut à l’âge de sept ans un trauma crânien, avec enfoncement de l’occipital. Puis, on observa peu à peu des crises de céphalée et d’épilepsie jacksonnienne, une mydriase double, une diminution de l’acuité visuelle, et une hémianopsie bilatérale. Il y avait névrite optique double avec œdème considérable des papilles; tous ces symptômes pouvaient faire penser à l’évolution d'une tumeur. La malade guérit par le traitement mercuriel, quoique non syphilitique'.
Ces deux faits montrent quelle importance a, pour l’établissement du diagnostic, la recherche d’un traumatisme antérieur, DE SES EFFETS ET DE SES TRACES, SUR LE CRANE OU LE CUIR CHEVELU.
Enfin, nous avons signalé l’existence de kystes traumatiques séreux , soit sous-dure-mériens, soit intra-cérébraux, comme ceux opérés par Kocher, par Chipault, et étudiés par Chagnolleau 1
piqûre accidentelle; mais s’il reste coloré, jaunâtre, jaune verdâtre, il est bien pathologique. La coloration noirâtre du liquide sanguinolent, obtenu parla ponction, indique une hémorragie persistante (P. Mathieu, th. Paris.
1 902, cl Millian, Gaz. hebd., 1902, p. 733). — En résumé, la présence du sang ou des hématies en quantité suffisante (les cas de piqûres accidentelles exceptés) indiquerait un traumatisme , s’il n’y a pas lieu d’ailleurs de supposer une hémorragie de cause médicale.
1. Anglade et Chocreau (Rev.- Neurol., 1902, p. 205). - J. Abadie (Gaz lieb de Bordeaux, 1903, p. 98, et Rev. Neurol., 1903, p. 558).
2. Kocher, Chipault (voir plus loin, dans cet ouvrage). — Chagnolleau
DIAGNOSTIC
B) Les MALADIES chroniques de Y encéphale et des nerfs fournissent un contingent important de manifestations assez comparables à celle des néoplasmes, et parfois susceptibles d’induire en erreur.
En tète se place I’hydrocéphalie.
Il existe dans cette affection, comme dans les néoplasmes cérébraux, de l’hydropisie des lacs arachnoïdiens et cavités ventriculaires, et de l’hypertension intra-crânienne : cet état pathologique suffit à expliquer' qu’il y ait quelque similitude dans la symptomatologie, et qu’on trouve, dans les deux cas, des céphalées, de la torpeur cérébrale, de l’affaiblissement intellectuel, des parésies, des hypoesthésies, des convulsions oculaires et, surtout, de l’œdème papillaire. Oppenheim dit : que dans la forme chronique de l’hydropisie, le diagnostic est parfois presque impossible.
En général, la marche de l’hydrocéphalie est excessivement lente ; et, dans un cas personnel, fauteur allemand vit que la maladie avait mis neuf ans à se développer, avec des rémissions d’une année. Les remissions sont, au conti aire, 'rares dans tes' tumeurs. Ordinairement Y hydrocéphalie s’accompagne, au début, de faiblesse dans les extrémités , dans les jambes surtout. — Dans un cas de Kuffelberg, on observa des signes spinaux : paraplégies , troubles vésicaux; il y avait en même temps une gliose cervicale.
Il semble que Y abolition du réflexe rolulien soit moins fréquente dans les tumeurs : mais, en raison des lésions médullaires et radiculaires (Batten et Collier, voir p. 100), on peut aussi voir survenir le signe de Westphall, en cas de néoplasmes. Dans un fait d'Oppenheim et de Goldschender, on vit réapparaître le réflexe rotulien, après une ponction lombaire.
Les signes de foyer manquent en général dans V liydropisie simple des ventricules : mais on peut cependant voir survenir de la cécité, des paraparésies des membres supérieurs et inférieurs, des paralysies partielles ou totales des oculo-moteurs, et même de la VIIe et de la VIIIe paires (surdité); il y a, à échéances irrégulières, des convulsions généralisées, des contractures tétaniques, de la raideur de la nuque, de Yalaxie cérébelleuse, et même des périodes d’inconscience.
Chez les enfants, il y a lieu de considérer : une hydrocéphalie tératologique, liée à des malformations, à des arrêts du développement cérébral; des hydrocéphalies à marche lente et chronique; des hydrocéphalies aiguës et infectieuses, etc.
Dans les formes chroniques, chez l’enfant, le diagnostic se
Kystes séreux sus-clure-mériens, consécutifs à des traumatismes éloignés du crâne, th. Bordeaux, 1901.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
fera assez facilement par le développement insolite du crâne , et par les déformations qu’il présente. En général, il apparaît très volumineux par rapport à la lace, et sa circonférence, à la mensuration, sera plus grande gue celle d'un enfant normal : il est des cas, chez les nouveaux-nés, où le crâne augmente d’un centimètre par semaine. Outre la prédominence du crâne sur la face, on remarquera la persistance et l’élargissement des fontanelles, des sutures, de la saillie des bosses frontales et pariétales, de l’occipital, et, dans les cas peu accentués, un déplacement latéral du tourbillon des cheveux, du prognathisme, des altérations des dents, une voûte palatine ogivale, et quelquefois même une absence de soudure ou une atrophie claviculaires, et d’autres malformations. — Parfois même l’hydrocéphalie sera héréditaire, et on l’observera chez le père et le fils, comme dans un cas de Claisse et Lévi, communiqué à la Société anatomique (1897).
Les hydrocéphalies aiguës ou subaiguës ne sont pas rares chez l’enfant et chez le nouveau-né : elles procèdent, en général, par poussées successives, avec des phénomènes méningitiques et des crises convulsives. Il s’agit souvent alors d’une maladie de la première enfance, comme dans un cas de Bourneville et J. Noir, où les accidents débutèrent à 6 mois, sous forme d’attaques convulsives, suivies d’augmentation de volume du crâne; à huit ans, il y eut de véritables accès épileptiques, de la diplégie cérébrale avec contracture, et l’enfant tomba dans le gâtisme et l’idiotie. A l’autopsie, on trouve une oblitération complète de l'aqueduc de Sylvius '. — Chez un enfant de cinq ans, J. Crocq observa : des mouvements choréiformes, du strabisme, de la céphalalgie, une marche titubante, des réflexes tendineux exagérés, et une névrite optique double avec stase papillaire, en même temps qu une augmentation de volume de la tête-.
Dans quelques cas les phénomènes aigus s’arrêtent, comme chez une malade observée par Touche, et âgée de vingt-neuf ans. A quatre ans, elle avait eu une hydrocéphalie aiguë, qui était passée à l’état chronique : sa taille était celle d’un enfin t de six à sept ans; son crâne était très développé, et elle présentait des mouvements athétosiques des orteils, de la paraplégie, une intelligence très diminuée, et une céphalée frontale persistante du strabisme, etc.1 2 3.