Carrière (Soc. de Biol., 1901, p
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
fibrillaire de la langue, des lèvres et de la joue, l'affaiblissement de la mémoire, les troubles de la parole, lente et embarrassée, bredouillante, semblent des symptômes suffisamment caractéristiques.
Mais il est des cas assez nombreux, dans la méninyo -encéphalite di/l'use , où il existe cependant des lésions corticales localisées ou plus intenses, du moins à certaines périodes, et qui donnent lieu à des symptômes de foyer pouvant faire hésiter le diagnostic.
En même temps qu'on constate de l’oedème papillaire, de la céphalée, des vomissements et de l’obnubilation cérébrale, comme dans les néoplasmes cérébraux, on peut voir survenir : des convulsions jacksonniennes, des hémiparésies ou des monoparésies, des parésies faciales, des ptoses, des aphasies motrices, etc.
Dans d’autres circonstances, ce sont des troubles sensoriels localisés qu’on observe : des hallucinations, des crises d’épilepsie sensorielle, de la diminution de l’acuité auditive, de la surdité verbale, de la cécité verbale, de l’hémianopsie; et, ces troubles sont en rapport avec des lésions de la couche corticale sensorielle.
C’est ainsi que Sérieux et Mignot ont relaté une observation fort intéressante, ou, chez un paralytique général, les hallucinations de l'ouïe alternaient avec des accès de surdité verbale et d'aphasie sensorielle : il y avait de la paraphasie, de la jargonophasie, de la cécité verbale, etc. Ces accès duraient une huitaine de jours. A l’autopsie, on trouva une plaque de méningo-encéphalite d'une intensité exceptionnelle , véritable lésion en foyer, intéressant les centres de l’audition h
Dans la paralysie générale et dans les néoplasmes , on observe également : des tremblements dans les mouvements intentionnels , de la maladresse des membres supérieurs, de l’incoordination et de l’hésitation dans la marche, de la mydriase, du nystugmus, des paralysies oculaires. Cette analogie symptomatique contribue parfois à l’incertitude du diagnostic, au moins un certain temps.
Nous avons, d’autre part, insisté sur les lésions du fond de l'œil chez les paralytiques généraux , et fait connaître les travaux remarquables sur ce sujet de Keraval et de Raviart et Caudron : ils ont trouvé la papille, tantôt avec l’aspect lavé et flou, tantôt blanc-grisâtre, tantôt blanche et atrophiée, et toujours il y a
i. P. Sérieux et R. Mignot (Soc. Neurol, et Rev. Neurol., 1902, p. 350). — Voir aussi Thèse Jamet, Paris, 1902.
DIAGNOSTIC
corrélation et parallélisme avec l’évolution des lésions corticales des hémisphères cérébraux
Certains néoplasmes encéphaliques se présentent réellement à l’observateur avec le tableau clinique de la paralysie générale (faits de Percy-Smith, Rezek et E. Cornu) 1 2. D’après Gianelli, ce fait indiquerait que la tumeur réside très probablement dans le lobe frontal3 4 5. Il en était ainsi, en particulier dans le cas de E. Cornu, où, en raison de la parésie des membres, du tremblement marqué de la langue et des lèvres, des hésitations de la parole, on avait cru d’abord à une paralysie générale : on trouva, dans le lobe frontal , une tumeur du volume d’une noix et de consistance osseuse L
Mais, inversement, il est arrivé que certaines paralysies générales, par les symptômes localisés et par les troubles généraux, ont fait croire à l’existence d’une tumeur (cas de Savage3).
Quoiqu'il en soitde toutes ces ressemblances possibles entre les néoplasmes cérébraux et la paralysie générale , on peut dire qu’il existe des traits distinctifs.
Dans la paralysie générale, c'est de la vraie démence, et non de la stupeur, qu’on observe; les attaques jacksonniennes sont peu accusées, peu persistantes, et ne laissent pas après elles de véritable paralysie, mais une diminution de l'intelligence et des troubles de la parole.
Au contraire, ces derniers troubles sont rares dans les tumeurs, à moins qu’elles ne siègent dans la zone du langage, et ils consistent en une vraie aphasie motrice ou sensorielle, et non en un bredouillement, de l’hésitation, etc.
Le tremblement de la paralysie générale est ténu, fibrillaire, et n’a rien de l’ataxie des tumeurs, surtout pour les membres supérieurs.
Il y existe de l’ inégalité pupillaire-, le réflexe lumineux de l’iris est quelquefois exagéré, ordinairement affaibli ou aboli; c’est là une altération fréquente et précoce (Marandon de Montyel)0.
1. Keraval, Lésions du fond de l’œil chez les paralytiques généraux ( Arch . de Neurol., 1903, n0’ 85 et 92). — Raviart et Caudron ( Congrès de Bruxelles, et Rev. Neurol., 1903, p. 823).