‹ Les tumeurs de l'encéphaleChapitre 205 sur 338 · SENSORIELLE · texte numérisé non relu

SENSORIELLE

Dans le premier cas, le malade éprouve, dans une extrémité, des crises paroxystiques, consistant en engourdissements douloureux, fourmillements, sensations de froid et de chaud, remontant vers la racine des membres, ou encore des douleurs de torsion, d’arrachement de la partie atteinte h

Dans le second cas, ce sont les organes des sens qui sont excités : le malade éprouvera des sensations lumineuses, des scotomes scintillants du côté des yeux; des bourdonnements, des sifflements d’oreille, des sensations d’odeurs bizarres ou désagréables, d’amertume ou de sucré, accompagnées on non d’hallucinations.

11 faut faire une place, dans la symptomatologie des tumeurs cérébrales, aux équivalents psychiques et aux formes larvées de l’épilepsie : vertiges, absences, migraine ophtalmique, attaques syncopales, tics, actes impulsifs, réminiscences vives, fureur et manie épileptiques.

Quelquefois, ce sont des sensations d’hébétude, d’engourdissement psychique, des nausées sans vomissement, que le malade éprouve; 1 hébétude, d’une durée de plusieurs heures, s’accentue quelquefois jusqu’à l’inconscience; et, pendant ce temps, le malade exécute des actes automatiques, converse, etc. 2.

malade eut, au moment de l'attaque, de l’hémiplégie et de l’aphasie, sans perle de connaissance. On ne trouva rien à l’autopsie. (Brain, 1S99, et Rev. Neurol., 1900, p. 234.)

1. l'uchs dit qu’il a observé Vepilepsie sensitive dans les circonstances suivantes : 1° dans la période prodromique delà paralysie générale; 2° dans les lésions qui compriment l’encéphale (tumeurs, abcès, kystes, exsudais méningés) ; 3 dans 1 encéphalomalacie ; 4° dans l’hémicranie symptomatique de Kraft-Ebing. Les accès pouvaient en être provoqués par une lésion à distance des centres sensitifs de 1 écorce. Jamais les symptômes moteurs ne précèdent les sensitifs, tandis que souvent les paresthésies sont suivies de phénomènes convulsifs. L’accès jacksonnien sensitif est toujours l’indiced’une lésion centrale. (Jarb. f. Psych., 1900, p. 1 , et Rev. Neurol., 1902, p. 337.)

2. Norman Henry ( Journ . of nerv. and, mental desease, 1899, p. 302 et Rev.

Neurol., 190°, p. . 878). — D’après Fôré (Les épilepsies et les épileptiques, Félix Alcan, 18 JO, et P. Cornu, th. Lyon, 1902), la migraine est une forme larvée, équivalente, de 1 ep.lepsie. Les deux états se succèdent chez les épileptiques, et alternent héréditairement. 1 ’

DIAGNOSTIC

Parmi les formes larvées, que nous avons rencontrées dans les néoplasmes, nous rappellerons : les actes procursifs, Y automatisme ambulatoire, les fugues , la poriomanie (impulsions inconscientes aux voyages), etc.

Si l 'épilepsie est la seule manifestation d’une tumeur, elle devra revêtir exactement les caractères Bravais-jacksonniens, pour avoir une réelle valeur localisatrice.

S’il s’agit de crises d’épilepsie généralisées d’emblée, et qu’on hésite sur le diagnostic avec Y épilepsie essentielle, on recherchera les stigmates de dégénérescence et les anomalies organiques ou fonctionnelles, propres aux épileptiques, bien étudiés, dans ces derniers temps, par Féré: asymétries crânienne ou faciale, voûte palatine ogivale, synostoses prématurées des sutures du crâne, tics, bégaiement, asymétrie de ton de l’iris, astigmatisme, altération du pavillon de l’oreille, anomalies des organes génitaux, vices de conformation du tronc et des membres, état mental et caractère des épileptiques, etc.

- On se souviendra également que Y épilepsie essentielle est fréquemment héréditaire, dans la proportion de 61 p. 100 des cas observés, d’après Lange.1 2 Et, d’un autre côté, comme beaucoup d’épileptiques, porteurs de tumeurs cérébrales, sont enfermés dans les asiles, on se fera une règle d’examiner avec soin les épileptiques, eL de ne pas se contenter d’un diagnostic symptomatique rapide, mais de faire un examen neurologique complet3.

Heureusement, pour la facilité du diagnostic des épilepsies généralisées, d’emblée, dont nous avons rapporté ailleurs de nombreux exemples (voir les cas de Brissaud et Massary, de Magalhaes Lemos, d’Appert et Gandy, Monod, Achard et Weill, p. 11 et 41), il existe ordinairement des manifestations associées, telles la céphalée, ordinairement très intense, et qui ne se rencontre pas à ce degré chez les épileptiques vulgaires, et les autres signes du syndrome (vomissements, vertiges, torpeur, et souvent l’œdème papillaire).

Dans d’autres cas, lorsque les crises apparaissent, il g a déjà

1. F ô ré , Les épilepsies et les épileptiques , Paris, Félix Alcan, 1890.

2. Lange, Hérédité de l’épilepsie ( l'sych . Wochens., 1900, et Rev. neurol. 1900, p. 878).

3. Vidal a indiqué les inhalations de nitrile d’amvle, comme un moyen facile de diagnostiquer les épilepsies par compression, de l’épilepsie vulgaire. Dans le premier cas, le nitrite d’amyle, agent vaso-dilatateur, augmente la compression, et fait éclater l’accès immédiatement. ( Congrès cle chir., 1901.)

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL 511

des symptômes de localisation (monoplégies, hémiplégies, anesthésies, hémianopsies, aphasies, ataxies, etc.).

Par ces caractères concomitants, l 'épilepsie généralisée des néoplasmes se distingue aisément de Yépilepsie sine matériel.

Il faut ajouter deux considérations importantes :

1° Qu’il faut savoir distinguer les convulsions de l’épilepsie , des crises de /’ hystérie ;

1° Que les attaques épileptiques sont fréquemment symptomatiques de lésions autres que les néoplasmes cérébraux.

Les caractères des crises et les stigmates permettent ordinairement de reconnaître l’attaque hystérique.

Les paroxysmes de la petite hystérie , dit Féré, sont constitués par des spasmes ' arythmiques , irréguliers, des gesticulations incohérentes, ne s’accompagnant, ni de la pâleur initiale, ni de la morsure de la langue, ni de perte de connaissance complète, ni de miction involontaire, ni, de stupeur consécutive. Au lieu du cri initial des épileptiques, on a des cris incohérents, des vociférations bruyantes, suivis de rire et de pleurs, de miction abondante, et d’un retour rapide à l’état normal, sans courbature.

La similitude des crises est bien plus accusée dans la grande hystérie. On y observe des convulsions qui reproduisent fidèlement la période tonique de l’attaque épileptique (torsion latérale de la tête, battement des paupières, grimaces rapides, rigidité trépidante des membres dans l'extension); puis surviennent les grands mouvements de la période dite de clownisme (arc de cercle, propulsion saccadée du ventre, etc.); enfin se produisent les attitudes passionnelles, avec délire Si ces trois phases de la grande hystérie se succèdent dans leur ordre régulier, le diagnostic est facile, d’autant que l’épreuve de la compression de l’ovaire est susceptible de suspendre l’attaque, et sert pour ainsi dire de pierre de touche. Mais, quand elles sont incomplètes, ou qu’il s’agit de ces étals combinés et alternants d'hystérie et d'épilepsie, comme on en rencontre quelquefois, il faut avoir recours à la recherche attentive des stigmates permanents (hémianesthésie sensitivo-sensorielle, ovarie, points douloureux, zones hystérogènes, etc.)1 2.

Fresque toutes les altérations du système nerveux central peuvent donner lieu à des crises épileptiques : congestions, inllam-

1. Féré, Les épilepsies et les épileptiques, Paris, Fclix Alcan, 1S90.

2. Crocq (de Bruxelles) a rapporté au Congrès de Lille un’ cas d’épilepsie jacksonnienne hystérique, chez un homme: les crises très violentes cédèrent à la suggestion, par des pilules de nitrate d’argent. (Rev. Neurol., 1901, p. 1016.)

DIAGNOSTIC

mations aiguës ou chroniques, méningées ou parenchymateuses, encéphalites, scléroses cérébrales, hémiplégies infantiles, pachyméningites, épanchements sanguins, hémorragies, ramollissements, etc.

La similitude est grande (à cause de la céphalée et de l’œdème papillaire, et des symptômes de localisation, qui coexistent ordinairement) lorsqu’il s’agit de plaques localisées de méningite chronique ou tuberculeuse, d’ adhérences limitées ou d’accès : dans ces circonstances, on est souvent intervenu, croyant à l’existence d’une tumeur (cas de Crouzon, p. 216).

Parmi les causes extrinsèques au système nerveux , il faut mentionner surtout : les intoxications (urémie, albuminurie, saturnisme, alcoolisme et absinthisme, diabète, intoxications toxialimentaire, typhique, scarlatineuse, thyroïdienne et basedowienne, etc.); les affections voisines du crâne, des cavités nasales, auriculaires, etc.; et, enfin, les traumatismes crânio-cérébraux 2.

1. Parmi les faits récemment publiés, présentant quelques particularités intéressantes, nous citerons : un cas de Muller, où, chez un enfant atteint d’hémiplégie cérébrale infantile avec épilepsie, on trouva des lésions uniquement microscopiques, petites cavités autour des cellules pyramidales, etc . (Psych. Vochens., 1899, et Rev. neurol., 1900, p. 880); — de Touche: Pachyméningile avec épilepsie jactcsonnienne (Soc. de neurol. et Rev. neurol.,

1900, p. 351); Respiration de Cheyne-Stockes, et convulsions épileptiques, dans l’hémorragie méningée (Soc. des Ilôp. de Paris, 1" août 1901); Épilepsie dans les hémorragies avec hémiplégie (Soc. anal., 1900, p. 622); Épilepsie dans un cas de ramollissement (Soc. anat., 1901, p. 291). — Féré : Attaques d’épilepsie, chez un hémiplégique ramolli, à la suite de miction et de défécation ; auparavant, migraine ophtalmique (Soc. de Biol., 1901, p. 861). — H. Jackson : Abcès du cerveau, annoncé par une épilepsie avec aura olfactive, lésion du lobe temporo-sphénoïdal (Rev. neurol., 1900, p. 318). — Cassel Brown : Cas remarquable d’abcès cérébral, suite de fièvre typhoïde, occupant la zone rolandique, ayant donné lieu à des crises jaksonniennes très nettes, qui débutaient dans la main et le bras gauches. Trépanation suivie de succès (Edirnburg med., 1er mars 1900, p. 228, et Rev. neurol.,

2. Dans ces derniers temps, on a étudié quelques variétés d’épilepsies utiles à signaler, à notre point de vue : 1° l’épilepsie réflexe de l’aménorrhée virginale : aménorrhée, anémie, crises convulsives périodiques, conjonctivites, chez une jeune fille de 20 ans (Patrello, Gaz. degli osped., 1900, p. 281, et Rev, neurol., 1900, p. 572), — et l’épilepsie de la puberté : démence épileptique paralytique et spasmodique de la puberté (G. Voisin et Legros, Annales médico-psychol. , 1899, et Rev. neurol., 1900, p. 211). — 2“ L’épilepsie cardiaque et des artério-seléreux (Slinzing, Rev. neurol., 1900, p. 514); Schupler, Épilepsie sénile et cardio-vasculaire (Monat. f. Psych., 1900, p. 2S2, 365, et Rev. neurol,, 1901, p. 1031); Épilepsie cardiaque et phénomènes de rappel, auto-intoxication par Buelf (Rev. de méd., 1903, p. 131); Pellisari : Tachycardie paroxystique de nature épileptique, surtout nocturne ( Riforin . med., 1903, p. 236, et Rev. neurol., 1903, p. 78S). — 3° L’épilepsie toxi-alimentaire; Combemalc et H tiriez en ont relaté un cas, consécutif à une sténose cancéreuse du pylore ( Écho méd. du Nord, 1900, p. 330). — 4" Épilepsie d’origine hépatique (Ballet et Faure).

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL

Nous insisterons, en quelques mots, sur 1 épilepsie syphilitique, — l’ épilepsie des urémiques , — et 1 ’epilepsie traumatique, qui offrent des particularités intéressantes, au point de vue du diagnostic avec les tumeurs encéphaliques.

Les caractères cliniques de l 'épilepsie syphilitique ont été bien précisés par Fournier, dans ses Leçons. On doit en soupçonnei l'existence, lorsqu’il s’agit d’un homme de trente à quarante ans, qui a, pour la première fois de sa vie, une crise épileptique : car l’épilepsie essentielle a son début dans l’enfance, est héréditaire.

Elle se présente : 1° tantôt sous la forme de crises d’épilepsie généralisées, en tout comparables à celles de V épilepsie essentielle ou vulgaire; mais bientôt s’ajoutent, d’une manière plus ou moins fixe et complète, des troubles cérébraux et intellectuels, en particulier de l’amnésie, de l'abaissement de l’intelligence, de l’hébétude, puis des parésies; 2° tantôt sous la forme localisée ou partielle, dans laquelle le malade reste conscient au moment des crises; elle est hémiplégique, monoplégique, et, comme la précédente, accompagnée d’abaissement intellectuel et d’amnésie1.

Dans ces deux formes, en dehors des commémoratifs et des stigmates, le diagnostic causal est souvent impossible. Aussi Fournier, Oppenheim et, plus récemment, Lutzenberger, donnent-ils le conseil de soumettre le malade au traitement d’épreuve, même si la syphilis est niée. Il faut retenir cependant que, même dans les néoplasmes communs, l’amélioration, sous son influence, est très fréquente2.

L’alcoolisme peut provoquer des crises épileptiques semblables à celles de la syphilis; et, lorsqu'il y a coïncidence des deux diathèses, le diagnostic étiologique est des plus difficiles.

L 'épilepsie urémique présente d’autant plus d’analogies avec celle des tumeurs cérébrales, qu’elle s’accompagne de céphalées intenses, paroxystiques (parfois atroces et occipitales, comme nous l'avons observé dans un cas personnel), de telle sorte qu’on croirait a une tumeur de la hase ou du cervelet ; de vomissements répétés, et d’altérations accentuées du fond de l'œil.

1. Nous indiquons plus loin les caractères cliniques de la gomme cérébrale : répétition des crises, marche lente, rémissions, phénomènes de localisation, et signes du syndrome.

2. Fournier, La syphilis du cerveau, Paris, 1879, p. 142-238. — Oppenheim, Die syphililischen Erkrankunyen des Gehirns, ~W ien, 1 806. — Lutzenberger, L’épilepsie syphilitique ( Praticu del medico, 1901, n° 7, et Rev. neurol., 1901, p. 7b6). — Feinberg idc Ivowno), Contribution à la clinique de l’épilepsie syphilitique ( Neurol . Cenlralblatt, 1902, p. 792, et Rev. neurol., 1903, p. 222).

DU H ET

DIAGNOSTIC

Les crises convulsives sont le plus souvent généralisées, et ne le cèdent pas en violence à celles de l 'épilepsie essentielle.

Mais il existe aussi, dans l'urémie , des cas assez nombreux d'épilepsie partielle, d’attaques jacksonniennes bien caractérisées , ainsi que l’ont établi les recherches de Raymond, Chantemesse et Tenneson, Chauffard, etc.

On a attribué cette localisation des troubles moteurs au rappel à l’activité d’une ancienne lésion (Raymond a trouvé un ancien foyer dans le centre moteur), ou à des œdèmes limités de l’écorce cérébrale. Tout récemment Colleville, dans un cas où les crises convulsives, d’origine urémique, étaient limitées au sterno-mastoïdien et au trapèze gauches, a trouvé à l’autopsie : un œdème, avec un petit foyer de ramollissement, dans la région préfrontale, sur le pli de passage entre F1 2 et F:1.

La difficulté de remonter à l’action causale est parfois très grande; car, dans certains cas de sclérose rénale , l’albuminurie est légère, fugace, peut passer inaperçue, et on ne trouve que quelques rares cylindres.

Dans un récent cas d’épilepsie jacksonnienne, d’origine urémique, relaté par Vaillard, la phase pré-albuminurique fut celle des crises d’épilepsie (type braehio-facial avec perte de connaissance, et type brachial sans perte de connaissance); les urines étaient blanches et pauvres en urée, mais pas albumineuses. Dans une deuxième phase : céphalalgie intense et œdème, les urines étaient rares, colorées, riches en albumine *.

L 'hypertrophie du cœur et le bruit de galop caractéristique, l’augmentation de la tension artérielle, les œdèmes , les caractères ophtalmoscopiques (rétinite albuminurique avec plaques blanchâtres d’exsudat ou d’atrophie), pourront contribuer à éloigner l’idée de l’existence d’un néoplasme.

L’épilepsie traumatique est primitive ou secondaire.

Dans le premier cas, le souvenir et les effets de l’accident initial sont trop récents, pour que le diagnostic puisse errer.

C’est ainsi que, dans une observation de Foutoyneau, communiquée par Picqué à la Société de Chirurgie, chez un enfant de quatre ans, après un enfoncement du pariétal, par chute sur la tète, on vit, presque immédiatement après l’accident, survenir des

1. Raymond (Rev. de méd., 1885, p. 105). — Chantemesse et Tenneson, De

l’hémipiégie et de l’épilepsie partielle urémique (id., p. 035). — ChaulTard (Arcli. gén. de méd., juillet 188"). — Colleville (Gaz. hebd., 1000, p. 673, et Rev. neurol., 1900, p. 1084). — F. Vaillard (Journ. de méd. et de chir. pratiques, nov. 1902, et Rev. neurol., 1903, p. 477).

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL b 1 5

crises d’épilepsie jacksonnienne, qui disparurent aussitôt après l’intervention.

Dans un autre fait de Gril lot, à la suite d’une chute sur la nuque d’une hauteur de 3 mètres, on constata de la surdité verbale, de l’aphasie partielle, et une hébétude profonde; la première attaque épileptiforme eut lieu quinze jours après l’accident; puis, il y eut des attaques subintrantes, et mort : fracture de la base du crâne, attrition de F3 et des circonvolutions temporales gauches h

Mais, le plus souvent, Y épilepsie traumatique est secondaire, et l’accès primitif peut être ignoré ou oublié du malade, ou a été insignifiant, en apparence. C'est quelquefois plusieurs années après que les attaques convulsives se manifestent : il y eut un intervalle de sept ans, dans le cas d’Hartley, de douze ans dans celui de Horsley, de quatorze ans (Gross), de seize ans (Jeannet), et de vingt ans (Holston)1 2.

Les crises sont tantôt celles de Yépilepsie généralisée, en particulier chez l’enfant, où, d’après Chipault, « le traumatisme du cortex le mieux localisé a une tendance extrême à susciter des symptômes diffus3 »; ou, plus souvent, au moins chez l'adulte, celles de Yépilepsie partielle ou Bravais-j acksonnienne 4.

Ordinairement, il existe en même temps : des douleurs de tète violentes, avec ou sans paroxysmes, un état à.' obnubilation intellectuelle, et de Yœdhne papillaire (troubles visuels), qui prêtent à confusion, lorsqu’on ne peut remonter à l’origine traumatique.

Dans le fait bien étudié d’Anglade et Chocreaux, chez un militaire qui avait eu, au Camp de Châlons, une fracture de la base du crâne, suivie de guérison apparente, c’est seulement cinq ans après, ayant repris les travaux des champs, que le blessé se plaignit de maux de tète violents, et eut des accès convulsifs généralisés, tomba peu à peu dans un état de torpeur et d’abrutissement, puis devint idiot et dément. Il mourut seulement dixsept ans après l’accident, dans un asile, et, à l’autopsie, la fracture de la base du crâne, pourtant accusée par les phénomènes

1. Picqué (Soc. cle chic., 1" oct. 1902). — Grillot (Soc. anal, de Paris 1899 p. "58).

2. Cilés par Marion, Traitement chirurgical de l’épilepsie traumatique (Arch. gén. de méd ., 1903, p. 651).

3. Chipault ( Trav . de neurologie chirurgicale, 1900, p. 272).

h. Voir in Chipault, Chir. nerveuse, ï, 1902, p. 187, les faits cités d’épilepsies traumatiques localisées (de Fonlguyon, Fluleau, Auberlin, Revnier, Panchet, etc.), — ou généralisées (LalTarel, Vignardon, 1897 à l’goo)’— et Raymond (Arch. de neurol., 1901, p. 369).

DIAGNOSTIC

ri 1 6

primitifs, et par de la surdité avec paralysie faciale persistante, parut guérie, mais on trouva des foyers de ramollissements linéaires, selon le trait de fracture, sur la partie moyenne des deux lobes temporaux*, et sur la partie antérieure du lobe frontal. Il s’agit là, sans doute, d’une infection secondaire, survenue par quelque fêlure persistante du rocher.

De même, Bernardini, chez un alcoolique qui avait des crises d’épilepsie de cause inconnue, trouva à l’autopsie une fracture du crâne, remontant à l’enfance

Le plus souvent, la cicatrice de la lésion traumatique, si le cuir chevelu ou le crâne ont été intéressés, surtout si on la recherche avec soin, la tète ayant été rasée (ce qu’il faut toujours faire), révélera V origine causale des accidents épileptiques, apparus tardivement.

Il en fut ainsi dans les cas de Kirmisson (fillette de onze ans, chute à deux ans d’un premier étage; à cinq ans, première crise d’épilepsie jacksonnienne du côté gauche du corps; à onze ans, deuxième crise; on reconnaît un enfoncement du pariétal dioit), — de Fredet (plaie pénétrante par balle de revolver un an avant; crises d’épilepsie jacksonnienne, débutant par le bras gauche; large craniectomie temporaire; esquille; cicatrice déprimée de la dure-mère; guérison); — de Duret, de Loison, de Schwartz, qui plusieurs années après l’accident enlevèrent des esquilles pénétrantes ; — de Rochard et F rogé (coup de bâton sui le ci âne , hémiplégie primitive, première trépanation; attaque d’épilepsie plusieurs années après, deuxième intervention heureuse), Abadie, chez une jeune fille de seize ans, qui à sept ans avait eu un enfoncement de l’occipital, fut en présence de céphalées, d’épilepsie jacksonnienne, avec mydriase, œdème papillaire accusé, acuité visuelle très réduite, et hémianopsie latérale homonyme : tous ces accidents guérirent à la suite d’une ponction lombaire (dont le liquide renfermait de nombreux lymphocytes, indices d’une irritation méningée), sauf l’hémianopsie qui persista1 2.

1. Anelade et Chocreaux, Les suites d’une fracture de la base du crâne. Guérison apparente. Mort t7 ans après, dans la démence avec épilepsie totale (Rev. neurol., 1902, p. 205). - Bernardini {Rivista ch Fremalria, 1900,

p. 172, et Rev. neurol., 1900, p. 680). ; , ,

I. Kirmisson, Soc. de Chir., 16 oct. 1901. - Fredet (Présentation du malade à la Société de neurol., Rev. neurol., 1902, p. 287). - Duret (Des Quilles pénétrantes du crâne, in th., J. Leplat, Paris 189S). Loison, Sciwar /. ( •

de Chir., nov. 1901, et Rev. neurol., 1902, p. 750). - Hochard et Froge (id., oci. 1901). — Abadie {Gaz. hebcl. des Sc. méd. de Bordeaux, 1903, p. 498).

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL 517

Les cas les plus difficiles sont ceux où l 'anamnèse est muette , et où, malgré des recherches minutieuses, on ne trouve aucun indice d'un traumatisme.

Les symptômes observés pourront être : non seulement la céphalée, l’oedème papillaire, les troubles visuels, et les crises convulsives, comme dans les cas précédents, mais encore, des symptômes de foyer , de localisation, tels l’hémiplégie, une monoplégie, de l’hémianopsie, des symptômes cérébelleux et des troubles sensitifs très comparables à ceux qu’on rencontre dans les néoplasmes.

D’autre part, les lésions qui les engendrent ont été des plus variables : enfoncements, esquilles, corps étrangers, hyperostoses du crâne ou épaississement de la dure-mère; adhérences des membranes aux os, entre elles, ou avec le cortex; plaques de méningite; abcès; cicatrices étoilées du cortex; néoformations vasculaires, angiomes; lésions de porencéphalie; kystes séreux, etc., et quelquefois, simple état congestif, ou altérations microscopiques de la substance nerveuse.

Les irrégularités d’évolution, les rémissions nettes, la violence moindre des céphalées, l 'absence de paroxysmes vrais, le caractère peu accentué de l'œdème papillaire et de la torpeur cérébrale , souvent nulle, tandis que les crises convulsives sont vives et répétées, l’apparition de la fièvre ou l 'élévation thermométrique, pourront cependant faire supposer qu’on n’est pas en présence d’une tumeur.

Mais, souvent, on restera perplexe, même si on a notion d’un accident antérieur; car le traumatisme crânien est un facteur fréquent de néoformations réelles dans l’encéphale.

L’hystérie est, on l’a dit, la grande simulatrice.

Il n’est pas de symptomatologie compliquée qu’elle ne puisse reproduire, et celle des néoplasmes n’échappe pas à la règle.

Quelquefois elle se surajoute simplement, et fait partie du cortège de leurs manifestations.

Les neurologistes décrivent une hémiplégie hystérique, quelquefois précédée d’uneapoplexie hystérique; elle occupe les membres supérieur et inférieur d’un côté, rarement la face; si celle-ci est atteinte, elle y revêt le type labio-glosso-spasmodique (Charcot). Elle est ordinairement associée à une hémi-anesthésie sensitivosensorielle bien accusée.

Il y a aussi une monoplégie hystérique , mais l’anesthésie qui l’accompagne prend la forme d'un gant, d’un bas, et ne

DIAGNOSTIC

répond pas à une distribution nerveuse ou radiculaire connues.

Il existe : une aphasie hystérique , étudiée récemment par Mlle Gasne, qui revêt toutes les formes de l’aphasie organique (cécité verbale, surdité verbale, aphémie, etc.), une épilepsie jacksonnienne , une chorée , des troubles cérébelleux et de la titubation, une aslasie-abasie hystériques.

Quelquefois se trouvent simulés, à s’y méprendre, les tremblements et les autres troubles de la paralysie générale, de la sclérose en plaques, etc.

On indique cependant des caractères distinctifs, en particulier, le début subit et la disparition soudaine, et les stigmates bien connus de la maladie1. — D'autre part, les troubles des réflexes tendineux, si communs dans les lésions organiques, sont étrangers à la symptomatologie de l'hystérie (où on n’obtiendra ni leur exagération, ni leur abolition).

Les troubles hystériques oculaires, dont l’étude vient d’être reprise avec soin par Parinaud, sont des plus variés, et méritent d’être énumérés : outre l’amblyopie, la dyschromatopsie, et le rétrécissement campimétrique du champ visuel, troubles les plus anciennement connus, il faut signaler aussi : la diplopie monoculaire; l’amaurose, parfois unilatérale; l’hémianopsie; la contracture de l’accommodation; les troubles de la convergence, des mouvements associés dans la direction du regard, l’opbtalmoplégie, le blépharospasme et le ptosis hystériques 2.

Il faudrait parler encore des troubles psychiques et mentaux, fréquents dans l’hystérie comme dans les néoplasmes. — Joffroy rapportait, il y a peu de temps, un cas remarquable d’amnésie hystérique, avec apraxie, agraphie, alexie, et anesthésie totale de la surface cutanée3.

En un mot, avant d’élablir définitivement le diagnostic d’une affection de l'encéphale, surtout s’il s'agit d’une tumeur, il faut

1. Voir, sur le diagnostic de Vhémiphlégie hystérique et de Vhémiphlrgie organique, les rapports des D” Ferrier et Rôti), au Congrès International de Paris, 1900 (sect. de Neurologie). — Babinski : Leçons cliniques, in Gaz. des hôpit., 5 et 8 mai 1900 et 11 oct. 1904. — Mlle Gasne, Aphasie hystérique, Th. Paris, 1900.

2. Parinaud, Troubles oculaires de l’hystérie (Ann. d’oculistique, Juillet et Septembre 1900). — Voir aussi : Max Weill (Rev. Neurol., 1900, p. 959); Doualli (kl., p. 458). — Schneck (Rev. Neurol., 1902, p. 422). — Lagrange, Paralysie hystérique du droit externe et du petit oblique (Rev. Neurol., 1903, p. 56). — Pleut, Amaurose hystérique (Clin, ophtahn., 1898, et Rev. Neurol., 1900, p. 202). — Nogués et Sirol, Paralysie associée des muscles droits supérieurs de nature hystérique (Rev. Neurol., 1901, p. 290).

3. JolTroy (Journal de Méd. et de Chir. pratiques, 1899, p. SSG, et Rev. Neurol., 1900, p. 202).

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL

toujours être prêt à dépister la grande névrose, tant ses manifestations sont complexes et protéiformes.

L’hystérie est souvent une manifestation associée aux symptômes propres des néoplasmes cérébraux.

Chez un malade d’Auvray, qui avait des céphalées violentes, des vomissements, de la titubation, et tous les symptômes d'une tumeur du cervelet (tumeurs des plexus choroïdes du quatrième ventricule), et qui avait eu, jadis, des crises hystériques , ces symptômes disparurent subitement et pour un temps, une fois par l'administration du traitement spécifique, et une seconde fois sous l’influence d’une potion fantaisiste. C’était là, d après l’auteur, un effet de la suggestion.

Dans un cas de Merlden, le malade, qui avait aussi une tumeur du cervelet, présenta un jour un état mental hystérique, joint à de l’aboulie et à un état apathique très prononcé : ces symptômes firent penser à de 1 hystérie. Traité par l’hydrothérapie, il en éprouva, pendant quelques semaines, les meilleurs résultats, jusqu’à ce que les symptômes graves fissent leur réapparition b

Parfois, il y a alternance ou mélange de crises d’épilepsie et d’attaques d’hystérie. — Chez une malade de Marchand et Leuridan, âgée de vingt ans, les crises revêtaient trois aspects : tantôt c’étaient des attaques de vertige épileptique, tantôt des accès de grand mal complets, tantôt des crises d’hystérie; il y eut des accès de céphalée, mais pas d’autres troubles, jusqu’à ce que le malade mourut dans le coma (kyste de la face interne de F 1 et du lobule paracentral, fig. 103, p. 222).

Griffiths et Steel Scheldon observèrent, chez une malade, pendant plusieurs mois, des névralgies intenses et de la céphalalgie occipitale, paroxystiques; puis, des nausées, des vomissements, de l’obscurcissement de la vue, sans autres phénomènes; et, on crut à de l'hystérie. Ce n’est que plus tard, qu’un léger strabisme gauche vint indiquer quelque chose de plus grave, et que l’œdème de 1a, papille apparut; enfin, dix mois plus tard, elle mourut; il s’agissait d’une tumeur volumineuse comprimant les lobes antérieurs, ayant l’aspect d’un cervelet1 2.

Ces quelques faits, pris parmi.plusieurs autres, suffisent à montrer : que chaque individu, en présence d’une tumeur qui se déve-

1. A. Auvray, Tumeur du cervelet (Soc. Anal., 1896, p. 182). — Merlen, cité par Auvray ( Tumeurs cérébrales, Th. Paris, 1896, p. 115).

2. Marchand et Leuridan {Loc. cil., p. 12 et 300) ; Griffiths et Steel Scheldou ( Loc . cit., p. 40).

DIAGNOSTIC

loppe dans son cerveau, réagit à sa manière. Selon les expressions d’Oppenheim, « 1 un, reste le témoin calme de son attaque classique d’épilepsie; l’autre, est bouleversé en un moment; un troisième, pleure ou tombe en extase, et enfin, esquisse plus ou moins le tableau de l’hystérie. — D’ailleurs, les attaques de contracture tétanique avec opisthotonos, qui surviennent dans les tumeurs de la fosse cérébrale postérieure, sont facilement confondues avec les crises de l’hystérie'. » — Nous avons, d'autre part, indiqué les caractères distinctifs de la céphalée des hystériques, et de la céphalée des néoplasmes.

La neurasthénie est une névrose, qui présente parfois des relations assez intimes, avec les néoplasmes encéphaliques.

Les prodromes des tumeurs cérébrales sont, dans quelques cas, constitués par l’apparition d’un état neurasthénique. Ce sont, comme le dit Thoma d’Illenau, des symptômes de dépression, d’irascibilité, d’inaptitude au travail, d’incapacité de penser, qu’on observe. On peut hésiter, dans ces circonstances, entre une neurasthénie, un trouble hystérique, un début de paralysie générale, ou une tumeur. Plus tard, apparaissent la céphalée, les vertiges, les troubles de la vue, et l’œdème pupillaire, qui éclairent le diagnostic.

En un mot, il existe une neurasthénie pré-néoplasique , comme est signalée une neurasthénie pré-hémiplégique, ou avant la paralysie générale.

D’ailleurs, dans nombre de cas de tumeurs cérébrales, letat psychique et mental est au premier plan, et domine pendant longtemps, avant qu’apparaissent les signes de syndromes communs des néoplasmes, ainsi que nous l'avons déjà mentionné (voir p. 46).

La céphalée des neurasthéniques, si elle est prononcée, peut, à un examen superficiel, être confondue avec la céphalée des néoplasmes : mais, en général, elle est moins violente et moins profonde. Le malade neurasthénique se plaint de supporter un casque plomb, de n’avoir plus le cerveau libre, d’être dans l’incapacité de penser, etc.; mais il ne parle pas de l’intensité de sa douleur. Si on a laissé supposer qu’il pourrait avoir une tumeur, il devient hypocondriaque, et exagère ses sensations subjectives. Mais, malgré ses plaintes, il n’a pas cette apparence de grande souffrance, que donne aux malades l’existence d’une tumeur dans

I. Voir p. 385. Similitude des attaques d'hystérie et d’épilepsie, dans les tumeurs du cervelet (Oppenheim).

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL

l'encéphale : il semble, dans ce dernier cas, qu’elle imprégné toute sa personne : regard, attitude, mouvements, etc.

Lubetzki a constaté que chez les neurasthéniques à céphalée, la température du crâne est plus élevée, partois d’un à deux degrés, que chez les individus sains, et que le maximum de céphalée siège là où la température est plus élevée; celle-ci diminue à mesure que la céphalée disparait1.

Les autres symptômes de la neurasthénie, tels que vertiges ordinaires ou auriculaires2, affaiblissement de la vision, diminution de la mémoire, apathie, aboulie, faiblesse musculaire, tremblements, myoclonies, peuvent aussi se rencontrer dans la symptomatologie des néoplasmes cérébraux; mais leurs caractères y sont plus accentués, mieux définis, et 1 origine en est aisément appréciable. — L’hémianopsie, signalée par Déjerine et Viallet, est plus instable, intermittente, et ses limites sont très variables 3 4.

Il faut rapprocher delà neurasthénie la névrose traumatique, qui lui ressemble beaucoup, et dans laquelle on observe souvent des phénomènes vaso-moteurs : congestions, vertiges en se baissant, intolérance pour la galvanisation du cerveau, etc. Ces états sont attribués à une maladie des fins vaisseaux du cerveau; il faut les connaître, pour éviter une intervention inutile (Oppenheim).

Il y a d’ailleurs, dans la névrose traumatique, des zones d’hyperesthésie ou d’anesthésie, des monoplégies, et même des hémiplégies; mais ce sont là des symptômes irréguliers, transitoires, peu accentués, qui guérissent spontanément, ou par suggestion.

Après les traumatismes crâniens, sans fracture, et sans lésion de l’encéphale, les troubles névrosiques peuvent, dans quelques cas, se montrer assez persistants pour faire penser à une lésion plus réelle : foyer de contusion, plaque de méningite, ou même tumeur.

Rendu a rapporté jadis un beau cas de contusion cérébrale, simulant une névrose traumatique1. Mais, en général, par le

1. Lubetzki, Recherches cliniques et expérimentales sur la céphalie des neurasthéniques (Th. Paris, 1899).

2. A. Fruitier, Vertige auriculaire des neurasthéniques (Th. Paris, 1902).

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