CHAPITRE I
HISTORIQUE
Premiers opérateurs. — Les trépanations larges et les craniectomies pour néoplasmes. — Les Congrès de chirurgie de Berlin (1890) et de Paris (1891 et 1903). - Topographie cranio-cérébrale. — Recherches des points et lignes de repère. — L’hémicraniectomie. — Monographies spéciales. — Cliniques. — Derniers perfectionnements, craniectomies diverses.
Les paroles prononcées, il y a quelques années, par deux maîtres en neuropathologie, que la chirurgie des tumeurs cérébrales est « une triste chirurgie », et qu’ « elle ne donne que des déceptions », doivent être laissées dans l’oubli ', nous semble t-il, en présence des efïorts incessants et des progrès réalisés, dans tous les pays, pour de plus heureux résultats. La chirurgie cérébrale des tumeurs est délicate et difficile, mais elle arrivera bientôt à la période des succès fréquents.
Les débuts de la chirurgie abdominale furent aussi assez tristes : aujourd’hui, que de vies humaines conservées par elle!
Ils ne désespèrent pas les médecins, qui, comme Allen Starr, quoique non opérateurs, écrivent un livre justement admiré sur la chirurgie de l’encéphale; qui, comme Bruns, Oppenheim,
1. En 1898, le professeur D. Ferrier écrivait: « The treatment of intracranial tumours forms ralher a melancholy chapler in lherapeutics. “ (B rit. mecl. Journ., 1898, II, p. 964. The treatment of cranials tumours.)
HISTORIQUE
font suivre leur Traité des tumeurs du système nerveux d’un précis opératoire; ou encore, comme Winkler, en Hollande, forment une petite école du groupe des chirurgiens, qu’ils assistent de leurs conseils expérimentés.
Il importe de ne pas oublier que les premiers essais de la chirurgie des tumeurs encéphaliques, datent à peine d’une quinzaine d'années. Malgré ce court laps de temps, elle a franchi plusieurs étapes, qu’il est important, et intéressant de rappeler.
Première période : les trépanations larges. — Premières opérations.
— Horsley et Lucas Championnière. — Les Congrès de chirurgie
de 1 890 et de I 89 i .
Lorsque la doctrine des localisations cérébrales eut atteint un développement physiologique et clinique suffisant, ce ne fut pas vers l’extirpation des tumeurs encéphaliques que furent dirigées les premières applications thérapeutiques : le diagnostic topographique des néoplasmes cérébraux était entouré de trop d’obscurités, même aux yeux des maîtres de la neuropathologie , pour que les entreprises allassent de ce côté.
D’autre part, la trépanation était encore ensevelie dans le discrédit où l'avaient plongée les critiques de Malgaigne et les discussions de la Société de Chirurgie. A l’étranger, l’opinion lui était aussi défavorable.
On appliqua les nouvelles notions acquises, à l’ouverture des abcès intracérébraux, ou à la cure des lésions traumatiques primitives ou secondaires, et à celle de l’épilepsie essentielle ou jacksonnienne.
Broca, le premier, ayant fixé le centre de l’aphasie dans la 3“ circonvolution fronlale, fit une trépanation pour un abcès, qu’il avait prédit exister dans cette région, et l’y rencontra (1871).
Pour trouver lacilement le pied de la troisième circonvolution, il s’était servi de deux mensurations, prises sur le crâne.
G est à Lucas Championnière que nous devons d’avoir, le premier (18/8), enseigné un moyen pratique de fixer le siège sur le vivant de la région motrice, et d’avoir montré que le sillon de Rolando pouvait servir de centre de figure pour les recherches chirurgicales, basées sur la doctrine des localisations. Il est juste de remarquer que cette première étude de topographie clinique tut le point de départ des entreprises ultérieures '.
1. Lucas Championnière s'était appuyé sur les études d’anatomie pure de Broca, Turner, Féré, Ileftler, etc., et sur quelques recherches personnelles (La trépanation guidée par les localisations cérébrales, Paris, 1878).
DUHKT.
Les premiers chirurgiens assez audacieux pour procéder à I’énucléation d'uuc tumeur intracérébrale furent : Bennett et Richemann Godlée (1884), Durante (1885), Mac Ewen (1885), et Horsley (1886). — A la même époque, Démons extirpa un foyer de méningo-encéphalite.
En Amérique, Hirschefelder et Morse (1886), Keen (1887), et Péan, en France (1889), enlevèrent un gliome, un fibrome, et un fîbro-lipome de la zone motrice *.
1. Bennett et Godlée : Gliome encapsulé du volume d’une noix, occupant le milieu de R, enlevé à la curette : mort de méningite un mois après (The Lancet, 1884, II, p. 1060, et Med. Chir. Transact., 1885). — Durante : Sarcome du lobe frontal, faisant saillie dans l’orbite; réopéré dix ans plus tard; la malade vit encore en 1902 (Bollel. de la Reale Acad, di Roma, 1S85, et Roncali, in Chipault, Chir.nerv., 111, 1903, p. 252 et 322). — Mac Ewen : Tubercule de la pariétale ascendante gauche, guérison (The Lancet, 1885, I, p. 881). Cette première intervention de Mac Ewen date de 1879, mais a été publiée beaucoup plus tard. — Horsley : tubercule du centre du pouce, survie de 6 ans (Brit. med. Journ., 1887, I, p. S63).
On peut citer encore, parmi les opérateurs qui intervinrent, jusqu’en 1890, date du Congrès de Berlin et de l’importante communication de Horsley :
1° En Angleterre : Bennet-May (1887) : Tubercule du lobe droit du cervelet trouvé et enlevé, mort quelques heures après (Lancet, 1887, 1, p. 768). — Rannie : Gomme de la dure-mère au niveau du centre du bras, ablation, guérison (Brit. med. Journ., 1888, I, p. 1057). — Mac Ewen : Tubercule méningé au niveau de F”, guérison (Brit. med. Journ., 1888, II, p. 302). — Horsley : 10 cas présentés au Congrès de Berlin : 2 cas de fibrome du centre du bras; tubercule du côté droit; gomme méningée; tumeurs du lobe temporo-sphéroïdal; tumeur de F"; tumeur du ped. cérébelleux moyen, non trouvée, etc. — Heath (1888). — Hood (1889). — Limont et Page (1889). — Relier : Foyer actynomycosique (-1890), etc.
2° En Allemagne : Wernike, le premier, s’appuyant sur des symptômes de foyer, indique le siège exact d’une tumeur cérébrale; et von Bergmann donne le branle par sa première monographie (1889). — Fischer (1889) enleva par fragments avec la curette, et à deux reprises, un sarcome de la région précentrale gauche; survie de 6 mois. — Dunin (1890) extirpa un gliome de F% survie de 2 mois. — Ce n’est qu’en 1891 qu’Oppenheim et Kohler intervinrent pour un gliome de la région motrice droite; mort il mois après ( Berl . klin. Woclien., 1891, p. 728).
3° En France : On fit des études précises de topographie cranio-cérébrale ; et l’école de la Salpètriere fixa, en clinique, la doctrine des localisations : mais nous n’avons à citer que les interventions de Lucas Championnière (18S8) : hyperostose au niveau de la région motrice (Journal, de méd. et chir. prat., 1888, p. 294) — et de Péan : fibro-lipomes de la pie-rqère, au niveau de la région motrice, guérison (Gaz. des Hôp., 1889, p. 299), et un angiome de la région R. (1891). Puis vinrent les observations du Congrès de Chirurgie de 1891 ; Doyen, Reynier, Broca, Poirier, etc.
4° En Italie, en dehors de Durante, il n’y a à mentionner que les tentatives de Sciamanna et Latnpiasi, jusqu’en 1890.
5° En Amérique, aux noms déjà ci Lés de Keen, Hirschefelder et Morse, il faut joindre ceux de Markoe (Méd. nerv., 1887, 11, p. 550); Weir et Birdsall (18S7), Hammond (1S89), de Rodgers (1888). — Bradfort et Knapp (Boston med. and. surg. Journ., 1889, id., p. 325, etc.); — de Pilcher (1889). — Thomas et Bartlelt (1889); — de Bremer et Carson, Angiome kystique sous-cortical (Saint-Louis Courrier med., 1 R 9 0 , p. 273); — de Beach, de Franck (1890). — Les premières entreprises de Starr et Mac Burney datent de 189!.
6" En Australie et dans l’Amérique du Sud, nous relevons un certain nombre
HISTORIQUE
C’est à Victor Horsley que revient le mérite d’avoir, dès 1886, dans une lecture à la Bristisli medical Association, esquissé, le premier, les règles générales à suivre pour /'ablation d’un néoplasme du ceryeau L Parmi diverses observations, il en rapporte une relative à un tuberculome du centre du pouce, dont il avait diagnostiqué le siège, avec Hughlings Jackson, et qu’il enleva avec succès. — Depuis, l'habile et savant chirurgien anglais extirpa bon nombre de tumeurs encéphaliques, et eut ainsi l’occasion de poser les bases de la chirurgie cérébrale
DES NÉOPLASMES.
Nous lui sommes encore redevables des progrès qu’il fit faire au diagnostic par ses remarquables recherches avec Schafer, sur le cerveau des singes % et à la technique opératoire.
Il montra qu’il était, selon lui, préférable d’opérer en deux temps, et de désunir la plaie vers le 3° ou le 4° jour, pour aller à la recherche de la tumeur.
D’autre part, il fut un des chirurgiens qui s’ingénièrent à trouver des procédés d’ouverture du crâne, larges et rapides. Il étudia, dans ce but, les scies rotatives mues par le tour ou l’électricité, bientôt modifiées, en Amérique, par Cryer et Wright.
Déjà, à cette époque, Allen Starr (de New- York) et Keen (de Philadelphie) s’occupaient d’une manière suivie de la chirurgie cérébrale et de Y ablation des tumeurs du cerveau (1889) 3.
La nécessité de l'ouverture large du crâne fut aussi, dès le début, comprise par Lucas Championnière, qui apporta d’heureuses modifications au trépan, et étendit sa couronne jusqu’à trois centimètres : en même temps, il faisait fabriquer une série de pincesgouges destinées à agrandir encore, par morcellement, les bords de l’orifice du trépan. Quelques années plus tard, au congrès international de Rome, tout en relevant 64 cas de chirurgie céiébrale, empruntés à sa pratique personnelle, il insistait sur ces deux points : que la trépanation large, méthodique, et bien laite, na pas de gravité par elle-même; que la trépanation ne devient giave, que chez les sujets qui ont des lésions encéphaliques généialisées4. G était la réhabilitation de l’instrument crânien, condamné par les chirurgiens de la génération précédente.
d ablations de kystes hydatiques, qui datent de la môme époque: de Fi tz- Cco/rO)!-e7c.Graham (1889)‘“ Mau,lse11 (,8S9>- - Chislèhm, Castro,
1. Cette leçon a été traduite dans Archives de Neurotonie 188G n ‘!82