Les procédés de Clado el Chipault sont ingénieux
Le premier repose sur la construction d’une ligne clé, donnant la direction de la scissure rolandique, el sur la connaissance d’un point de la région temporale antérieure, rétro-orbitaire, désigné sous le nom de carrefour de Sylvius, obtenu par l’intersection, avec la première, d’nne seconde ligne (ligne sylvienne); deux autres lignes de repère sont encore nécessaires.
Le second (procédé de Chipault), dit proportionnel , s’applique aux ci ânes de toutes formes, de tous volumes (voir fig. 229); mais il nécessite le souvenir de ciny chiffres proportionnels (pour les points pré-rolandique, rolandique, sus-lambdoïdien ou sylvien, lambdoïdien, et sus-iniaque), le tracé le cinq lignes de repère et une opération arithmétique, il est \ rai très simp e (multiplication).
Il nous semble que ces deux procédés, bien que logiques et suflisammen précis, n’ont pas été adoptés par la majorité des opérateurs.
A la première ( mensuration sagittale), on ajoute 2 centimètres. A la seconde ( perpendiculaire auri-sagiltale), on retranche un travers de doigt; on obtient ainsi les points rolandiques, et la direction de la ligne rolandique.
La ligne sylvienne est fournie par le tracé de la ligne naso-
LAMBDOÏDIENNE.
Quand les lignes de repère rolandique et sylvienne sont connues, le chirurgien peut diriger son action, avec une sûreté suffisante, vers les différents centres cérébraux.
Sur la ligne rolandique se trouvent : en haut, les centres des
(Nimiei'). — Région postérieure du cerveau et du cervelet. Rapports avec les sutures crâniennes.
membres inférieurs; à la partie moyenne, ceux des membres supérieurs; en bas, ceux de la face, de la langue, etc ; en avant, la frontale ascendante, et, dans la moitié supérieure, le pied de F', puis celui de F-, et en bas, le centre de IIroca (fig. 233); en arrière, la. pariétale ascendante, et plus en arrière et en haut, le lobule pariétal supérieur.
Le lobule du pli courbe est sur la ligne sylvienne, à
10 cenlimàlres du lambda ; et le pli courbe, à 7 centimètres [Poirier). (Fig. 233.)
Au-dessous de la ligne sylvienne s’étend le lobe temporo-spiié-
NOIDAL.
Le lobe occipital est au niveau de l’extrémité la plus reculée de cette même ligne.
MÉTHODES ET PROCÉDÉS OPÉRATOIRES
Le cervelet est au-dessous de la ligne naso-inienne horizontale, derrière l’occipital (voir lig. 234).
Le SINUS longitudinal supérieur suit la ligne sagiltale; le sinus latéral répond à la lignecourbe occipitale, au-dessous du tiers postérieur de la ligne naso-inienne; quand on veut l’éviter, on trépane, sur le milieu d’une ligne allant de la pointe mastoïdienne à la protubérance occipitale externe (inion). — Le
Fig. 235 (Nimier). — Circonvolutions de la face latérale du cerveau. Artère méningée et ses branches. Leurs rapports avec les sutures et les os du crâne.
pressoir d’Hérophile est derrière cette saillie. — La portion réfléchie du sinus latéral répond au quadrant postéro-supérieur de l’apophyse mastoïde (lig. 229).
Les deux branches antérieures de I’artére sylvienne (voir lig. 235) et le sinus veineux spiiéno-pariétal de Breschet se rencontrent, lorsqu’on trépane à 5 centimètres au-dessus de l’arcade zygomatique, sur la perpendiculaire élevée sur celte apop h ij se, à mi-chemin de l’apophyse montante de I os malaire et du trou auditif [ Poirier).
Telles sont, résumées, les notions de topographie craniocérébrale, indispensables pour la chirurgie des néoplasmes encéphaliques.
TRÉPANATIONS ET CRANIECTOMIES PAR MORCELLEMENT 667
B. Trépanations et craniectomies par morcellement.
Le trépan à vilebrequin classique, dit trépan de Bichat (voir fig. 236 à 238) fut le premier instrument employé, pour ouvrir le crâne, dans les ablations de tumeurs cérébrales.
On essaya de le rendre plus maniable, plus expéditif, et surtout de donner à la couronne plus d’ampleur, afin d'enlever d’une
Fig. 236, 237, 23S. — Trépan ancien de Bichat et Charrière à vilebrequin; couronne aveccurseur; tire-fond. — Fig. 239. Large couronne de Lucns-Championnière, sans curseur.
fois une plus grande partie de la surface crânienne : de là les trépans de Lucas-C hampionnière (fig. 239), dont la couronne mesure 3 centimètres de diamètre, de Keen (couronne de 0 m. 038), et de Horsleij , atteignant 5 centimètres.
Ces deux derniers instruments sont d’un maniement difficile, mordent irrégulièrement la surface convexe et inégale de la boite crânienne, pénétrant plus profondément d’un côté que de l’autre, malgré l’habileté de l’opérateur, et blessent facilement la duremère ou le cortex. — Ilorsley a abandonné le sien.
Pour obtenir une ouverture plus grande, on appliquait successivement plusieurs couronnes juxtaposées , subinlranles, ou en feuille de Ire fie, selon le conseil d’Ollier.
MÉTHODES ET PROCÉDÉS OPÉRATOIRES
Plus tard (1893), Jaboulay imagina son procédé de trépanation bilinéaire avec Iravée intermédiaire, dans lequel, entre deux rangées parallèles de cinq à six couronnes de trépan, il laissait une bande intermédiaire étroite, dont il coupait ensuite les deux pédicules au ciseau (voir fig. 240).
Farabœuf avait déjà fait construire sa pince-trépan, dont la couronne, quoique très petite (12 mm.), peut agir rapidement, sans danger, à cause de la branche en plateau introduite entre la dure-mère et le crâne : avec elle, on arrive assez vite à agrandir le premier orifice fait par le trépan ordinaire, en l’entourant d’une couronne de petites trépanations secondaires.
Mais, si le trépan, manié par une main expérimentée et prudente, est. un instrument dont il ne faut pas médire, tous les chirurgiens reconnaissent que, quand il faut multiplier les cou-
Fig. 210 bis et 241 (Chipault). — Pince coupante h un mors plat sans rebord, de Mathieu. Pince coupante à un mors plat avec rebord saillant, de Collin. Cette dernière, plus solide, est préférable pour les résections crâniennes.
ronnes, son action est lente, et nécessite la répétition d’une manœuvre , qui n’est pas de la première simplicité.
On essaya d'autres moyens d’agrandir la brèche osseuse faite parle trépan. Dès que Lannelongue eut démontré combien était inoffensive la craniectomie , on employa avec plus de hardiesse et plus de largeur les pinces coupantes : Horsley se servit de son « Cranlccd forceps », qui n’est qu’une pince de Lister appro-
Fij*. 240 (d’après Chipaull). — Trépanation bilinéaire avec travée intermédiaire de Jaboulay.
TRÉPANATIONS ET CRANIECTOMIES PAR MORCELLEMENT 669
priée; Lucas-Championnière, de sa pince-gouge; Collin inventa
des pinces-gouges nouvelles , et Mathieu son emporte-pièce à tranchant unique (fig. 240 à 244).
Plus récemment, en Scandinavie, le DrKarl Dahlgren a imaginé
I lR' 2‘'>’ 240 if ~ Craniutoma do Dahlgren (fabricant : Albert Stillc,
Stockholm) — Détail du mors du craniotumo de Dahlgren.
une pince, ou craniolome , qui peut à la rigueur couper le crâne dans toute son épaisseur et dans tous les sens, avec moins d’effort
MÉTHODES ET PROCÉDÉS OPÉRATOIRES
que tout autre instrument (voir fig. 245, 246); et, en Italie, s’est répandu l’usage de la pince ossivore de Montenovesi, dont la
branche mâle, en bec de perroquet, est introduite dans un trou de trépan, et se glisse entre la dure-mère et la lame vitrée, et agissant comme un levier soulève le segment osseux, qui est
Fig. 218 (d’après Chipault). — Tracé sur le crAne avec une pince de Montenovesi.
incisé par L'extrémité tranchante de la branche femelle 1 (voir
1. Dahlgren, Ein neues Trcpanalions-Instrument ( Centralhl . f. Chir., 1896, p. 217), et Chipault (Chir. nerveuse, 1002, II, p. 2). — Montenovesi (in Chipault, Chir. nerveuse , 1903, III, p. 131).