III. — Troubles moteurs des yeux
( Paralysies , contractures, ophlalmoplégies, troubles des mouvements associés, de la pupille, de l'accommodation, etc.).
Les paralysies oculaires isolées, c’est-à-dire portant sur un ou plusieurs muscles quelconques des globes oculaires, ne s observent pas dans les tumeurs corticales ou des hémisphères cérébraux, sauf quand la lésion est double, et occupe les mêmes régions des deux côtés. — Dans les lésions hémisphériques, on rencontre ordinairement des PARALYSIES DES MOUVEMENTS ASSOCIÉS.
Comme, au contraire, les paralysies isolées se voient dans les tumeurs du mésocêphale et de la base, nous croyons utile de les mentionner brièvement ici. — Elles sont dénommées ophtalmoplégies, et on distingue des ophtalmoplégies nucléaires, basilaires , et orbitaires.
a) Les premières ( ophlalmoplégies nucléaires) apparaissent lorsque les noyaux d’origine de la IIIe, IVe et VI1 paires sont intéressés. — Le malade présente alors, un strabisme interne ou
I. Kramer, Conlribution à l’étude de l’épilepsie jacksonnienne et de l’atrophie musculaire d’origine cérébrale [Jahr.f. Psych., XI, et Arc h. de Neurol., 1893, 1 p. 90). — Popoff [Moniteur de Neurol., et Rev. Neurol., 1899, p. 4bo). — Schœffer ( Monat . f. Psych. and Neurol., 1891, p. 30, et Rev. Neurol., 1898, p. 615.
TROUBLES MOTEURS DES YEUX luh
externe, une modification dans la situation normale des globes oculaires, de la diplopie.
Si tous les muscles sont paralysés, il ollre le faciès dit dh utchinson : c’est-à-dire que les paupières supérieures sont tombantes, à cause de la paralysie du releveur; le sujet a un air endormi, les yeux immobiles et fixes, la peau du front plissée, et les souicils
GS
h'ig. 27. — Région bulbo-protubéranlielle, et noyaux moteurs, oculo-moteuvs (d'après Brissaud). Noyaux de l’oculo-moteur commun : — GS, groupe supérieur; — MC, noyau du muscle ciliaire ; — MI, noyau du muscle irien ; — GI, groupe inférieur; — R III, racine de la IIIe paire, après la I reversée du noyau rouge, NR : — IV, noyau du pathétique ; — VI, noyau de l'oculo-moteur externe; — B, bulbe; — P, protubérance; — CR, corps restiforme; — \V, val- •vule de Vieussens; — QP, QA, tubercules quadrijumeaux; — AS, aqueduc de Sylvius; — V, M, ventricule moyen; — G, P, glande pinéale; — CI1, Chiasma; — CP, commissure postérieure; — H, glande pituitaire.
relevés, à cause du frontal et du sourcillier qui cherchent à remonter les paupières (Déjerine).
Ordinairement la paralysie est extrinsèque , c’est-à-dire que la musculature interne de l’œil (muscles ciliaire et constricteur de l’iris) est épargnée : car les noyaux des centres accommodaleurs et photo-moteurs sont situés plus haut que les autres noyaux moteurs des muscles de l’œil : les premiers sont, en effet, proches de l’aqueduc de Sylvius, vers l’entrée du III0 ventricule, tandis que ceux du moteur commun sont un peu au-dessous, et ceux du moteur externe, plus bas encore (voir fig. 27).
Il peut arriver, cependant, qu’il y ait aussi ophlalmoplégie interne : c’est lorsque la racine des nerfs moteurs est atteinte par
SÉMÉIOLOGIE GÉNÉRALE
les progrès du néoplasme, dans son trajet intra-protubéraniiel. — Ajoutons que les paralysies oculaires d’origine méso-céphalique sont rarement isolées, lorsqu il s'agit de néoplasmes : il existe, concurremment, des troubles causés par les altérations concomitantes des nerfs voisins (faciaux, trijumeaux, auditifs, etc.), et des faisceaux pyramidaux du ruban de Reil qui traversent la région : ainsi sont constituées les diverses variétés de paralysies alternes, et les divers syndromes qui les révèlent ( syndromes de Weber, de Mil lard et Gabier, de Foville, etc.). On trouve de nombreux
exemples de ces ophtalmoplégies et paralysies multiples, dans
les cliniques de Raymond et Rrissaud.
Fig. 28. — Rapport des nerfs octilo-moteurs et du sinus caverneux (Nimier). — N, moc., nerf oculo-moteur commun; — N, moe., oculo-moteur externe: — P, pathétique; — OW, nerf ophtalmique de Willis; — Nms, nerf maxillaire supérieur; — T, trijumeau ; — GG, ganglion de Gasser; — Nmi, nerf maxillaire inférieur; — CI, carotide interne; — T. d’E., trompe d'Eustaehe; — Or, orbite.
b) Lorsque les ophtalmoplégies sont basilaires, laparalysie est totale, et porte sur la musculature interne et externe de l’œil : elles sont fréquentes dans les tumeurs de la base, à cause de la compression exercée sur les nerfs traversant les parois du sinus caverneux (fig. 28).
c) Dans Y oplitalmoplégie orbitaire, il
existe assez souvent, en même temps, de I’éxophtalmie, la tumeur ayant pénétré dans la cavité de l’orbite (cas de Raymond et Poirier)1.
d) Indépendamment des paralysies isolées, des ophtalmoplégies, on observe aussi, dans les lésions bulbo-protubérantielles, des paralysies des mouvements associés des yeux. — C’est Parinaud qui les a décrites le premier2 : il les dénomme paralysies supranucléaires, et en distingue quatre variétés : 1° paralysies des mouvements de latéralité; 2° des mouvements d’élévation et d’abaissement; 3° et 4° des mouvements de convergence et de divergence.
1. Raymond ( Cliniques , III, 1898, p. 38-60). Voir plus loin : Tumeurs de la base.