IX. — Troubles sensoriels
1° Vision. — Nous avons déjà eu l’occasion de nous occuper des troubles de la vision, presque constants, dans les tumeurs cérébrales, et de leur rôle prédominant dans les phénomènes du syndrome : au début, l’œdème de la pupille laisse la vision à peu près intacte, mais bientôt il se complique de dégénérescence, de névrite et d’atrophie optiqoes : alors surviennent les troubles graves de Yambhjopie, avec rétrécissement concentrique du champ visuel, et, enfin, la cécité progressive.
Mais il estd’aulres manifestations importantes des néoplasmes, du côté de l’appareil visuel : ils surviennent lorsque sont atteints directement les centres cérébbaux de la vision, ou leurs conducteurs.
Si la tumeur altère la courte portion intracrânienne du nerf optique, elle produit des troubles caractérisés par leur uni-latéralité, et consistant principalement en une ambhjopie avec rélré-
1027, el Arch. de neurot., 1901, I, p. 237). — Mac Carlhy ( Philadelphie med. Journ., 1902, el lleo. neurot., 1902, p. 1073 et 1901, p. 342); Arch. de neurot.,
1. Dans les affections qui s’accompagnent du symptôme cérébelleux, la sensibilité étant intacte, les réflexes sont conservés et assez souvent exagérés. Chez l’animal, l’ablation d’un hémisphère cérébelleux augmente le réflexe tendineux du côté correspondant (Thomas, Russell).
TROUBLES SENSORIELS
cissement progressif du champ visuel, plus accusée et plus rapide que dans les cas où elle agita distance, et allant jusqu’à la cécité ou V amaurose.
Au delà, sur le chiasma, sur les bandelettes, sur les centres ganglionnaires et corticaux, les néoplasmes déterminent des hémici-
Cr 0,
Fig. 49. — Variétés d’hémianopsies (Raymond). — Cge, corps genouillé externe ; — Pu], Pulvinar; — Qa, Tubercules quadrijumeaux; — H, Hippocampe; — V, Ergot de Morand- — Tp, Tapétum; — RO, radiations optiques; — Fli, faisceau longitudinal inférieur;’ — Cal, scissure calcarine ; — Cu, Cuneus.
Lésions : — En Cal et RO, hémianopsie corticale ou sous corticale, bilatérale, et homonyme • les malades n'en ont pas conscience', gêno pour lire. — Manifestations associées : cécité verbale, surdité verbale, aphasie optique, aphasie motrice (aphémie); quelquefois hallucinations de la vue, et hémiplégie motrice.
En Cge ou Pul, hémianopsie bilatérale homonyme; les malades en ont conscience, voient noir dans les parties hémianopsiques du champ visuel. — Manifestations associées : pas de troubles du langage, tout au plus dysarthrie; assez souvent, hémiplégie motrice hémianesthésie sensilivo-sensorielle, troubles athétosiques, cboréiformes, et ordinairement, réaction pupillaire hémianopsique.
En A : hémianopsie de même nature ; mais les manifestations associées différent; elles sont on rapport avec la lésion concomitante du pédoncule cérébral (Hémiplégie motrice; plus rarement, hémianesthésie, et compression des nerfs crûnions a voisinants (I", Il IM y et V” paires).
En B, Ë ou D, hémianopsie bitemporale.
En B’ ou C, hémianopsie nasale.
DUHET.
SÉMÉIOLOGIE GÉNÉRALE
nopsies de caractères différents selon leur sièr/e (fig. 49, 50), — el qu’on distingue surtout par la coexistence de troubles associés.
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On appelle basales les hémianopsies du chiasma et des bandelettes optiques. —Si une bandelette optique est détruite dans toute
TROUBLES SENSORIELS
son épaisseur; l’hémianopsie est homonyme; mais se distingue par l’association fréquente d’une hémiplégie motrice, plus rarerement d’une hémianesthésie par lésion concomitante du pédoncule qu’elle contourne, et par des compressions paralytiques des nerfs voisins : oculo-moteur commun, olfactif , trijumeau, nerf ophtalmique de Wilis, etc. — Si la lésion siège dans l’angle antérieur ou postérieur du chiasma, elle produit une hémianopsie bitemporale. — Si elle occupe un angle latéral, l 'hémianopsie est unilatérale et nasale. — Ces particularités résultent de la disposition anatomique des faisceaux directs et croisés des nerfs optiques (fig. 49).
Les hémianopsies par lésions des centres primaires (corps genouillé externe, pulvinar, et tubercule quadrijumeau antérieur), dites encore hémianopsies intermédiaires, sont semblables aux précédentes : elles s’en distinguent seulement en ce qu’elles s’accompagnent d’une hémianesthésie très marquée, par compression de l’extrémité postérieure du bras postérieur de la capsule interne (compression du faisceau sensitif; fig. 49).
Lorsque les néoplasmes occupent l’écorce ou les faisceaux blancs du lobe occipital, c’est encore une hémianopsie qu’on obtient (hémianopsie corticale) : il importe d’insister, quelques instants, sur ses caractères propres et les phénomènes associés, qui l’accompagnent.
C’est à Munk, qu'on doit les premières notions expérimentales sur le siège des centres de la vision, dans les lobes occipitaux (1898) — et, quelques années après, en 1886, Seguin, de New-^ork, réunissait 48 observations cliniques, où des lésions pathologiques du lobe occipital, chez l’homme, avaient déterminé des troubles visuels, des hémianopsies1. Entre autres, son' mémoire i enferme cinq cas de tumeurs des couches optiques ou du lobe occipital, qui eurent ces effets.
Mais c est surtout aux remarquables travaux anatomo-pathologiques de Monakoxv, d’Ilenschen, de Déjerine et Vialet, que nous devons des renseignements précis sur les centres et les VOIES optiques, dans le tronc cérébral et dans le lobe occipital 2.
Les centres des perceptions visuelles occupent la face interne du lobe occipital, principalement la scissure calcarine (fig. 51, 52) : certains auteurs leur attribuent le cuneus, le lobule lingual, et même un peu le lobule fusiforme; d’autres les limitent aux lèvres de la scissure, principalement à l’inférieure, et à la partie voisine du lobe lingual (Brissaud) 3.
L Séguin, Contrib. à l’hémianopsie d’origine cenlr. {Arch.de iVeiir.,1886 I 1 70)
2. Voir these Vialet, Les centres cérébraux de la vision, Paris 1893 ’ '
3. Brissaud, Les fonctions visuelles cl le cuneus {Ann. doculistiqûe, 1893)
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Henschen localise la vision centrale dans la partie antérieure de la scissure calcarine : c'est là qu’aboutiraient les fibres provenant de la macula1. Un fait, relaté par Dor et emprunté à Henschen, précise d’une manière très suggestive le siège du centre de la vision : une balle logée dans la scissure calcarine,
FiLr 51 secLion horizontale du lobe occipital, radiations optiques (Raymond).
Ci Capsule interne; -Pu, pulvinar;— Ne, noyau caudé ; - Hy, Hippocampe ; — fa, tapétum ; -Radiations optiques Eli. faisceau longitudinal inféneur ; - Cal, scissure calcarme.
reconnue cliniquement et démontrée par la radiographie, tut extraite : les troubles visuels cessèrent aussitôt2.
Sur la face externe du lobe occipital existeraient les centres, où s’emmagasineraient les souvenirs visuels (d’après Willbrand, Wernicke, Monakow, Déjerine, etc.). — Leur destruction entrai-
j Henschen, Sur les centres optiques cérébraux {Rev. d’ophlalmoL, 1894, 337 1 et Congrès Internat, de Paris, 1900. Section d'ophtalmologie, et Semaine
fC£, Centre cortical de la vision {Lyon médical, 1898, p. 235)..
TROUBLES SENSORIELS
nerait la cécité psychique (Munie) ; c'est-à-dire, que le malade serait dans l’impossibilité de reconnaître les objets les plus usuels, qu’il semble voir pour la première fois, bien qu’il ait conservé la perception visuelle brute.
En avant, et non loin, se trouve dans le pli courbe , le centre de la mémoire visuelle des mots, dont la lésion engendre la cécité