VERBALE
On conçoit que ces différents centres puissent être atteints simultanément par les néoplasmes cle la région. Alors, les hémianopsies, caractéristiques des lésions corticales du centre visuel, se compliquent de cécité verbale ou d’ aphasie sensorielle, s’il s’agit de I’hémisphère gauche.
Mais ces troubles associés des diverses hémianopsies corticales trouvent mieux encore leur explication, quand on connaît les voies parcourues par les fibres visuelles, et leurs relations avec les centres voisins.
Celles-ci, venant de leurs centres primaires (corps genouillé externe, pulvinar, tubercules quadrijumeaux antérieurs), forment un faisceau épais, qui se dirige dans la partie rétro-lenticulaire de la capsule interne, et qui, s’incurvant, contourne les faces externe et inférieure de la corne occipitale du ventricule latéral, pour s’épanouir en éventail, dans la scissure calcarine et vers les circonvolutions de la face interne, et même externe, du lobe occipital ( radiations optiques de Gratiolet, fig. 51). Des fibres d’union traversent les forceps major et minor, la parlie inférieure du bourrelet calleux, et vont au centre occipital, du côté opposé.
D’autres se dirigent, transversalement ou obliquement, de l’écorce occipitale interne aux plis de la face externe (centres psychiques visuels), au pli courbe (centre de la mémoire visuelle des mots), aux circonvolutions temporales (centres auditif verbal et commun), et même jusque dans la partie inférieure du lobe frontal, dans la circonvolution de Broca ( faisceau occipito- frontal', voir fig. 52).
Ces données précises de l’anatomie expliquent que les tumeuis du lobe occipital, qui compriment et détruisent les faisceaux d’association, produisent outre Y hémianopsie la cécité verbale [ Alexie ), la surdité verbale, Yagraphie, et les différentes formes d'aphasie sensorielle, et même des troubles d'aphasie motrice, — si le foyer pathologique est à gauche.
De même, par la connaissance de ces diverses connexions, on se rend compte de certains troubles particuliers, accompagnant parfois les hémianopsies', tels la perle de la mémoire topographique et de la faculté de se diriger, les troubles de V orienta-
Fi". 59. — Les voies conductrices de ln vision : appareil visuel central ou intra-cérébrnl, et appareil visuel périphérique. Connexions de la zone visuelle corticale avec la zone du langage (Déjerine). — La partie antérieure des hémisphères a été écattée, aûn de montrer le segment antérieur de l’appareil visuel : bandelettes optiques, chiasma, et nerfs optiques. La zone X, teintée au gris, représente la localisation de la lésion, dons la cécité verbale pure.
AM, avant-mur; — C, cuneus ; — Ce, corps calleux (bourrelet); — Cge, Cgi, corps genouillés externe et interne; — Cirl, segment rétro-lenticulaire de la capsule interne; — ^ 31 centre de Broca ; — F’3, troisième circonvolution frontale droite; — fc, faisceau croisé ou nasal;
— fd, faisceau direct ou temporal; — fm, faisceau maculaire du nerf optique; — Fm, forceps postérieur ou major du corps calleux; — Fu, faisceau uncinatus, réunissant la zone de Wernicke (Tj), ii la zone de Broca F3; — la, lp, circonvolutions antérieures et postérieures de l’insula; — K, scissure calcarine; — Lj, première circonvolution limbique; NC, noyau caudé; — NC', queue du noyau caudé ; — Nil, noyau rouge; — Oj, première circonvolution occipitale; — OFj, face orbitaire de la première circonvolution frontale ; — P, pied du pédoncule cérébrul; — Pc, pli courbe; — P'c, pli courbe droit; Pul, pulvinar; — Qa, tubercule quadrijumeau antérieur; — Rm, ruban de lleil médian;
— Spa, substance perforée antérieure; — T, T', centre de Wernicke et première circonvolution temporale droite; — Tgp, pilier postérieur du Lrigone; VI, carrefour ventriculaire; — W> zone de Wernicke; — H, bandelette optique; xll, chiasma des nerfs optiques.
TROUBLES SENSORIELS
tion1; et on s’explique certains s colonies scintillants , et les singulières hallucinations visuelles qui occupent exclusivement le champ hémianopsique, privé de vision 2.
La cécité corticale ou complète n’existe guère dans les néoplasmes : car elle est le résultat de lésions bilatérales, symétriques, chaque moitié de la rétine étant localisée dans les deux hémisphères. Ce n’est donc pas à de véritables aveugles qu’on a affaire (à moins que les lésions papillaires de compression ne soient très avancées).
L’allure clinique des hémianopsiques a été bien caractérisée par le professeur Raymond : « L’hémianopsie d’origine corticale ou sous -corticale, -dit-il, est toujours bilatérale et homonyme, en d’autres termes, elle intéresse les deux moitiés, gauches ou droites, des champs visuels. Les malades n’en ont pas conscience, dans la plupart des cas : il leur arrive de faire des faux pas, de se heurter aux obstacles qu’ils rencontrent sur leur chemin; et, pour se mettre en garde contre leur maladresse, ils ont l’habitude de tourner la tête vers le côté occupé par la zone hémianopsique 3 ».
Un objet ou un corps lumineux, placé dans la moitié atteinte (temporale ou nasale) du champ visuel, n’est pas perçu; mais la réaction pupillaire & la lumière reste très nette (signe deWernicke).
Pic, qui, dans un mémoire intéressant, a relevé 12 cas d'hémianopsie par tumeurs du lobe occipital, estime que dans la somme totale des hémianopsies, celles qui sont produites par des néoplasmes entrent dans la proportion de 1/10. L 'hémianopsie corticale néoplasique n’est donc pis très rare. Elle s’accompagne souvent des lésions de la Slauungspapille , et sa constatation est d’une importance majeure, pour le diagnostic des tumeurs cérébrales.
L 'examen campimétrique devra être fait aussitôt que possible, le syndrome pouvant n exister à létat de pureté que pendant quelques jours, au cours de révolution progressive des néoplasmes L
2 Audition. Olfaction. Gustation. — Les troubles de l'audition, dans les tumeurs cérébrales, revêtent les formes cliniques
1 . Touche attribue la perte de la mémoire topographique aux lésions du obulo fus. orme. Touche, Essai de localisation de la mémoire topographique (Presse méd., 1901, p. 304, et Al" Dide et Botcano, Heu. Neurol.. 1002 p 67G- I observation personnelle et 10 recueillies dans les auteurs).
2. Hallucinations visuelles, cas de Lamy (Rev. Neurol., 1893, p. 129)
3. Raymond, Sur trois cas d’hémianopsie (Arch.de Neurol., juin 1902",'ll’n.433). (. I|c Contribution à l'élude de l’hémianopsie corticale dans les tumeurs
cérébrales (Rev. d’ophtalmolor/ie, 1894, p. 148).
SÉMÉIOLOGIE GÉNÉRALE
suivantes : surdité, hypoacousie, paracousie, bruits subjectifs, hallucinations , vertiges, surdité verbale, etc. — Les lésions qui les engendrent occupent : les lobes cérébraux, les tubercules quadrijumeaux postérieurs, la protubérance, et le bulbe , ou atteignent directement le nerf auditif, à la base du crâne.
Les deux observations suivantes nous montrent bien la nature des troubles observés, dans les lésions hémisphériques, lorsque le centre de l’audition et ses fibres de projection sont atteintes.
Luhrmann cite le cas d'un orateur, atteint de tumeur syphilitique du lobe temporal (dont il guérit) : il eut d’abord des erreurs de mots dans ses discours en public; puis, il entendit des bruits très gênants dans l'oreille droite , devint paraphasique, paragraphique, sans troubles nets d’articulation; il eut des attaques convulsives, débutant par un beuglement monotone et perçant : ces attaques étaient précédées et accompagnées d'un fort bruit dans l'oreille droite, pourtant intacte, ressemblant au son vibrant d’une lame métallique, ou d’une crémaillère L
Sérieux et Mignot, dans un cas de paralysie générale à forme sensorielle, observèrent des hallucinations de l'ouie, alternant avec des accès de surdité verbale et d’aphasie sensorielle, avec jargonophasie, cécité verbale, etc. On trouva une plaque de méningoencéphalite d'une intensité exceptionnelle, recouvrant le tiers postérieur de la première temporale, et la partie voisine de la circonvolution marginale (centres de l'audition, etc.)1 2 3.
Cozzolino dit que, dans les cas de tumeurs des lobes cérébraux, on peut observer le syndrome otitique : bruits subjectifs, vertiges, marche incertaine, et surdité homolatérale, bilatérale, ou croisée. Ces phénomènes otitiques s’observent aussi dans les tumeurs du bulbe, de la protubérance, et même des pédoncules.
Les tumeurs des tubercules quadrijumeaux ont provoqué de la surdité uni- ou bilatérale, dans la moitié des cas. — Quant aux tumeurs du cervelet, la triade : surdité, vertiges, et ataxie cérébelleuse, les caractérise (syndrome acoustico-vertigineux -).
Ces troubles s’expliquent aisément par les relations connues des racines de la branche vestibulaire de l’auditif, et des fibres descendantes cérébelleuses , avec les noyaux de Deiters et de Bechterew, dans le bulbe (voir fig. 33) : par ces centres bulbaires,
1. Luhrmann ( Neurol . Central., 18116, p. 209, et Arch. de Neurol.,
p. 431, Itcv. Neurol., 1897, p. 378). — On sait combien les auras auditifs et les troubles de l’ouïe sont fréquents dans l’épilepsie (Voir Itéré, Epilepsie et Épileptiques , F. Alcan, 1890. Surdité et épilepsie. Soc. de Biol., 1898). — Weill, Troubles de l’appareil auditif chez les épileptiques [Thèse, Pans, 18 )■
2. Sérieux et Mignot (Soc. de Neurol., 1902, et Rev. neurol., 1902, p. 3o0).
3. Cozzolino, Syndromes otitiques et acoustico-vertigineux, dans les tumeurs de l’encéphale ( Riforma medica , 1898, p. 303, et Rev. neurol., 189S, p. 303).
TROUBLES SENSORIELS
U xj a connexité entre le labyrinthe et le cervelet, pour les fonctions de la station, de l’équilibration, et de l’orientation
En dehors de cet effet direct des tumeurs encéphaliques sur les organes auditifs , il existe aussi une action à distance. Il semble qu’elle devrait s’exercer, plus ou moins, dans tous les cas , tomme résultat de Y hypertension intra-crânienne : mais l’absence de recherches fait qu’on ne la découvre pas.
Certains faits cliniques, relatés par Collet, dans un mémoire intéressant sur les troubles auditifs des tumeurs cérébrales, la mettent en réelle évidence : des altérations du conduit auditif interne , du nerf auditif et du labyrinthe ont été rencontiées dans un certains nombre de cas d hydrocéphalie aiguë ou chronique ; et c’est là une des causes de la surdi-mutité des hydrocéphales2.
Politzer, chez un jeune homme ayant une paralysie des membres, une cécité et une surdité complètes , produites par un ostéosarcome de la selle turcique, trouva, outre 1 hydrocéphalie et la dilatation des ventricules, une dilatation du conduit auditif interne, au triple de ses dimensions ; Y acoustique et le facial étaient réduits à de minces faisceaux filiformes , et il y avait des altérations labyrinthiques.
Steinbrugge, chez un garçon de douze ans, dans un cas de tumeur de la glande pinéale, trouva des lésions labyrinthiques accusées : dépression de la membrane du Reissner, inflexion des piliers de Corti, et destruction des cellules de l’organe de Corti; extravasations sanguines dans le nerf cochléaire.
Moos a vu des lésions- analogues : hémorragies dans le conduit auditif, le nerf auditif, le ganglion spiral et le limaçon, pour une tumeur du cervelet qui comprimait le nerf de la VIIIe paire.
Gradenigo admet la fréquence des lésions des nerfs acoustiques dans les tumeurs cérébrales, mais elles ne se traduisent pas toujours par des troubles appréciables, en clinique; il y aurait stase lymphatique du nerf cochléaire, au moment où il traverse la lame criblée du conduit auditif interne, et production d’un œdème, comparable en tous points à l'œdème papillaire de l'œil (papillite, Slauungspapille du nerf auditif) 3.
Voir Bonnier, Thomas, Egger (Soc. de Biol., 1898) et Raymond ( Cli niques, III, p. 298).
2. Collet, Troubles auditifs de l’hydrocéphalie et des tumeurs cérébrales (Province médicale de Lyon, 1897, p. 293 et 301), et Encyclopédie Léaulé.
3. Gradenigo (Congrès otologique de Bruxelles, 1883, p. 219). — Souques a récemment relaté l’histoire d’un homme de quarante ans, qui présenta les symptômes généraux d’une tumeur cérébrale; et ceux-ci duraient depuis cinq mois, la cécité était presque complète, quand apparurent des troubles auditifs : bourdonnements dans l’oreille gauche, puis dans la droite, qui
SÉMÉIOLOGIE GÉNÉRALE
Enlin, dans d'autres cas, les troubles auditifs sont produits par l’intermédiaire de la stase des plexus veineux de la base du crâne, par action des nerfs trophiques, sensibles, ou moteurs, des osselets (facial et trijumeau) ; et il surviendrait des contractures réflexes, des paralysies, des atrophies et, par suite, des troubles de l accommodai] on et des fonctions auditives'.
Les troubles olfactifs et gustatifs sont des hallucinations, des anosmies , des agueusies , bien connues dans les cas de lésions bulbaires ou de tumeurs basales; mais sur lesquelles notre ignorance des centres corticaux des organes sensoriels correspondants ne nous permet pas, à l’heure présente, d’importantes considérations '2.