X. — Troubles divers. Moyens d’exploration
Des lésions graves, qui, comme celles des néoplasies cérébrales, s’attaquent aux sources même de la vie, ne semblent pas devoir exister sans retentissement sur les fondions générales de l'économie : circulation , respiration, calorification, sécrétions, etc. A ce point de vue, nos connaissances sont peu développées, mais quelques brèves remarques sont nécessaires.
Circulation.
Nous avons déjà parlé des modifications du pouls et de la respiration, dans les crises du syndrome (ralentissement, irrégularité, etc.).
Certaines néoplasies s’accompagnent de tachycardie ou de bradycardie (tumeurs pituitaires, etc.).
aboulirent, en quelques mois à une surdité bilatérale complète. Il survint en même temps des troubles de l’équilibre consistant en des dérobements des jambes brusques et passagers. On crut à un néoplasme pèri-bulbaire; mais l’aulopsie découvrit un vaste gliome du lobe préfronlal. Souques croit pouvoir attribuer les troubles auditifs à l’hypertension cérébrale et à des lésions labyrinthiques-, malheureusement l’examen des organes auditifs internes fait défaut. (Rev. neurol, juillet, 1004, p. 127.)
1. Babinsky a signalé, récemment, que la résistance au vertiye auriculaire voltaïque était plus grande chez les malades atteints de tumeur cérébrale : mais, après la ponction lombaire, celui-ci survient avec de plus faibles courants. Ce fait semble montrer que la pression du liquide labyrinthique est liée à celle du liquide céphalo-rachidien. D’où le rachicentèse, comme traitement de certains troubles auriculaires. (Soc. Neurol, in Rev. neurol., 1004, p. 776.)
2. Sicard indique qu’il existe souvent des troubles olfactifs, par hypertension céphalo-rachidienne dans les tumeurs cérébrales; dans quatre cas, après la ponction lombaire, l’odorat revint, et persista quelques jours. (Rev. neurol., 1004, p. 776.)
TROUBLES DIVERS. MOYENS D’EXPLORATION
C’est ainsi que, clans un cas cité par Pitres, la malade avait des crises de palpitations, de sifflements d’oreille, de la pâleur et de l’anxiété, pendant cinq à dix minutes : ce clinicien considère ces accès de tachycardie comme les équivalents d’accès épileptoïdes, d'autant que le patient avait parfois des accès jacksonniens vrais*.
Au point de vue qui nous occupe, nous devons également mentionner ici un phénomène propre aux néoplasmes des régions bulbo-prolubérantielles : le pouls lent permanent, ou mieux, selon Brissaud, le pouls rare permanent. S’il est vrai que, le plus habituellement, il est symptomatique de la maladie de Stockes-Adam (artério-sclérose des artères bulbaires, avec crises syncopales, épileptiformes, ou apoplectiformes), il peut se montrer aussi, très manifeste, dans les lésions et tumeurs du bulbe, où il présente une valeur diagnostique de tout premier ordre — La rareté des pulsations peut être grande, et tomber à 30, 25 et même 16 par minute. Cette bradycardie n’est, le plus souvent, qu’un des symptômes présentés par le malade. Comme dans la maladie de Stockes-Adam, celui-ci est souvent victime de crises syncopales, convulsives, ou apoplectiques. En même temps existent des paralysies dues à l'altération des troncs nerveux voisins : paralysies faciales complètes, auditives' (hypoacousie, troubles subjectifs); névralgies de la 5° paire; abolition des fondions gustatives, paralysie oculo-molrice, etc., et enfin, ataxie cérebelleuse. — La céphalée et la stase papillaire, quand elles sont présentes, fixent le diagnostic.
11 en était ainsi chez deux malades de Brissaud, atteints l’un de syphilis, l’autre de tuberculose bulbaire. Le premier succomba, et on trouva une gomme englobant les nerfs de la VIII0, IXe et Xe paires, les pédoncules cérébelleux moyens, et s’étendant profondément jusqu’au vermis. Le diagnostic topographique avait été porté exactement pendant la vie. — Dans un aulre cas, où le symptôme de Stockes-Adam existait, Halipré trouva des thromboses multiples des petites artères intra bulbaires1 2.
En somme, le pouls lent permanent, accompagné de crises syncopales, de paralysies des nerfs crâniens, des phénomènes du syndrome, est symptomatique d'une tumeur bulbo-protubérantielle. Il est le résultat d’une altération du nerf pneumogastrique, ou de son noyau bulbaire.
1. Pitres (Arcli. de méd. de Bordeaux, 1894, p. 97, et Rev. neurol. , 1894, p. 259). ’
■1. Brissaud {Leçons cliniques , 1899, II, p. 340-375). — îlalipré (Soc. de Neurol., in Rev. Neurol., 1902, p. 543).
SÉMÉIOLOGIE GÉNÉRALE
Respiration.
Les troubles respiratoires, en dehors des phénomènes du syndrome, s’observent aussi dans les tumeurs encéphaliques. Ils sont fréquents dans les tumeurs du bulbe, et souvent y revêtent le type Cheyne-Stockes. Ils se voient aussi dans les tumeurs du cervelet, comme II. Jackson et Russell en rapportent un exemple, où la malade avait de la paralysie des muscles inspirateurs, de la scoliose, et mourût dans un accès de suffocation. II ne pouvait s’agir d'un effet de compression à distance1. — Enfin il semble que, dans certaines circonstances, les néoplasies des lobes cérébraux soient susceptibles de produire des troubles respiratoires persistants. Gianelli indiquait récemment que la stimulation de Y aire corticale, chez le chien, au niveau du sillon crucial, provoque des troubles respiratoires; et il distingue un centre inspirateur et un centre expirateur des régions corticales2.
Température.
La recherche de la température centrale , ou locale, dans les néoplasmes cérébraux, n’a été l’objet d’aucune étude suivie, à notre connaissance; et cependant, un tel travail serait fécond en résultats importants.
Il y a lieu, en effet, de considérer plusieurs circonstances pathologiques : 1° la température, dans les crises du syndrome et les attaques apoplectiformes; 2° la température, aux différentes phases de l’évolution des néoplasmes; 3° la température, selon leur nature histologique et leur situation .topographique.
Les crises du syndrome ne sont pas sans analogie avec les états apoplectiformes communs. Quand il ne survient pas de convulsions, il y a au moins des phénomènes momentanés d’hypertension cérébrale, des vertiges, des vomissements, une augmentation de la stupeur, de la somnolence, de la parésie, faits comparables aux phénomènes de l’attaque apoplectiforme, dans les lésions cérébrales anciennes. Or, les recherches de Charcot, de Eourneville, et celles, plus récentes, de J. -B. Guyon, montrent qu’il y a, dans ces cas, une ascension thermique rapide, presque immédiate, dans laquelle le thermomètre monte jusqu’à 40 ou 41 3.
1. II. Jackson et Russell, Brit. med. journal, 1903, et Arcli. de Neurol., 1S94, p. 481.
2. Gianelli, Journ. de Neurologie, 1900, et Revue de Neurol., 1901, p. 496.
3. Guyon, De I' hyperthermie centrale consécutive aux lésions de l’axe cérébrospinal (Thèse, Paris, 1893). — Voir aussi Reicher, ElTels des lésions de certaines parties du cerveau sur les processus calorifiques ( Univ . med. Magazine, et Rev. neurol., 1894, p. 166), — et Stevens (The Lancet, 1893, et Rev. neurol., 1894, p. 108).
TROUBLES DIVERS. MOYENS D’EXPLORATION
Dans le travail déjà ancien de Ladame, il est dit qu il existe une élévation de température dans les tumeurs cérébrales (1865)*.
Si des crises épileptiques surviennent, l’élévation thermique se fera, semble-t-il, comme dans l’épilepsie vulgaire (Bourneville, etc.), surtout si se trouve constitué un état de mal plus ou moins prolongé : dans ce dernier cas, sans doute, l’élévation thermique a un pronostic semblable. Il en fut ainsi dans le cas de Marchand et Leuridan, pour un kyste du lobule paracential, chez une jeune fille de vingt ans, qui dans les dernières 36 heures eut 260 crises épileptiques; la température s’éleva à 40°5, et au moment de la mort, elle atteignit 41°5 2.
Il nous semble, également, que la thermométrie pourrait fournir quelques éclaircissements sur l'évolution, le pronostic, et peut-être la situation topographique des néoplasmes. — Nous savons, en effet, que les hémorragies du noyau caudé, des ventricules et de la base donnent lieu à une élévation thermique, plus accentuée et plus rapide. Il s’agit alors d’une véritable hyperthermie, qui, peut-être aussi, se rencontre dans quelques néoplasmes de ces régions. Les expériences, si nombreuses, des physiologistes que Guyon cite dans sa thèse, et qu’il contrôle, semblent établir l 'action thermogénique des centres nerveux, et l’existence de centres thermiques dans ces régions, bien que leur siège précis ne puisse être fixé d’une manière incontestable.
Enfin, en ce qui concerne les tumeurs cérébrales, il faut tenir compte encore de l'étal toxi-infectieux admis par beaucoup, et de l’existence possible d’une lièvre des néoplasmes.
Nous aurons d’ailleurs l’occasion de revenir sur la nature de Y hyperthermie, qu’on observe après l’ablation des néoplasmes, sous des influences encore peu connues.
Sécrétions.
Les troubles des sécrétions ne sont pas rares dans les tumeurs encéphaliques. On a signalé l’écoulement de salive par la commissure labiale, et des sialorrliées dans les lésions des nerfs de la base et du bulbe.
La polyurie, le glycosurie et le diabète ont été observés, surtout dans les tumeurs de l’hypophyse et du bulbe. Caselli a montré que, chez les chiens auxquels on élève l’hypophyse, la
). Ladame, Symptomatologie und. diagnoslilc der llirngeswutste , Würzbourg, 1865, in thèse de Guyon, p. 30.